Noa Raviv

Noa Raviv

Les créations de Noa Raviv nous ont tapé dans l'œil, comme vous l'aurez remarqué avec le couverture du n°2 du magazine Modelab !
Aujourd'hui, à l'occasion de l'exposition Manus X Machina au Metropolitan museum of art (MET) de New-York, nous avons interviewé Noa, pour en savoir plus sur son travail !

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Modelab est en vente à la boutique du MET museum à New-York !

Modelab : Depuis quand es-tu à New-York, et pourquoi avoir quitté Tel Aviv ?

Noa Raviv : Je me suis installée à New-York en septembre 2015, pour lancer ma propre marque. Tel Aviv est vraiment ma ville préférée au monde, mais je sentais que New-York serait plus adaptée à ma marque, c'est une ville avec tant de possibilités ! Depuis, je suis toujours convaincue de la pertinence de ce choix.

Noa Raviv au Met Museum pour l'exposition #manusxmachina
Noa Raviv au Met Museum pour l'exposition #manusxmachina

Tu as participé à beaucoup de belles expositions et d'événements passionnants cette année, afin de présenter ton travail, quel est ton souvenir le plus marquant ?

NR : L'Alaska a été un moment vraiment particulier, j'étais invitée pour une conférence au musée Anchorage, c'est un endroit magique, surréaliste ! J'y ai rencontré tellement de personnalités intéressantes, je suis vraiment impatiente d'y retourner.

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Noa Raviv à l'école d'art de Glasgow

Ta collection "Hard Copy" a attiré l'attention de nombreux médias et professionnels de la mode et du textile, dont Modelab ! Peux-tu nous en dire plus sur ce projet ?

NR : Le point de départ pour « Hard Copy Collection » était la sculpture classique, et son évolution.
La sculpture grecque classique avait pour aspiration un idéal de beauté, qui a énormément été copié et reproduit à travers l'histoire, jusqu'à perdre son sens originel pour ne devenir qu'une répétition vide de style et d'expression.
Aujourd'hui nous vivons dans un monde où tout est facilement répliquable, alors quelle est la valeur de l'objet original ?

J'ai délibérément créé des images digitales défectueuses, en utilisant un logiciel de création d'images 3D. Les déformations ont été créées par une commande que le logiciel ne pouvait pas exécuter. Ces objets ne peuvent pas être imprimés, ni produits dans la réalité. Ils n'existent que dans l'espace virtuel.

C'est la tension entre le réel et le virtuel, entre la 2D et la 3D qui m'a inspiré cette collection.
J'ai moi-même développé la plupart des textiles utilisés pour « Hard Copy », en plus d'avoir collaboré avec Stratasys, un des plus grands fabricants d'imprimantes 3D dans le monde. Ils ont produit les pièces qui sont imprimées en 3D.

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Les foulards Noa Raviv disponibles à la boutique du MET, et bientôt sur son e-shop ! Modèle Sarah Gullixson, photographie Paolo Massimo Testa.

Tu as produit des pièces pour l'exposition en cours au MET Museum, peux-tu nous en dire plus ?

NR : J'expose deux pièces au MET, créées en 2014 et appartenant à la collection « Hard Copy ». Je suis ravie et honorée qu'elles fassent partie de l'exposition.
Pour la boutique du MET, j'ai également créé deux foulards, qui sont vendus dans un espace shopping spécial, intégré à l'exposition.

Où peut-on trouver tes créations ?

NR :  Pour le moment, sur l'e-shop du MET et dans la boutique H.Lorenzo à Los Angeles. Pour l'Europe on verra plus tard, nous allons étape par étape ! Je travaille actuellement à la création de mon e-shop, où je proposerai bientôt des écharpes et des accessoires.

Comment s'est mise en place cette collaboration avec H Lorenzo ?

NR : Leur acheteuse m'a approché l'année passée, en me proposant de réaliser une collection capsule spécifiquement pour eux. Elle m'a influencé car à cette époque, je ne savais pas si j'étais prête à lancer ma propre marque. Cette expérience m'a beaucoup apporté, et j'apprécie le résultat !

Les frontières entre art et mode sont souvent troubles, comment te vois-tu ?

NR : Je suis fashion designer, mais aussi tout le reste !

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Il est difficile de deviner comment sont fabriquées tes créations, de distinguer les parties imprimées en 3D des autres...Était-ce un choix de faire douter l'observateur ?

NR : Exactement, je voulais flouter les frontières entre le réel, le virtuel, les 2es et 3es dimensions.

Tu utilises des technologies de pointe et pourtant, ton esthétique n'est ni futuriste, ni particulièrement technophile. Comment considères-tu la relation entre la technique et l’esthétique ?

NR : Pour moi, tout doit être esthétique. Ça ne veut pas forcement dire joli ou beau, mais je dois apprécier les formes. La technologie, comme les autres techniques, sont le moyen pour moi de parvenir à un certain résultat.

Pour en savoir plus sur Noa Raviv : www.noaraviv.com.


Clara Daguin

Clara Daguin, découverte du festival de Hyères

Au festival de Hyères, la mer n'est pas loin, l'été non plus, on rencontre des artistes internationaux aussi bien que des Parisiens qui déambulent, un peu perdus mais allègres et détendus.
Associer cadre haut-de-gamme, ambiance d'entraide conviviale sans baisser l'exigence de qualité, le festival de Hyères réitère l'exploit avec cette édition. Comme en plus, la FashionTech était le thème d'une table ronde, j'ai pu même prétexter travailler.

Julien Dossena, l'actuel directeur artistique de Paco Rabanne et président du jury mode cette année, avait lui aussi été remarqué en présentant son travail à ce même festival, alors qu'il était encore étudiant. C'était il y a tout juste dix ans. Aujourd'hui, il est à l'aise avec l'univers de Paco Rabanne, sa « sensualité très industrielle ». Les thèmes abordés par la maison résonnent avec ce qui nous touche chez Modelab : la modernité et l'innovation. Les côtes de mailles en aluminium (et non pas en acier hein), si faciles à porter sont devenues emblématiques de la marque. Plusieurs sont exposées à la villa Noailles. En 1966, l'arrivée de cette matière industrielle dans la mode est fracassante. Ces pièces, axées autour du mouvement et de la mise en valeur des corps, séduisent des stars et même si elles étaient très avant-gardistes, la société de l'époque s'en empare. Avec en tête le travail de maillages réalisés avec des imprimantes 3D (comme les robes de Nervous System ou la collection de Danit Peleg), ces pièces vintages retrouvent leur aura de précurseurs.

3D printed collection de Danit Peleg
3D printed collection de Danit Peleg

Dans la salle d'à côté, les images du merveilleux William Klein, président du jury photo. Celles de la fameuse scène de présentation de robes en métal dans le film culte « Mais qui êtes-vous Polly Maggoo » font un clin d'œil agréable à Paco Rabanne, laissant la place au dialogue entre l'art et la mode.

Si le festival de Hyères est reconnu internationalement, c'est pour la qualité de sa sélection. En découvrant le travail des 10 stylistes en compétition cette année, je me découvre des affinités avec les créations de Clara Daguin. Nous convenons d'un rendez-vous post-festival, pour laisser l'agitation retomber et prendre le temps d'échanger autour d'un café.

"Body electric" Clara Daguin - Mannequin : Flora Marchon - Photographe : Alice Brygo
"Body electric" Clara Daguin -
Photographe : Alice Brygo

Comment t'es-tu retrouvé à présenter ta collection "Body Electric" au festival de Hyères ?

Clara Daguin : Après mon diplôme aux Arts Déco, j'ai eu envie de la modifier ma collection. Je ne l'aimais plus. En retravaillant, j'ai monté mon dossier pour Hyères et réalisé une nouvelle pièce. J'ai été sélectionnée et j'ai dû refaire toute ma collection qui n'existait absolument pas avant, en deux mois et demi. Un mois de patronage et un mois et demi de réalisation, j'ai demandé beaucoup d'aide à mes copains !

Clara Daguin, collection - prosthetic gods.
Clara Daguin, collection - prosthetic gods.

Qu'est-ce qui a évolué dans ton travail entre ta collection de fin d'études et celle présentée à Hyères ?

CD : Pour mon diplôme c'était vraiment de l’expérimentation, tout était brodé sur de la soie, c'était transparent, que de la broderie et des effets de matières. Là, j'ai voulu plus réfléchir au vêtement, j'ai refait de vrais vêtements avec de vraies matières opaques dans lesquelles j'ai fait des découpes pour laisser entrevoir des choses...

"Bordy electric" Clara Daguin - photographie : Alice Brygo.
"Bordy electric" Clara Daguin - mannequin : Elise Speicher - photographie : Alice Brygo.

Comment as-tu procédé pour fabriquer tes vêtements ? Quelles techniques utilises-tu ?

CD : Pour les pièce lourdes j'ai choisi des textiles synthétiques parce qu'on avait des découpes de bords francs hyper nets, j'ai fait des soudures à la découpe ultrason, ce qui permet de ne pas avoir de coutures au final, ce n'est possible qu'avec des matières synthétiques. Mes amis m'ont bien aidée pour la broderie, nous avons tout fait à la main.
Avec le festival on avait plusieurs partenariats notamment avec Première Vision. J'ai réalisé un motif en collaboration avec Swarovski, fait fabriquer des pièces en alcantara que je ne pouvais pas travailler avec la soudure ultrason par Conflux, Puntoseta m'a imprimé un motif sur de la soie...

"Body electric" Clara Daguin - photographie : Alice Brygo
"Body electric" Clara Daguin - mannequin : Lydia Ragot - photographie : Alice Brygo

Certains de tes vêtements, équipés de capteurs, transforment en signaux lumineux les battements du cœur de la personne qui les portent. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

On s'exprime par les vêtements qu'on porte, pourquoi pas encore plus, je cherche à élever l'expression, avec des choses qu'on ne contrôle pas. Je trouve ça intéressant de montrer ce qui est toujours là mais invisible habituellement. Ensuite, je suis diabétique, j'ai une pompe à insuline. Je suis tout le temps connectée à un espace d'objet alien au corps, je crois que j'avais envie d'exprimer cette dépendance médicale et physique à la tech.

Pourquoi ce choix d'utiliser la lumière comme matière ?

Avec les fibres optiques, la lumière qui passe l'information c'est ce qu'on voit pas ! J'étais inspirée par les réseaux informatiques et j'avais vu dans un musée des paquets de fibres optiques, avec des gaines de couleurs différentes, je trouve ça hyper beau. Je m'intéresse au rapport visible / invisible.

Tu pratiques aussi bien la couture que le code, comment as-tu développé ces compétences ?

J'ai toujours cousu. J'ai une grand-mère qui était couturière au Printemps et l'autre, polonaise, m'a raconté qu'à l'époque communiste comme tu ne pouvais pas acheter des vêtements dans les magasins, mon grand père ramenait du tissu et elle créait les vêtements. Sa grand-mère à elle avait une maison de mode... C'est elle qui m'a appris la couture.

J'ai étudié en école d'Art au CCA à San Francisco. On faisait beaucoup de choses, de la peinture, gravure, photo... J'ai choisi graphisme comme major donc j'ai fait un peu de web, j'arrive à bidouiller le code.
Ensuite j'ai travaillé six mois en Inde comme graphiste, et là-bas il y a partout des gens en train de faire de la couture, fabriquer des choses... c'est très facile de se procurer des outils, tu as la matière qui t'interpelle partout ! J'ai commencé à faire des chaussures, c'était du grand n'importe quoi (rires). Arrivée en France après cela, je me suis dit que ça serait pas mal d'étudier la mode. J'ai fait un master aux Arts Déco. Lors d'un projet nous avons travaillé avec des objets connectés. C'est là que j'ai été introduite à Arduino et aux microprocesseurs, c'était de la bidouille, pas industrialisable. Puis on se forme soi-même, on regarde des tutos sur internet... et comme mon père est ingénieur il m'a aidée parfois aussi.

"Body Electric" Clara Daguin - photographie : Alice Brygo
"Body Electric" Clara Daguin - mannequin : Lydia Ragot - photographie : Alice Brygo

Tu as fréquenté des maisons comme celles de Yiqing Yin, Chalayan, Iris Van Herpen... que t'ont apporté ces expériences ?

Pour Yiqing Yin c'était bref, juste habilleuse lors d'un défilé, mais on voit les matières de près et ça c'est cool. Chez Iris c'était vraiment la matière qui était intéressante, j'y suis restée quatre mois, le temps d'un été. J'ai halluciné lorsque je suis arrivée, c'est vraiment du savoir-faire manuel, des pièces magnifiques... mais je me suis dit que je voulais pas faire ça, son traitement de la matière est hallucinant, très sculptural mais c'est fait pour être exposé dans un musée. Moi je voudrais plus faire des pièces portables en vrai. Chez Chalayan j'étais à la coupe, c'était intéressant de voir le patron à plat puis de voir les modèles en volume... Les patrons sont vraiment dingues on ne peut pas s'imaginer ce que ça peut rendre après. C'était plus des "vrais vêtements ».

Est-ce que tu es hyper connectée au quotidien ?

Je ne suis pas du tout hyper connectée, c'est un truc qui me fatigue assez rapidement. Je trouve ça drôle de voir des gens tellement connectés, je ne comprends pas comment ils arrivent à le rester aussi longtemps, mettre toutes leurs infos et leurs pensées sur internet, je crois qu'on perd ainsi le contrôle de notre image, ce qu'on raconte ça se propage tellement rapidement...

Quel lien entretiens-tu avec la FashionTech ?

Je suis à la frontière d'un truc, je sais pas si j'ai vraiment envie d'être « fashiontech »... on peut vite tomber dans le gadget et c'est pas du tout ce qui m'intéresse. Mon travail c'est plus quelque chose de mode qui intègre la technologie, j'ai peur d'être catégorisée « fashiontech » en fait je n'ai pas du tout envie de ça, je pense que la mode n'aime pas du tout le fashiontech, c'est un côté un peu gadget qui peut être repoussant.

Défilé de la collection "Body Electric" de Calra Daguin au Festival de Hyères. photographie : Shoji Fuji.
Défilé de la collection "Body Electric" de Clara Daguin au Festival de Hyères. mannequin : Anya Molochkova - photographie : Shoji Fujii.

Penses-tu rester à Paris ? En sortant de Hyères, quels sont tes projets maintenant ?

Paris c'est bien pour la mode, je pense qu'il n'y a pas mieux !
Faire ce concours ça m'a donné envie de rechanger des trucs, quand on a fini un projet on s'en lasse. Je trouve que c'est bien de se remettre en question, de prendre du recul, garder ce qui marche et accentuer ça !
J'ai été contacté par Tranoi pour exposer du 25 au 27 juin, je participe à une table ronde  "La tech est-elle soluble dans les industries créatives ?" avec Nelly Rodi, Stanislas Vandler et Bradley Quinn (au Petit Palais le 20 Juin), et j'expose également pour les Designer Days, dans le cadre de mon ancienne école.

Merci Clara et à bientôt...

Pour en savoir plus, rendez-vous sur Claradaguin.com !


upfluence

Upfluence: marques de luxe et influenceurs

L’équipe de Modelab a rencontré Daniela Leone, Vice-présidente senior chez Upfluence. Cette société de technologie spécialisée en marketing d'influence arrive à trouver les bons influenceurs correspondant aux marques, ceci grâce à un algorithme. Daniela arrive dans l'entreprise en septembre, avec pour ambition de développer un pôle luxe.  Entre révolution digitale, évolution du secteur du luxe et importance du marketing d’influence, Daniela nous a dévoilé sa vision et les enjeux d’un secteur en pleine mutation et de plus en plus ouvert à de nouvelles évolutions.

La révolution digitale a entraîné de profondes modifications, notamment pour le secteur de la mode. Traditionnellement peu présentes sur internet et les réseaux sociaux, les marques de luxe ont dû également faire face à ce bouleversement 2.0. Dès lors, comment ces dernières composent avec ces nouveaux outils numériques et comment arrivent-elles à les intégrer dans leur stratégie de communication ?

A lire aussi: Les marques de luxe et le digital, une transition difficile

La question est d’autant plus pertinente dès lors qu’il s’agit des relations presses. Les marques de mode, et a fortiori les marques de luxe, ont toujours entretenues des relations étroites avec les médias. A l’heure des réseaux sociaux et de l’évolution du statut des blogueurs et autres influenceurs vers un statut professionnel, comment les marques de luxe doivent-elles et peuvent-elle appréhender ce nouveau canal de communication alors même qu’elles sont réticentes à l’idée de trop se dévoiler sur le web ?

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Modelab : Pourriez-vous présenter votre parcours ?

J’ai toujours travaillé dans le luxe. J’ai été directrice des PR et de la communication chez Tag Heuer et ensuite directrice marketing chez Victorinox. J’ai rencontré Upfluence quand je travaillais encore chez Victorinox.

A l’époque, ils avaient fait une campagne pour nous et j’ai trouvé leur travail tellement génial que je me suis dit qu’il était temps pour moi de changer de poste. Le monde est en train d’évoluer et après 25 ans de marketing traditionnel si je ne changeais pas un peu, j’allais être has been. Ça fait également 4 ans que j’enseigne en parallèle à la HEG (Haute Ecole de Gestion) de Neuchâtel en Suisse. J’ai enseigné la communication et les PR, et je me tourne aujourd’hui vers la communication 2.0 et le marketing d’influence. Je donne également des conférences, et je fais du coaching auprès de CEO.

J’ai arrêté de travailler pour Victorinox l’année dernière. J’ai contacté Upfluence pour leur dire : « Vous avez déjà 600 clients mais personne dans le luxe,  je pense que vous passez à côté de quelque chose ». Depuis septembre dernier j’ai donc ouvert une division luxe et je suis allée à la rencontre d’une centaine de sociétés. Aujourd’hui j’ai déjà un employé. Je m’occupe du luxe worldwide et mon collègue est en charge plus particulièrement de la Suisse.

Aujourd’hui en France et en Europe, nous avons environ 3 ans de retard sur ce qui se fait aux Etats-Unis en marketing d’influence.

J’estime qu’il s’agit d’un canal de communication supplémentaire car le message ne change pas. C’est un challenge pour les marques de luxe, car elles veulent avoir un contrôle absolu sur leur image et leur communication. Elles pensent qu’être sur les réseaux sociaux ou sur le web va endommager leur image de marque. Nos dernières campagnes ont révélé que ce n’est pas le cas, le marketing d’influence est simplement un levier de communication supplémentaire : travailler avec des blogueurs et des influenceurs nous permet aussi de contrôler le contenu publié. Je me suis dit qu’il fallait que j’essaye de faire avancer les choses. Je pense être un exemple de cette transition vers les Media/ PR 2.0 : à 50 ans j’ai tout remis à plat afin de tout recommencer. C’est un gros challenge !

Modelab : comment fonctionne Upfluence ?

Upfluence est une société de technologie, et pas une agence, ce qui fait la différence ! Il existe déjà des agences - les talent agencies - qui ont un réseau de blogueurs. A l’inverse, nous sommes une société technologique qui conçoit ses propres softwares et qui a ses propres développeurs.

Nous avons une technologie propriétaire très spécifique, un software – Façade - qui permet d’identifier les influenceurs appropriés afin de collaborer avec des marques. Par exemple, si vous lancez une nouvelle montre et que vous souhaitez  travailler avec 10 blogueurs en France et 10 blogueurs aux Etats-Unis, nous allons les chercher et les identifier de manière pertinente grâce à Façade. Par la suite, nous les contactons pour savoir s’ils veulent travailler pour cette marque. Nous avons constaté qu’un blogueur doit toujours avoir une affinité pour une marque, car il entretient un certain rapport avec son audience qui ne va pas accepter de lire n’importe quel contenu. Enfin, nos campaign managers gèreront la campagne de A à Z pour nos clients, de la publication de l’article sur les blogs et les réseaux sociaux jusqu’au reporting complet des résultats.

Modelab : Quelle est la différence d’Upfluence avec les talent agencies ?

Les talent agencies ont un portefeuille avec tous les influenceurs, ce sont des contrats qu’ils signent avec eux. Nous sommes une société de tech qui édite plusieurs solutions et produits, dont un moteur de recherche qui va chercher et identifier les influenceurs pertinents pour votre marque. Nous innovons constamment. A titre d’exemple nous allons proposer un tout nouveau produit à nos clients, le retargeting de contenu. Nous trackons les internautes qui ont été touchés par la campagne de marketing d’influence d’une marque afin de leur adresser plus tard le contenu de la même marque. Au lieu de voir uniquement un article d’une campagne de 10 articles, un internaute pourra lire les 10 articles. Les talent agencies, en comparaison, ont juste un catalogue de blogueurs « tenus » par des contrats d’exclusivité.

Le retargeting de contenu occupe les espaces premiums de la publicité native, mais porte un message RP : c’est simplement une photo du produit avec le titre de l’article du blog et dès qu’on clique dessus on arrive sur l’article du blogueur. Nous pouvons également faire la même chose spécifiquement sur Facebook, Twitter ou Instagram. C’est tout nouveau, nous sommes en train de le tester en ce moment, il sortira fin mai. Il s’agit de notre propre produit, Google et d’autres fournisseurs se contentent de nous fournir l’espace publicitaire. La partie intéressante pour les marques est la base de lecteurs touchée par leurs campagnes, qu’on appelle communément cookie pool. Nous mettons en place ce cookie pool pour toutes les campagnes. A titre d’exemple, suite à l’une de nos campagnes dans le luxe nous avons recensé environ 20 000 lecteurs uniques, qui sont autant d’internautes qui pourront être touchés par les futures communications de la marque : bannières, jeux concours, films...

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Modelab : Est-ce que vous travaillez régulièrement avec les mêmes influenceurs, ou cela dépend-t-il du secteur de vos clients ?

Dans le luxe, il n’y a pas encore énormément de blogueurs, même si il en existe déjà plusieurs dizaines par pays. Nous essayons d’éviter d’être présents sur les mêmes blogs pendant deux ou trois semaines. Le blogueur mettra l’article en front page de son blog pendant une semaine, donc il est important d’éviter d’avoir trop de marques de la même industrie en même temps.

Le gros challenge dans le luxe est de trouver de bons blogs. Upfluence a toujours travaillé avec des blogs dits « power middle », qui ont entre 120 000 et 150 000 visiteurs par an. Mais dans le luxe, c’est plus compliqué parce que les marques n’intègrent pas toujours que sur Internet les moyens sont ceux mis en place par les blogueurs. Certains de mes clients refusent d’être présent sur des blogs parce qu’ils ont vu que le blogueur avait écrit sur des marques de montres qui coûtaient moins cher que les leurs, malgré des audiences conséquentes, de l’ordre d’un million de visiteurs annuels par exemple.

Le monde du luxe doit s’adapter aux règles du ‘online’ qui ne sont pas les mêmes que pour les médias traditionnels.

Depuis que je suis arrivée chez Upfluence, nous travaillons avec des blogs que nous appelons des Top 20% ou des Top 10% - qui ont entre 240 000 et 1 million de lecteurs par an. Ce sont des blogs très beaux visuellement avec du contenu de grande qualité. Dans le luxe le détail est encore très important, ces blogs sont donc pertinents car de meilleure qualité. Certains pays n’ont pas encore beaucoup de blogueurs, par exemple la Suisse. Sur ce marché les besoins sont très spécifiques, et il est plus difficile de trouver les influenceurs adéquats.

Modelab : Beaucoup de marques de luxe pensaient que le e-commerce ne les concernait pas et pourtant, certains acteurs comme MyTheresa.com, se sont positionnés sur ce secteur. Que pensez-vous de ce genre d’exemples ?

Je trouve qu’il y a une différence entre le luxe fashion et les autres produits. Le luxe fashion est beaucoup plus avancé sur les sujets de marketing d’influence. Toutes ces marques sont déjà présentes sur Instagram par exemple : Burberry est à la pointe, Chanel aussi. Les marques de montres, d’hôtellerie ou de bijoux n’en sont pas au même stade d’adhésion. Depuis plusieurs années tout le monde a un site web, des pages Facebook et Instagram. Les marques de luxe commencent à faire de la publicité « traditionnelle » sur Google, mais c’est vraiment step by step.

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Concernant le e-commerce il y a encore très peu de marques de luxe, parce qu’elles ont peur leur image se dégrade. Les sites comme MyTheresa.com sont une révolution pour les clients qui désirent recevoir des articles rapidement et de qualité. Concernant l’horlogerie, la démarche est différente. Il n’y a pas encore beaucoup de marques de montres qui sont présentes en e-commerce. Elles souhaitent que les clients entrent dans leur univers en se rendant dans leurs boutiques.

Modelab : La différence vient peut-être de l’acte d’achat en lui-même : l’achat de luxe est différent, peut-être que c’est une clientèle qui achète plus en magasin ?

A titre personnel si je voulais acheter un sac Hermès, ça me ferait de la peine de l’acheter en ligne. J’aimerais entrer dans la boutique Hermès et vivre l’expérience Hermès : être servie et conseillée. Cela fait partie du rituel d’achat.

Aujourd’hui l’achat en ligne n’est pas du tout émotionnel.

Modelab : Comment faites-vous pour repérer vos influenceurs ? Par exemple, aujourd’hui des personnes peuvent être influentes sur Instagram  par exemple, sans forcément avoir de sites ou de blog...

Instagram est très important pour les marques de luxe, car c’est un réseau basé sur l’image. Être présent sur Instagram génère de la visibilité. On n’a pas accès directement au site de la marque depuis ces visuels. En tant que société de technologie qui vous fournit un reporting à la fin de chaque campagne, nous analysons le nombre d’interactions que reçoivent les publications des influenceurs sur les réseaux sociaux. Le taux d’engagement de ces posts est un des critères qui nous permet d’identifier les influenceurs qui n’ont pas de site internet propre.

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Les critères peuvent aussi varier en fonction des marques. Certaines marques recherchent uniquement de la visibilité ce qui fait sens, mais nous aimons bien travailler avec des blogueurs parce qu’il y a du contenu original. Nous poussons les sociétés à travailler avec eux car ils apportent du contenu à la marque ainsi que de la notoriété grâce à leur utilisation experte des réseaux sociaux. Upfluence peut également amplifier les posts des influenceurs, grâce à de la publicité native ce qui est un autre moyen de viraliser une campagne. C’est très efficace dans le cadre d’un lancement de produit par exemple.

Modelab : Comment est-ce que vous rentrez en contact avec des blogueurs quand c’est la première fois ? Est-ce qu’ils sont surpris quand vous les abordez ?

Les blogueurs influents ont vraiment de plus en plus l’habitude, surtout aux Etats-Unis où le marketing d’influence est très développé. Ils sont de plus en plus professionnels.

Modelab : Quels sont les conseils que vous donnez à vos clients en terme de marketing d’influence ?

Je vais prendre un exemple dans un secteur du luxe qui m’est cher, l’horlogerie. Plusieurs de mes clients dans les montres me disent qu’ils travaillent déjà avec quelques blogueurs horlogers, mais le problème est qu’ils restent enfermés dans leur secteur. Aujourd’hui les clients sont partout - sur les blogs lifestyle, fashion, gadgets hommes, automobile, etc.... C’est là qu’il faut être présent parce que c’est là que sont les clients. D’autre part, certaines marques de luxe me disent qu’elles travaillent avec des blogueurs mais qu’elles ne les rémunèrent habituellement pas. Or les blogueurs qui nous intéressent sont devenus des professionnels, ils ont des bureaux, des équipes et des frais. Pourquoi ne devrait-on pas les rémunérer ?

Je considère les blogs comme partie intégrante des nouveaux médias.

Il faut arrêter de penser que les blogueurs, c’est du PR uniquement. Comme leur statut a évolué, en échange de leur rémunération la marque gagne un droit de regard sur le texte : nous sommes dans une forme d’advertorial. Les sociétés doivent intégrer ces opérations à leurs plans medias, car les campagnes ponctuelles ne font pas sens. Le mieux est de lancer une campagne en fil rouge, c’est-à-dire tous les 3 mois avec une dizaine de blogueurs. Cela coûte en Suisse entre 20 000 CHF et 30 000 CHF la campagne (incluant l’amplificaton et le retargeting). Dans le secteur du luxe c’est l’assurance d’être toujours présent et d’augmenter son reach. Une telle campagne atteint plus de 2 000 000 lecteurs potentiels à chaque fois, ce qui est inatteignable dans le cadre d’une campagne dans un média traditionnel. C’est pour moi la meilleure façon de construire une notoriété online. Les internautes doivent s’engager avec la marque et construire une relation sur la durée. Les marques de luxe qui ont un marketing traditionnel n’ont pas encore intégré cette partie.

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Modelab : Aujourd’hui quel est pour vous la bonne audience pour un influenceur dans le milieu du luxe ?

Dans le milieu du luxe, c’est un blogueur qui a minimum 20 000 lecteurs par mois, et sur Instagram 100 000 followers.

Modelab : Est-ce que contrairement à des agences de RP ancrées localement, le fait de travailler avec des blogs vous ouvre plus à l’international ? Ces agences-là sont-elles finies ?

Dans le cadre des blogs nous pouvons également travailler par pays.

Je pense que les agences de presse auront encore du pain sur la planche à condition d’évoluer.

Elles doivent aussi considérer le marketing d’influence comme un nouveau canal de communication à part entière, en travaillant avec les blogueurs et en les payant. Il ne s’agit pas de remplacer toute leur stratégie mais d’intégrer un nouveau canal qui est le marketing d’influence, les blogueurs et les réseaux sociaux. Les agences de presse, si elles veulent rester en vie, doivent aussi faire de la presse en ligne, qu’elles doivent payer, car les blogueurs sont des indépendants qui ne sont pas payés par un média propriétaire.

Aujourd’hui, il existe plusieurs millions de blogueurs et ils n’ont pas forcément une bonne réputation auprès des marques de luxe. Je rassure ces dernières en leur expliquant que les blogueurs se sont professionnalisés. Par exemple, dans le milieu du luxe, les termes sont vraiment importants et on préférera l’expression d’influenceurs plutôt que de blogueurs. Heureusement,  les clients du luxe ne réagissent pourtant pas tous de la même manière : j’ai rencontré dernièrement une société avec un marketing très traditionnel qui m’a assuré qu’ils allaient mettre 80% de leur budget marketing dans le digital et le marketing d’influence.

Une évolution des PR et Media est en marche.

Modelab : Est-ce que le contact des marques de luxe vous semble différent de celui avec les marques plus modes ?

Oui, il est plus facile d’aborder ces sujets de marketing d'influence avec les grands groupes de prêt-à-porter car dès qu’ils font des défilés de mode, ils peuvent inviter des blogueurs mode sans forcément les rémunérer. La blogueuse invitée par Louis Vuitton ou Prada va écrire, même si elle n’est pas payée. Pour ce qui est des montres de luxe, c’est différent. Il y a un mois se tenait le salon Baselworld à Bâle qui regroupe tout l’univers de l’horlogerie et de la bijouterie. Peu de blogueurs étaient présents car c’est moins spectaculaire que le monde de la mode. Mais je pense que les choses sont en train de changer, et que les blogueurs mode vont se faire rémunérer d’une façon ou d’une autre.

Modelab : Comment arrivez-vous à travailler en lien avec des blogueurs de cultures différentes ?

Par pays le style de blog est très différent : par exemple au Japon les blogs intègrent le manga bien que ce soient des blogs de luxe. Quand ils voient ça, mes clients me disent qu’ils ne veulent pas collaborer avec eux, alors que ces blogs ont des millions de followers et que leur audience correspond à la cible marketing. Se pose également le cas de la Chine : tout le monde veut être présent en Chine, mais pour l’instant nos algorithmes ont du mal à interpréter les caractères chinois. Nous avons essayé de travailler avec des agences mais le système est complexe et pas toujours loyal. A titre d’exemple sur ce marché sont présents WeChat, Weibo et des KOL : Key Opinion Leaders. Les KOL sont des stars. Ils n’écrivent pas, l’agence le fait à leur place et ils se contentent de poster. Le ticket d’entrée est très cher, entre 1000 CHF à 10 000 CHF juste pour un post.

Upfluence

Modelab : Vous avez plusieurs agences Upfluence, comment est-ce organisé ?

Nous avons des bureaux à New York et à San Francisco pour aborder commercialement le marché américain, un bureau à Lyon qui regroupe tous nos campaign managers, un bureau à Paris et enfin un à Neuchâtel en Suisse. Si vous souhaitez travailler avec nous, il vous suffit de nous donner votre brief, un communiqué de presse ou votre dossier de presse, nous définissons ensemble les objectifs à atteindre et nous lançons la campagne. Trois semaines plus tard, vous recevrez un dossier complet avec tous les résultats.

Modelab : Enfin, à quoi ressemble une de vos journées de travail ?

Je dois mettre sur pied un important business en allant moi-même chercher mes clients. J’ai eu la chance de commencer avec 25 ans de carrière derrière moi, je connaissais beaucoup de monde, surtout dans le luxe. Cela m’a permis de contacter beaucoup de personnes. Mon challenge personnel est d’assurer la transition depuis 25 ans de métier dans le marketing vers un rôle dans la vente. Cela signifie générer un chiffre d’affaires, faire connaître Upfluence et le marketing d’influence - qui est encore une toute nouvelle activité marketing. Je dois aussi rester informée : le marché est en pleine mutation, et je souhaite évangéliser mes clients en vulgarisant l’information qui arrive en continu. Je rédige également des offres pour mes clients avec des plans marketing sur une année. Ma connaissance du secteur de l’horlogerie et du luxe m’aide à identifier les temps forts pendant lesquels communiquer. J’y passe des heures, c’est parfois  un peu frustrant car la réponse du client tarde à venir. C’est le jeu mais j’ai encore du mal à m’y faire. C’est un univers qui me passionne et je suis très impliquée.

Depuis septembre dernier 14 clients suisses ont effectué des campagnes tests et nous avons obtenu de très bons résultats. J’ai travaillé entre autre avec Ralph Lauren, Victorinox, les bonbons Ricola, Louis Erard, les montres HYT, et bien d’autres que je ne peux pas mentionner. Ils étaient tous très satisfaits, mais il faut que nous nous développions davantage.

Beaucoup de sociétés souhaitent travailler dans le luxe, et les marques ont l’embarras du choix au niveau des fournisseurs. Nous avons la chance de commercialiser une nouvelle technologie qui suscite davantage l’intérêt, mais je pense que dans le futur il y aura d’autres concurrents. Pour cette raison nous menons une stratégie de conquête commerciale. Nous souhaitons asseoir notre crédibilité.

Aujourd’hui les entreprises ont conscience qu’il faut se diriger vers le marketing d’influence. C’est le meilleur moyen de communiquer massivement sur le web et de façon crédible.

Modelab : Merci beaucoup Daniela !
Pour en savoir plus sur Upfluence, consultez leur site Upfluence.com.

Si le marketing d'influence n'en est qu'à ses débuts, il est clair que ce nouveau canal de communication s'intègre de plus en plus dans le paysage de la communication et du marketing des marques de luxe. Propulsé par le web 2.0, le marketing d'influence et la collaboration des marques avec des influenceurs permet de repenser les relations presse traditionnelles et le statut des influenceurs. Tout d'abord considérés comme des amateurs en quête de likes, les blogueurs, instagrameurs et autres snapchatteurs sont devenus des professionnels à part entière. Face à des consommateurs en quête d'authenticité qui rejettent de plus en plus les discours des marques, le marketing d'influence apparaît comme le futur moyen de communication des marques.
Pour le luxe, la réputation est la clé, et on ne peut ignorer aujourd'hui l'importance des réseaux sociaux sur celle-ci, l'imbrication du réel et du virtuel, qui ne s'opposent pas mais au contraire s'alimentent mutuellement. Lorsque le nombre de followers influence le choix du photographe de la campagne de Burberry, ou encore celui du DA de Brioni, on réalise que le rôle des influenceurs dans les maisons de luxe n'en est peut-être qu'au stade embryonnaire...


bonne gueule

Bonne Gueule : Un blog mode masculine qui a su devenir une marque

Durant le Festival Weareable, j'ai eu l'occasion de revoir Benoît du blog Bonne Gueule. Cela fait quasiment trois ans que nous  nous connaissons maintenant... Je lui ai envoyé un mail afin que nous échangions sur notre passion commune du blogging. À ma grande surprise il m'a répondu et nous nous sommes retrouvés à Paris. Pendant deux heures, il m'a expliqué  le fonctionnement de Bonne Gueule et leur démarche de passionnée avec Geoffrey. L'année suivante, je lui ai proposé d'intervenir à l'école de commerce de Grenoble. Il est venu présenter Bonne Gueule devant un auditoire aux anges. Aujourd'hui, je continue ma conversation avec Benoît.

Fabrice Jonas : Lorsqu'on lance un blog, on pense souvent rapidement à la publicité pour le monétiser. Pour vous la démarche a été différente...

Benoît Wojtenka : Exactement! À l'époque, le modèle courant, c'était l'affiliation, l'affichage, des sites sponsorisés. C'est quelque chose que nous avions décidé de ne pas reproduire, et cela a causé le début  de l'indépendance éditoriale au sein de notre blog.

blog

FJ : Vous vous posez alors la question de la monétisation...

BW : En effet. Puis, j'ai reçu un mail d'un lecteur, prêt à payer pour avoir plus de conseils. C'est de cette manière que je suis devenu relookeur avec Geoffrey, que j'ai rencontré en 2010, et que nous avons composé le premier book commercialisé. Celui-ci a connu un succès retentissant, et voici comment nous sommes parvenus à devenir plus rentable que des boîtes 3, 4, 5 fois plus grosses que la nôtre mais qui vivaient de la publicité.

C'était le début de la rentabilisation, sans publicité, uniquement en vendant notre contenu, sachant qu'en France, nous nous trouvions à une époque où un e-book de 27 euros n'aurait jamais marché, comme nous l'avaient dit des journalistes d'un magazine papier masculin. Mais pour nous, le plus important était le contenu du livre pour lequel la demande était forte, qu'importait le support ou le prix.

Par la suite, nous avons lancé le programme «Bonne Gueule», où nous sommes allés encore plus loin : c'est une formation sur 5 mois où l'on reçoit chaque semaine une vidéo thématique, telle que "choisir un bon jean/chemise".

https://youtu.be/SidW-cvU58k

Depuis son lancement en 2012, ce programme a dû générer 150.000 euros de Chiffre d'affaires.

Avec l'ouverture des inscriptions deux fois par an, il a connu un franc succès, que l'on peut expliquer par la demande des consommateurs d'une méthode, de conseils : nous vendons des produits d'information. Nous étions trop petits à l'époque, mais l'envie de commencer à vendre des vêtements n'a pas tardé : dans ce but, nous avons réalisé une collaboration avec la marque de jeans Rhensen, que j'apprécie fortement. Munis uniquement d' un Iphone 4s, cela reste pourtant à mon avis l'un des plus beaux shootings que nous ayons jamais réalisé, car nous l'avions photographié pendant un road-trip aux États-Unis et c'était vraiment un voyage inoubliable.
Nous avions commandé 150 paires de jeans, soit l'équivalent du stock d'une petite boutique : nous avions prévu une période d'entre un et trois mois pour écouler ce stock.

Finalement, les 150 jeans sont partis en 2 jours.

C'est à ce moment-là que nous avons compris que l'on touchait à quelque chose de nouveau: ce succès phénoménal s'expliquait par un réel savoir faire quant à notre façon d'éditorialiser et d'expliquer notre produit. Parce que notre leitmotiv est le suivant : avant d'acheter, le client doit comprendre le produit, concept que l'on a exploité à son optimum. Nous sommes passés de 5.000 euros à 40.000 en un seul mois ; le Chiffre d'affaires a été multiplié par 8. PayPal avait d'ailleurs bloqué notre compte, c'était assez marrant...

photo bonne gueule

Là, c'est le premier pas vers le e-commerce physique, comment emballer un jean, l'envoyer par la poste, combien ça coûte, quel processus utiliser pour imprimer les étiquettes... cette époque c'était quelque chose, et on a continué à faire des collaborations avec d'autres créateurs qui ont toujours bien marché, puis on s'est dit "pourquoi pas faire notre propre marque de vêtements ?". Cette marque, que nous avons lancé à partir de février 2014, ne dépend d'aucune collaboration, c'est une vraie collection 100% Bonne Gueule, avec des collections toujours très resserrées mais toujours très bien expliquées, et là aussi, ça a plutôt bien marché, tout en sachant qu'il n'y avait pas de frais marketing, pas d'intermédiaire. Nous pouvions donc nous permettre de moins marger pour obtenir un prix plus attractif, un meilleur rapport qualité/prix.

La ligne "BG" a été lancée en 2014, et par un coup du sort, on s'est retrouvé, à côté de bureau, avec un grand espace devenu vide. Florian (conseiller en expérience client) a dit qu'il fallait le transformer en showroom, ça se serait plus pratique pour nous pour que les clients puissent essayer les produits puis les acheter afin de pouvoir diminuer le taux de retours. Finalement, on a ouvert le showroom "BG", et alors qu'on était en plein dans un chantier, qui s'est révélé être très satisfaisant, les gens attendaient vraiment un lieu caractéristique de Bonne Gueule. Ils voulaient venir dans un endroit estampillé "Bonne Gueule'', et du coup on a ouvert la boutique en juin 2015, et ça a allègrement bien marché.

collection bg

FJ : Je crois que Bonne Gueule à pour projet d'ouvrir une boutique sur Lyon ?

BW : Une boutique éphémère, oui. En fait ce qu'il s'est passé, c'est que nous avons décidé de faire un tour de France de nos lecteurs (Nantes, Toulouse, Lille, Lyon…) sur un weekend, on montre notre collection. Et nous nous sommes aperçu qu'à Lyon, Lille, partout, c'était fou, les personnes présentes étaient à fond dedans, elles connaissaient les produits par cœur. Il n'y avait pas assez d'offre, ils échangeaient entre eux, c'était de vrais passionnés. Ainsi, on s'est dit qu'on allait tester différents modèles:

  • Une boutique éphémère à Lyon, au 43 rue Auguste Comte, du 1er Avril au 28 Mai.
  • Une distribution dans 3 multi-marques de plusieurs villes, même si c'est pas notre modèle.

boutique BG

FJ : L'avenir, c'est que le vendeur soit un vrai conseiller et pas juste quelqu'un qui effectue du réassort comme on peut trouver chez H&M.

BW : C'est effectivement ça, les distributeurs qui ne l'ont pas compris sont en train de couler, ces boutiques qui revendent des jeans Diesel, Energy, Replay… À l'époque il n'y avait pas de conseiller, alors qu'aujourd'hui, ce genre de boutiques, ça nécessite une véritable équipe qui doit connaître son produit.
À cette période, c'était soit acheter  en boutique soit sur internet à -20% parce qu'il y aura toujours une offre.

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FJ : Le problème est que le vendeur en boutique se retrouve en difficulté car il n'a pas été formé et c'est bien ça qui est terrible.

BW : Je pense qu'il y a une certaine arrogance des marques de luxe, car le fait que le client sache mieux que le vendeur, en terme de reconnaissance client, c'est une catastrophe.

FJ : C'est exactement ça. Le digital remet le consommateur au centre et ce dernier peut trouver toutes les informations sur le produit. Et donc...

BW :... Il est mieux informé et ça permet de lui forger son esprit critique, on ne peut plus la lui mettre à l'envers. Les marques comme Diesel, Armani Exchange, Just Cavalli… Toutes ces lignes qui étaient des pompes à argent, c'est une licence où il n'y avait pas de marque, pas de produit, c'est fini tout ça parce que maintenant le consommateur devient de plus en plus éduqué.

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Maintenant, les marques de luxe commencent vraiment à payer le fait que pendant des années il y avait de la demande en masse et que tout ce qu'ils faisaient, c'était leur balancer du milieu de gamme absolument affreux.

FJ : Finalement ces marques s'intéressaient peu à leurs clients et beaucoup à leurs marges.

BW : Exactement, il y a une clientèle étrangère qui achète parfois sans réfléchir, mais ça aussi c'est en train de changer. Par exemple, pour avoir parlé à quelqu'un qui conseille et qui s'occupe de marques de luxe en Chine, il me disait que les chinois ne veulent plus l'image de marque, car pour tout dire, tout le monde l'a, le sac Vuitton. Maintenant,  ils veulent la petite histoire derrière.

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C'est pour ça que maintenant dans certaines boutiques en Chine, on montre dans les vitrines des gros panneaux où ils expliquent tout, dorénavant ce que les chinois commencent à rechercher relève plus de l'histoire derrière le produit. Un peu comme nous aimons, le petit couturier de Paris, l'excellent rapport qualité/prix, l'exclusivité

FJ : Ce qui m'intéresse, c'est tout le story-telling qu'il y a sur Bonne Gueule, après je trouve ça fascinant le fait que vous l'ayez réalisé de manière intuitive, que vous n'avez pas de démarche marketing ni que vous ayez changé de ligne…

BW : Tu sais, pour moi c'est très simple, je vois une chemise, je vois l'étiquette qui indique 150 euros, mais pourquoi, pourquoi ça coûte ce prix là ? Pourquoi c'est 150 et pas 250 ou 80€ ?

Je suis curieux ; je l'ai toujours été. Mes parents travaillent dans la recherche, donc forcément, même s'ils ne sont pas intéressés par la mode, ils m'ont toujours inculqué une curiosité assez tôt, et ne pas comprendre ça m'a toujours traumatisé ! Et donc, pourquoi personne ne peut expliquer ça ? En pensant à cela, je me suis dit que si un jour je me retrouvai à vendre quelque chose, il faudra que ce soit toujours parfaitement bien expliqué!

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Les gens doivent comprendre, surtout qu'on est dans une époque où le consommateur n'a plus d'idée de la valeur du produit.

Par exemple, quand on achète des vêtements en solde à -60%, quelle est la vraie valeur du produit ? Celle-ci a vraiment besoin d'être expliquée et réaffirmée, car aujourd'hui, elle est complètement saccagée !

FJ : Ça veut dire qu'à un moment on t'a pris pour un imbécile… Ça me rappelle le t-shirt d'une certaine marque, avec une tête de mort vendu 98 euros, alors que le prix de production était de seulement 2 euros… La marge est juste énorme. On se retrouve à payer le marketing et les points de vente.

BW : En effet, il y a un côté schizophrène, notamment de la part des consommateurs qui sont les premiers à se plaindre du travail des enfants et qui seront pourtant les premiers à trouver parfaitement normal d'acheter des t-shirts à 5 euros.

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Il y a cette première chose, mais aussi une schizophrénie du consommateur qui trouve scandaleux de ne pas payer le prix juste mais d'un autre côté, quand ce prix juste n'est pas soldé, il éprouvera de la méfiance par rapport à ce prix. Il faudra faire quelque chose, les marques doivent commencer à redoubler d'efforts pour expliquer le produit et aider à rééduquer le client à la valeur intrinsèque du vêtement. Une chemise produite au Portugal, avec du beau tissu et des gens payés correctement pour leur travail, ça ne peut pas coûter 40 euros.

FJ : Après, il y a également des coûts de marketing et de promotion...

BW : Alors, les italiens sont extrêmement doués pour expliquer et raconter leur produit, ils ont parfaitement compris ça! Quand on va chez des grands artisans du tissu italien, ils te donnent un échantillon, l'histoire derrière, on a l'impression que l'on tient un grimoire!

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FJ : Il y a nécessité que les français s'y mettent vraiment... je le vois pour le digital ; on est un pays technique, on sait faire des choses mais pas les expliquer! Et en marketing on est très mauvais, et c'est bien là toute la problématique!

BG : Je pense que les anglais sont moins pires que nous, mais les italiens ont compris ce que veulent les gens ; ils faut leur expliquer, ce que les Albini ou les Solbiati font très bien.

FJ : Avant de nous quitter, j'aurais voulu savoir comment Bonne Gueule envisage son futur ?

BW : On en est, comme tu le disais il y a quelques minutes, liés à une communauté extrêmement forte et présente, et j'avais du mal à m'en rendre compte, avant le tour de France, où il y avait des gens qui faisaient des heures de route juste pour me parler, d'autres qui venaient avec des cadeaux, à ce moment là j'ai compris quelque chose : effectivement, cette communauté, on peut s'en servir, mais comment le faire et par quoi cela peut être symbolisé ?

Plus que jamais, dans le contenu, dans les vidéos, on n'a jamais produit autant de contenu gratuit ! On a décidé de produire du contenu, et on peut maintenant permettre à cette communauté d'être un vrai acteur, et c'est pour ça que notre objectif est d'ouvrir le store physique de Lyon.

Pour la suite, il y a l'internationalisation à laquelle on pense, mais ce sera aux alentours de 2017, on sait pas trop encore, car attirer des médias étrangers, c'est un travail de longue haleine, on sait pas trop… Il y en a beaucoup qui se sont confrontés au même problème que nous ! Il faut que cette idée-là soit l'objet d'une profonde réflexion, cela va demander de contacter quelques blogueurs, ou alors se faire plus connaître par des conférences, comme par exemple, la conférence des essentiels marketing de LVMH, sur comment s'adresser à de nouveaux pays, et dans cette conférence, il n'y avait que des Youtubers ou des blogueurs. Le fait que justement, YouTube soit devenu une puissance émergente, c'est un train que l'on veut absolument ne pas louper. Maintenant, nous nous penchons sur une certaine manière de commencer à mettre des vidéos sur un compte YouTube.

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Sur le long terme, l'objectif principal est de devenir les leaders en terme de conseil de vêtement masculin.
Vraiment, nous voulons nous imposer comme étant le choix de tous les hommes un peu curieux, pas forcément des fashionistas, mais des hommes voulant avoir un beau vêtement qu'ils comprennent bien tout en conservant une volonté de mieux comprendre la mode masculine.

FJ : Benoît, je te remercie pour cette longue interview et te dis à très vite !


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Sophie Zembra, personnalité engagée pour la mode éthique

Fondatrice du e-shop de mode éthique Shopetik et co-fondatrice de la Smart Fashion Week, pendant éthique de la Fashion Week, Sophie Zembra est engagée au quotidien pour démocratiser la mode éthique. Son crédo ? Promouvoir une autre façon de consommer la mode sans jamais faire culpabiliser les gens. Elle est très attachée au fait de dépoussiérer l'image trop "ethnique" de la mode éthique.
Retour sur le parcours de Sophie Zembra : du sourcing en décoration en passant par la fondation de Shopetik et de la Smart Fashion Week, jusqu'à sa vision de la nouvelle relève de la slow fashion.

Modelab : Quel est votre parcours ?

Sophie Zembra : J'ai un parcours assez parsemé, pas forcément très linéaire: je suis issue de la décoration, je travaillais beaucoup le bois et j’en suis arrivée à la décoration et au sourcing textile. Je fais attention aux matières, c’est comme ça que je suis arrivée à la mode éthique, et en tout cas et à vouloir créer Shopetik. J’ai été en Inde, j’ai vu des fabricants traditionnels et à partir de ce moment, j'ai cherché à modifier mon rapport à la mode. Comme je ne trouvais rien ou des choses assez ringardes, j’ai créé un site, Shopetik, en octobre 2015.

M : Au quotidien, quels sont actions et vos engagements dans la mode ?

Sophie Zembra :

Faire bouger les choses sans non plus culpabiliser les gens.

Le vrai but c’est d’amener un côté positif : au lieu de dire ce qui n’est pas bien, l'objectif est d'accentuer ce qui va bien. Je prône aussi la transparence : on a le droit de faire des erreurs mais à condition de le dire, tout simplement.

M : Pouvez-vous nous expliquer le fonctionnement de Shopetik ?

Shopetik

Sophie Zembra : Shopetik est un lien de confiance entre le client et le créateur. Je mets en avant les créateurs et je prends une commission sur chaque vente. C’est ce qu’on appelle le Dropshipping :

ce n'est pas moi qui m'occupe de la logistique, mais je parle énormément avec mes créateurs pour savoir d’où leurs produits viennent.

Je demande à ce qu’il me donne toute la traçabilité du vêtement en me fournissant la liste de leurs fournisseurs.

M : L’idée de transparence est beaucoup développée dans votre projet : concrètement, comment cela se traduit ?

Sophie Zembra : En disant les choses : on a le droit de faire des erreurs. Par exemple, le made in China n’est pas forcément mal. Il y a du Made in China très bien, tout comme il aussi du made in Bangladesh très bien.

Le but c’est d’arrêter d’avoir des préjugés sur la mode éthique.

C'est un système très complexe, la transparence est donc ce qu’il y a de plus vrai. Par exemple, on ne peut pas être 100% naturel, il y aura toujours 5-6% pour lesquels on n’aura pas forcément toute les informations sur la provenance, mais le tout c’est de le dire. Voilà comment je place la transparence sur le site.

M : Comment s’effectue la sélection des marques présentes sur Shopetik ?

L'Herbe Rouge
L'herbe rouge, AW 2015-2016

Sophie Zembra : Esthétique, qualité et label sont les trois critères sur lesquels je me base pour sélectionner une marque. Le choix se fait en premier sur les matières. Il faut également que les marques suivent les tendances et qu’on ne soit pas dans le côté trop "ethnique". Je fais également la sélection sur les labels, car la plupart des marques en ont.  Il y a plusieurs catégories sur le site (vegane, recyclage, Made in Europe, équitable, coton bio, éco-responsable et savoir-faire) à chaque marque sa particularité !

M : Vous êtes également co-fondatrice de la Smart Fashion Week : pouvez-vous nous expliquer le concept ?

Sophie Zembra : Le concept rejoint forcément celui de Shopetik :

Démocratiser la mode éthique et permettre d’amener un côté positif, c’est-à-dire prendre le parti de montrer ce qui marche et ce qui est bien plutôt que de dénoncer ce qui ne va pas.

Aujourd’hui on dénonce toujours. C’est facile de dire « le made in China » est nul, que ce n’est pas de la qualité, mais il y a aussi de la mode éthique made in China. Même si H&M n'est pas un bon exemple, je trouve qu’au moins, ils ont le mérite de faire parler du recyclage. C’est déjà ça. Souvent les gens se sentent mal quand ils sont face à nous, ils nous disent: « Mais moi je ne suis pas habillée en éthique ». C’est déjà bien si on a un tee-shirt en coton bio. Le but c’est d’y arriver petit à petit. On ne veut surtout pas rentrer dans le côté moralisateur. On est juste là pour poser des questions.

M : Votre Smart Fashion Week se déroule du 18 au 24 avril, en même temps que le Fashion Revolution Day : est-ce une volonté de coordonner des événements sur la mode éthique afin d’avoir plus d’impact ?

Fashion Revolution Day

Sophie Zembra : Oui on n’a pas choisi cette date au hasard. On s’est aperçu que les journaux et les magazines féminins parlent de mode éthique une fois par an : le 24 avril, date de l'effondrement du Rana Plaza. Il se trouve qu’en plus, on fait un partenariat avec le Fashion Revolution Day le dimanche 24 avril et toute la semaine de la Smart Fashion Week. On installera un photobooth Fashion Revolution Day dans notre boutique éphémère, le Green Shop.

M : Votre Smart Fashion Week intègre un Green Shop, marché de créateurs 100% éthique : quels sont les nouveaux acteurs du slow fashion aujourd’hui en France ?

The Green Shop

Sophie Zembra : Ce sont souvent les mêmes créateurs qui reviennent, avec un petit microcosme toujours présent : L'Herbe RougeMarcia (ndlr : De Caravalho).

Je vois que la nouvelle génération de créateurs se pose beaucoup de questions.

On fait des afterworks tous les mois avec Shopetik et on a pas mal d’étudiants qui viennent. Ils apprennent qu’aujourd’hui on peut faire de la mode éthique sans pour autant rogner sur ses marges. Le polyester recyclé, par exemple, est moins cher que du polyester classique. On a une jeune génération qui a envie, la plupart sont très concernés, on en entend beaucoup parler. Après il demeure le problème des écoles de mode qui ne parlent toujours pas assez de mode éthique, mais il y a quand même une réelle envie de changer les choses.

On s’aperçoit qu’on peut faire de l’esthétique et de l’éthique et que ce ne sont pas deux choses antinomiques.

Ce portrait de Sophie Zembra fait partie d'un dossier plus vaste que Modelab consacre à la mode éthique à l'occasion de la semaine du Fashion Revolution Day qui se tient du 18 au 24 avril. Retrouvez davantage d'articles sur le sujet sur Modelab la semaine prochaine !

 


MateriO

MateriO, l'inspiration par la matière

La semaine dernière j'ai rencontré Susanna Campogrande, designer et consultante chez MateriO Belgique. MateriO est un service de veille et plate-forme de découverte des innovations matières. Fondée en 2000, l'entreprise propose à ses membres plusieurs "materiOthèques ", autrement dit des bibliothèques de matières. Centre de ressources en matières innovantes, ses services s'adressent principalement aux designers, tous secteurs confondus. Nous faisons aujourd'hui avec Susanna Campogrande un focus sur les matières textiles innovantes d'aujourd'hui et de demain, les enjeux technologiques auxquels font face fabricants et designers de l'industrie textile et le rôle de MateriO dans ce processus.

Bonjour Susanna, pouvez vous nous expliquer comment fonctionne MateriO ?

MateriO s'inscrit dans le panorama des matériauthèques et des autres centres de matériaux qui existent. Nous avons comme particularité d'être une structure indépendante vis à vis des industriels, nous ne vivons pas de la publicité des fabricants, le service est uniquement financé par ses utilisateurs. Nous sélectionnons des produits qui nous semblent intéressants et innovants, adaptés à notre cible, généralement des entreprises de design mais aussi des industriels. Nous sommes une vitrine pour une sélection de produits à caractère innovants, de matériaux-produits, de semi-transformés qui sont multi-matières et multi-secteurs d'application. Ici à Bruxelles nous travaillons beaucoup avec les fabricants et les industriels du meuble, mais nous avons aussi travaillé pour les secteurs de l'automobile, du design d’intérieur, de la scénographie et bien sûr du textile (mode, accessoires, bagagerie etc.).

Nous fonctionnons comme une plate-forme de communication entre ceux qui cherchent des matériaux et ceux qui les produisent avec pour clé d'entrée tout ce qui concerne l'innovation et l'inspiration par la matière.  Nous apportons à nos clients un regard design sur la matière.

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Quels sont les services que vous proposez à vos clients ?

Au centre du système il y a la matériauthèque, cette bibliothèque de matières physique et virtuelle. Il en existe une à Paris, à Prague, Bratislava, ici à Bruxelles et bientôt en Asie. La bibliothèque de matière de Bruxelles recèle aujourd'hui aux alentours de 7000 échantillons matières qui ont chacune une fiche de description avec un contact fournisseur. Ensuite il y a la base de donnée en ligne disponible sur notre site, matériauthèque virtuelle qui rassemble encore plus de matières et qui fournit plus de 5000 contacts de fournisseurs. Nous référençons majoritairement des matériaux mais aussi des types de traitements ou de transformation de matériaux, un procédé technique ou de sou-traitance industrielle, un savoir-faire. Nous proposons aussi des services annexes. Cela va de l'organisation de shows tendances, animation de workshops créatifs, organisation de rencontres thématiques, le tout toujours axé matières. Nous montons aussi des expositions comme par exemple dans le cadre du Mood Indigo (salon du textile d'ameublement) à Bruxelles ou bien le salon Subcontracting à Anvers. Nous faisons aussi du sur-mesure, de la veille technologique en fonction du besoin spécifique d'un client. On peut par exemple travailler sur une matériauthèque thématique adaptée à un client. Nous fonctionnons comme une structure privée, c'est à dire que l'accès à la matériauthèque se fait par un système d'abonnement payant qui peut comprendre différents services.

Quel rôle joue MateriO dans le processus de design ?

Il est important d'avoir des experts qui connaissent les matières et qui ont l’habitude de faire des transferts technologiques entre une application et l'autre. Un client repart avec les réponses matières à ses questions design et parfois aussi avec des réponses design. Ici à MateriO Belgique nous sommes une petite équipe de trois personnes. Karen Sprengers, directrice, Alan Dergent et moi-même avons des profils de designers ce qui nous permet d'avoir une approche créative à la matière. Nous combinons cette approche design à notre connaissance du milieu industriel.

Nous avons l'habitude de travailler avec les fabricants de matières et nous parlons deux langues, celle du créatif et celle du fabricant. C'est ce qui fait la différence.

Apportez-vous un suivi aux designers après le processus de conseil matière ?

Il peut arriver que nous fassions du suivi, de l'accompagnement pour certains projets. Nous avons parfois à faire à des créatifs qui n'ont pas l'habitude de traiter avec les industriels et nous pouvons les aider dans ce processus. C'est quelque chose que l'on peut faire parce que notre équipe à Bruxelles est très axée consulting, dans les secteurs de l'innovation, de l'éco-design, et MateriO est un de nos outils de travail. Nous accompagnons les entreprises qui se réabonnent d'une année à l'autre à nos services car nous les connaissons bien, nous savons ce qu'il recherchent et nous pensons à eux lors de notre processus de veille technologique. Nous proposons une newsletter sur l'actualité du secteur tous les mois et nous avons également une newsletter quotidienne adressée à nos membres qui s'appelle " Dayly MateriO " et qui fait chaque jour un zoom sur une matière que contient notre base de donnée en ligne. Cela permet aux designer de découvrir de nouveaux produits qu'ils n'auraient pas forcément eu le temps ou l'idée de trouver.

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Comment découvrez-vous les nouvelles matières innovantes ?

Il y a bien sur des salons à ne pas rater. On peut citer parmi eux des salons spécialistes des matériaux dans plusieurs domaines comme le JEC (salon des matériaux composites), le salon des emballages et du packaging, Première Vision, le Midest (salon de la sous-traitance industrielle) ou encore Batimat. Mais nous faisons aussi des salons comme Maison et Objets ou le salon du meuble à Milan. Certains jeunes créateurs inventent et mettent au point de nouvelles matières directement intégrées dans leur produits. C'est une approche de la matière tout à fait récente et expérimentale qui nous intéresse et qui nous permet de découvrir de nouvelles matières directement à travers leurs applications. Ensuite, bien sûr, nous faisons de la veille sur internet et par le biais de la presse. Et nous bénéficions évidemment d'un réseau humain. Les fabricants qui nous connaissent viennent vers nous lorsqu'ils ont des nouveautés. Il y a dans le monde plusieurs matériauthèques, surtout concentrées en Europe. Il existe aussi des centres pour l'innovation en matériaux, des centres de recherche. Nos concurrents et nous travaillons tous plus ou moins sur la même chose mais nous ne proposons pas forcément les mêmes services.

Existe t-il des matériauthèques spécialisées dans le textile ?

Autrefois il y avait une tissuthèque privée a Paris, puis elle a été vendue à Innovathèque (matériauthèque basée à Paris). Il existe également à l'école des Arts Deco de Paris une tissuthèque tenue par Isabelle Rouadjia.

Chaque matériauthèque a sa spécialité mais je pense que MatériO est sans doute la plus transversale, la plus ouverte.

Il existe également d'autres types de structures qui peuvent faire ce lien entre industriels du textiles et designers comme La Maison du Savoir-Faire et de la Création, l'IFTH (Institut Français du Textile et de l'Habillement) ou encore l'UIT Nord Roubaix.

Comment percevez-vous les produits textiles innovants d'aujourd'hui et l'évolution du secteur dans l'avenir ?

Les récents livres de Florence BOST, "Textiles Innovants et Matières Actives" et "Les Enjeux des Nouveaux Matériaux Textiles" de Christine Browaeys sont de belles récoltes de ce qui se fait aujourd'hui en matière de textiles innovants. Ils contiennent des projets qui peuvent paraître gadgets, mais s'ils paraissent gadgets c'est parce que les industriels n'ont pas encore bien intégré ces technologies de l'habillement. J'ai constaté en travaillant avec les industriels textiles qui font des textiles techniques, qu'ils n'exploitent pas la dimension design textile, en terme d'esthétique. Il ne prennent pas forcément en compte la dimension de design textile lors de la mise au point de la matière, du textile technique. Il y a là encore énormément de choses à faire.

Il manque un maillon dans la chaîne de production et d'utilisation des textiles techniques. Le jour ou l'on aura fait un pas en avant vers cette problématique je pense que l'on verra vraiment des choses intéressantes.

Ce maillon manquant représente-il un métier qui n'existe pas encore ?

Je dirais que le métier existe mais que les fabricants n'y font pas assez appel. Ils ne font pas appel à des designers textiles mais travaillent plutôt avec des ingénieurs textiles. Le designer textile pourrait pourtant apporter une nouvelle dimension aux textiles techniques pour que les applications futures de ces matières puissent être développées à partir du design et de la conception de la matière. Aujourd'hui un secteur d'application qui fonctionne pour les textiles techniques et innovants est le monde du médical. Il faut bien distinguer ce types d'applications fonctionnelles à d'autres types d'applications qui aujourd'hui sont vues comme encore trop gadget.

Quelles innovations textiles récentes vous ont marquées ?

Les textiles à base de bois appliqués au design existent depuis longtemps, mais récemment il y a de vrais produits qui sortent comme ce produit italien qui s'appelle " Ligneah ". Il y a également en terme de production des choses très intéressantes qui se passent, comme la production intégrée de semelles de sport et de la maille qui composent la chaussure. D'autres innovations textiles nous attendent probablement sur première vision cette semaine !

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Dans la matériOthèque de Bruxelles - Textiles bois Ligneah

Un dernier mot pour la fin ?

Je tiens à parler d'une étude bipartite qui a été conclue en 2015 par les industriels textiles de la région transfrontalière Belgique-France qui s'appelle ACV Tex (Analyse du Cycle de Vie). Cette étude fait l'analyse a l'échelle mondiale du cycle de vie des textiles et permet de mieux comprendre l'impact environnemental de la production d'un produit textile. Elle prend en compte une période qui couvre tout le cycle de vie du produit de la fabrication de la matière première jusqu'au recyclage éventuel du produit à la fin de son cycle de vie. Il a été prouvé que pour un t-shirt en coton blanc produit en chine puis acheté et utilisé en France pendant un an, lavé séché et repassé régulièrement, au bout d'un an c'est la phase d'usage du t-shirt qui est la plus impactante au niveau environnemental. Cette étude a montré que nous avons beaucoup d'idées préconçues sur le fait qu'un produit soit fabriqué en Chine, sur l'impact écologique de sa production etc. Mais cette étude permet de prouver scientifiquement que c'est bien l'entretien de ce t-shirt blanc qui est le plus néfaste pour l’environnement. Je pense donc que ce qui est innovant aujourd'hui, et ce qui sera innovant demain en matière de textile c'est de produire des vêtements qu'on ne doit pas entretenir de façon aussi polluante. Une des pistes est de produire des textiles qui n'ont pas besoin d'être lavés, repassés, séchés, voire même, et cela peut paraître aberrant, un vêtement jetable.

 

Pour aller plus loin, Susanna Campogrande vous propose une liste d'ouvrages dirigés par MateriO et consacrés aux matériaux innovants :

 


The Faraday Project

The Faraday Project : mode masculine & textiles intelligents

Vous connaissez probablement le principe d'une cage de Faraday : une structure métallique qui isole ce qui se trouve à l'intérieur des champs électromagnétiques, l'exemple le plus souvent cité étant la voiture censée faire office de cage de Faraday pendant l'orage, et par conséquent vous éviter d'être foudroyé (intéressant, non ?). Eh bien The Faraday Project, ce sont des vêtements qui fonctionnent un peu sur le même principe (n'allez pas vous poster au beau milieu d'un endroit désert avec une fourchette sur la tête par temps d'orage sous prétexte de porter leur collection, cependant. Je ne voudrais pas avoir de problèmes avec votre maman.). Thomas Fayon, l'un des co-fondateurs de la marque, nous en dit plus.

The Faraday Project : des textiles de haute qualité imperméables aux ondes

« The Faraday Project », m'explique Thomas, « est une marque née d'une rencontre avec un ingénieur en électromagnétique. Aujourd'hui, les ondes sont partout (téléphones portables, réseaux WiFi, etc.) et on sait maintenant qu'elles sont mauvaises pour la santé. Ce sont les limites des technologies du progrès ! » Certes, mais alors, que faire ? The Faraday Project propose un début de réponse avec une gamme entière de vêtements et d'accessoires pour hommes, comportant des pièces de tissu complètement imperméables aux ondes.

The Faraday Project, textiles imperméables aux ondes

« Tous nos vêtements sont faits dans de belles matières », m'assure Thomas. « Ce sont des basiques du vestiaire masculin, fabriqués dans un tissu fait à partir d'un fil d'argent de quelques microns et de coton, tissé selon un maillage spécial. » Résultat ? Les ondes rebondissent sur le fil d'argent et ne traversent pas le tissu, qui agit comme une sorte d'armure. Et ce tissu garde cependant toute sa souplesse, est lavable en machine, anti-bactérien et anti-allergène.

Une autre limite des technologies modernes et de l'utilisation à grande échelle de puces NFC, c'est... le piratage. Pensez par exemple à votre carte bleue munie d'une puce de paiement sans contact, ou à votre passeport biométrique : certaines informations méritent d'être bien protégées ! Le tissu au fil d'argent développé par The Faraday Project protège également votre smartphone et vos cartes à puces du piratage, puisque les ondes ne le traversent pas.

Un positionnement mode affirmé

Mais loin d'une marque « geek » axée à 100 % sur la technologie, The Faraday Project se veut avant tout une marque de mode au positionnement élitiste, aux coupes travaillées et aux matières choisies avec soin. « Toutes nos matières premières sont très chères et nous fabriquons en petites quantités », me révèle Thomas. « Nos vêtements sont fabriqués à Paris, en Vendée ou en Italie. C'est un choix éthique et de qualité que nous avons fait. »

The Faraday Project, un positionnement mode affirmé

Car si l'expertise technologique est amenée par leur fameux ingénieur en électromagnétique, les autres protagonistes, Charles-Antoine de Beaumont, Cyril Cabellos (directeur image et communication du groupe Kering, ça vous parle ?) et Alexandre Stourbe, ont une vraie vision mode du projet.

The Faraday Project voit loin !

Alors que la marque est lancée depuis une dizaine de jours tout juste, pas question pour l'équipe de se reposer sur ses lauriers ! « On a de grands projets pour l'avenir ! », m'assure Thomas. « On a une équipe de R&D qui travaille sur des propriétés high-tech, comme l'intégration de micro-puces dans les vêtements, et on voudrait sortir une nouvelle innovation chaque année. » Dans les cartons, de nouveaux tissus hydrophobes, aux propriétés anti-bactériennes et anti-transpirantes. À suivre...

Où les trouver ?

The Faraday Project : où les trouver ?

Malgré son tout jeune âge, la marque dispose de plusieurs points de vente où vous pourrez les trouver à partir de mars 2016 : La Garçonnière à Paris, la boutique physique et l'e-shop de L'Exception, et le Reservoir Shop à Bruxelles. Vous pouvez aussi retrouver leurs produits dès maintenant sur leur propre e-shop. Et ce n'est que le début...

Et pour aller plus loin, lisez notre article sur la protection pensée par la Fashion Tech.


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Albance, la marque de vêtements féminins sur mesure !

Albance, c’est l’une des start-ups gagnantes du concours Wonder Women Of Paris, organisée par Paris Pionnières, l’incubateur de l’entrepreneuriat au féminin. Charlotte Lautier-Gaud, sa fondatrice, nous dit tout sur son concept innovant qui permet d’habiller les héroïnes des temps modernes !

Quels ont été les débuts d’Albance ?

J’ai toujours su que je voulais créer mon entreprise : après un diplôme d’ingénieur, j’ai d’abord travaillé dans un grand cabinet d’audit financier. L’idée de créer une entreprise est née de cette expérience dans le monde du travail et de mon vécu de femme. Quand j’ai commencé à travailler, j’ai rapidement expérimenté une problématique vestimentaire qui est celle de très nombreuses femmes. On n’a pas toujours le temps de faire les magasins, en termes de style il n’est pas évident de trouver de jolis basiques qui soient à la fois professionnels, féminins et pratiques à porter, et quand on passe en cabine, il y a toujours un petit quelque chose qui fait que le vêtement ne nous va pas parfaitement et qu’on ne se sent pas toujours mise en valeur. C’est de ce constat qu’est née Albance, la première marque de sur mesure dédiée aux femmes modernes, avec une offre qui conjugue élégance, qualité et confort. Le nom de la marque vient du latin « albus » et évoque justement une élégance épurée et simple.

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Veste Alice

« On se demande souvent si c’est la femme qui fait le vêtement ou le vêtement qui fait la femme. Chez nous, c’est les deux. »

Vous utilisez une solution innovante pour une coupe sur mesure : pouvez-vous nous en dire plus ?

Pour chaque modèle de la collection, nous développons un patronage digitalisé et « intelligent » qui va s’ajuster automatiquement aux mesures de la cliente aux points qui sont habituellement sensibles (tour de poitrine, taille, bassin, longueur des bras, des jambes…). Pour la prise de mesures, nous proposons une solution à distance, très simple et rapide, qui sera intégrée à notre futur eshop (Coming very soon !). En 3 photos prises à partir de son smartphone, la cliente crée son avatar qui nous transmet ses mesures.

Ces innovations nous offrent beaucoup d’avantages, par exemple :

  • On ne parle plus de taille. Chez Albance, chaque cliente a son propre patron, réalisé à ses mesures.
  • Chaque pièce est confectionnée à l’unité. Cela nous permet beaucoup de flexibilité sur les collections de tissus. Nous pouvons nous permettre de travailler des fins de collections de grandes maisons à des tarifs avantageux et ainsi proposer la meilleure qualité au meilleur prix, tout en évitant le gaspillage.

Aujourd’hui, nous recevons les clientes au showroom parisien : cela leur permet de se familiariser avec le concept, d’essayer les modèles de démonstration et de découvrir les collections de tissus.

A quoi ressemble la 1ère collection ?

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Veste Alice & Jupe Lucie

Pour la première collection, nous avons dessiné une veste et une jupe qui apportent une touche élégante et moderne à vos tenues tout en tenant compte de nombreux détails pratiques. Par exemple, le modèle de veste Alice se porte aussi bien sur une robe que sur un pantalon, et sa petite poche intérieure vous permet de glisser vos cartes de visite ou votre smartphone. Pour la jupe Lucie, c’est la coupe patineuse que nous souhaitions mettre en valeur, avec LA bonne longueur (ni trop courte, ni trop longue) qui la rend intemporelle. On y a ajouté de grandes poches côté invisibles dans lesquelles on a plaisir à glisser ses mains.

Nos principales inspirations sont les femmes qui nous entourent. Toutes ces femmes qui ont chacune leurs singularités qui les rendent extraordinaires. Nous souhaitons mettre en valeur cette singularité, grâce à des pièces bien pensées et surtout ajustées à leur morphologie et à leurs envies.

Côté matières, nous avons volontairement travaillé une première gamme qui combine un tombé élégant et un entretien facile, avec une large palette de couleurs allant du noir au jaune moutarde, en passant par des pastels, du rouge intense, ou encore du bleu électrique. De quoi exprimer votre personnalité comme vous le souhaitez !

Pour la suite, nous réfléchissons à d’autres intemporels de la garde-robe féminine : un modèle de veste longue, une petite robe et une ligne de pantalons. Nous souhaitons aussi proposer bientôt une gamme de lainages, et introduire une sélection de tissus à jolis motifs pour varier les styles et les plaisirs.

Quel est votre avis sur la FashionTech ?

Il est indispensable qu’un domaine comme la mode, qui reste encore très artisanal, tienne compte des évolutions technologiques de notre temps et les tourne en sa faveur. Non pas en juxtaposant une pièce de mode et une innovation technologique, mais en intégrant l’innovation dans le processus-même de création et de distribution. C’est ce qui permet de rendre la mode plus intelligente, plus durable, et de proposer la meilleure qualité au meilleur prix.

Chez Albance, nous partons d’un concept qui préexistait au prêt-à-porter - le sur mesure féminin - et nous nous servons d’outils digitaux pour le remettre au goût du jour (grâce notamment aux réseaux sociaux), pour le diffuser à grande échelle (en passant par une vente en ligne), et surtout pour proposer des pièces abordables (ce qui ne serait évidemment pas le cas si une équipe de modéliste devait retravailler à la main chaque patron).


Le Lab 1

Le Lab, l’inventeur de la chemise idéale !

Le Lab, c’est un nouvel arrivant dans l’univers du prêt-à-porter qui a pour ambition de révolutionner les essentiels de la mode masculine, à commencer par la chemise. Leur pari ? Remédier aux tracas du quotidien – la tache avant un rendez-vous important, l’auréole qui trahit notre stress en réunion, les plis qui s’accumulent tout au long de la journée – avec des tissus innovants. Deux français sont à l’origine de ce nouveau vêtement : Sébastien François et Pauline Guesné, qui a répondu à nos questions.

Quels sont les débuts de « Le Lab » ?

Du fait de son ancien métier de consultant, mon associé Sébastien se devait d’avoir une tenue irréprochable, reflet de son professionnalisme. Chemise blanche, cravate et costume sombre étaient de rigueur, bien qu’ils ne soient pas nécessairement appropriés aux longues journées et aux multiples déplacements.

Pour réinventer ces grands classiques en les adaptant aux hommes d’aujourd’hui, nous avons créé Le Lab, une start-up qui fait entrer la mode masculine dans l’ère des nouvelles technologies. Le Lab fonctionne comme une marque de mode classique, puisqu’elle mise avant tout sur le style et la coupe ; sauf qu’à la différence des marques de prêt-à-porter traditionnelles, leurs tissus innovants apportent des propriétés supplémentaires.

Grâce aux efforts combinés de stylistes, d’un tailleur et d’ingénieurs textiles, nous avons créé une chemise élégante, à la coupe ajustée, taillée dans un coton unique au monde. Il nous aura fallu pas moins de 2 ans de développement au sein d’ « Innotex », l’incubateur du Centre Européen des Textiles Innovants de Lille, pour parvenir à sortir cette première pièce.

Aujourd’hui, la société a été fondée à Lille et bénéficie d’une antenne relai à Paris. Nous sommes deux associés : Sébastien qui s’occupe de la gestion de l’entreprise et de la partie technique, et moi, Pauline qui m’occupe du marketing et de la commercialisation. Nous travaillons avec une petite équipe et, en complément, nous faisons appel à des intervenants externes. Il faut savoir que pour créer une chemise comme la nôtre, nous avons besoin de rassembler beaucoup de personnes autour de la table, mais pas à temps plein. Chacun est appelé ponctuellement pour apporter son expertise sur des sujets très pointus. Le réseau du Centre Européen des Textiles Innovants nous a aidés à trouver et mobiliser ces experts.

On parle de « Le Lab » comme l’inventeur de la chemise idéale, à quoi ressemble-t-elle ?

La première chemise commercialisée sur Kickstarter a été baptisée « l’Essentiel». Elle est blanche, à boutonnière cachée, avec des capucins cachés aux niveaux des manches. Simple, sobre et efficace.

L'Essentiel.

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Comme toutes les chemises de la collection, elle est aussi :

- Antitache : on peut verser du café, du vin, du ketchup, etc. ça résiste à tout ce qui est liquide immédiatement, c’est-à-dire qu’il suffit de prendre un sopalin pour éponger ou de mettre un peu d’eau et il ne restera plus rien. C’est vraiment fait pour éviter les accidents. Pour des éléments non liquides, nous ne pouvons rien garantir mais, d’expérience à date, il suffit de passer la chemise en machine pour que la tache parte. Nous n’avons pas encore réussi à la tacher !

- Anti-transpirante : si on transpire dans la chemise, elle ne collera pas et cela ne se verra pas. En prime, la chemise est « respirante » comme une chemise en coton classique ce qui permet d’évacuer la transpiration. En résumé, l’eau ne passe pas mais la vapeur d’eau, elle, s’évacue.

- Stretch : à l’intérieur du fil de coton nous avons mis une minuscule gaine d’élasthanne pour le rendre extensible. En tout l’élasthanne représente à peine 3% et permet de donner de la flexibilité pour que la chemise épouse la morphologie de chaque personne. Grâce à cela, nous pouvons proposer une coupe fittée qui convient à un maximum de personnes. Le stretch est également formidable pour éviter les froissements.

Et quand est-ce que la collection complète sera disponible ?

La collection complète sera distribuée sur notre site internet dès février 2016. Chaque modèle aura un design différent mais les mêmes propriétés techniques. Le prix sera fixé entre 120 et 180€, selon les modèles. Nous sommes actuellement à la recherche d’autres partenaires de distribution.

La commercialisation s’annonce intéressante à deux égards :

- Trouver des distributeurs qui souhaitent se démarquer en proposant des produits FashionTech
- Mettre en scène la technologie

Dans notre cas, nous avons une technologie invisible : c’est un challenge car il faut malgré tout parvenir à montrer les propriétés techniques qui font l’unicité de notre chemise, mais c’est également une chance car le produit s’apparente à ce que la distribution a déjà l’habitude de manipuler : une chemise blanche en coton. On part de quelque chose de connu.

Ce qui nous fait peur en parlant trop de l’aspect technique, c’est de ne convaincre qu’un public de technophiles et non pas un public mode. C’est pour cela que nous avons beaucoup misé sur le style et la coupe. Nous souhaitons que les consommateurs soient d’abord séduits par son esthétisme puis l’achètent pour sa technicité.

Le Lab 3

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Quelle est votre actualité ?

En septembre dernier, nous avons participé au Salon Who’s Next qui nous a permis de bénéficier d’une bonne visibilité dans la presse.

 

Actuellement, nous sommes en pleine campagne de crowdfunding (pour les soutenir en pré-commandant c’est ici !). Comme nous produisons notre propre tissu, nous avons un minimum de production assez élevé. Grâce aux précommandes, nous allons pouvoir financer la première production à grand échelle. Avec plus de 20 000 €, nous sommes déjà le plus gros crowdfunding français de vêtements pour hommes jamais réalisé. Pour le moment, seul le modèle Essentiel est proposé mais si nous atteignons les 30 000 € nous débloquerons un autre modèle. Il est déjà possible d’aller voter en ligne pour votre préféré, que vous souteniez le projet sur Kickstarter ou non. Donnez-nous votre avis !

Quel est votre avis sur la FashionTech ?

Nous ne sommes qu’au tout début de ce mouvement mais je suis convaincue qu’il va prendre beaucoup d’ampleur. Aujourd’hui, la chose que l’on porte le plus ce sont les vêtements et, paradoxalement, c’est la seule chose qui n’a techniquement pas évolué depuis des dizaines et des dizaines d’années. C’est l’un des derniers bastions où les nouvelles technologies n’ont pas encore fait leur entrée auprès du grand public.

Pour l’instant, nous sommes un petit pôle d’acteurs regroupés dans l’association La FashionTech à nous y intéresser, mais les gros du marché devraient rapidement s’y mettre.

Outre les entreprises, il y a un véritable enjeu d’éducation du consommateur. On va y être confronté comme les autres, mais lorsque les clients auront vu que ça fonctionne et qu’il n’y a pas de danger (actuellement les gens expriment des doutes sur l’efficacité ou des interrogations sur les risques dermatologiques auxquels nous répondons) la brèche va s’ouvrir. C’est normal que ce soit difficile pour les consommateurs d’appréhender ces questions qui sont assez nouvelles, assez techniques et qui évoluent très vite.


Clausette

Clausette, le webzine "Future of Fashion"

Noémie Balmat,  jeune publicitaire passionnée de mode, est la créatrice et rédactrice en chef du webzine Clausette dédiée à la FashionTech. Ce webzine « Future of Fashion » est dédié à toutes les initiatives qui construisent dès aujourd’hui la mode de demain. Noémie nous raconte son histoire !

Quel est ton parcours professionnel ?

Je suis diplômée d’une école de commerce avec une spécialisation marketing international. J’ai commencé ma carrière professionnelle il y a trois ans en travaillant dans de grandes agences de publicité pour des marques comme Carrefour, Orange, Laurent Perrier, des marques de bijoux, de cosmétique…

Je suis passionnée par la mode et j’ai toujours eu envie de mêler cette passion avec mon travail. Cependant, pendant ma scolarité, on me disait souvent que c’était un milieu auquel il est difficile d’accéder sans le bon réseau de contacts, ou sans avoir fait la bonne école. Et cela s’est vérifié quand j’ai tenté de candidater chez des marques de mode, je n’avais pas de retours.

Alors que je travaillais pour Orange chez Publicis, j’ai découvert que les objets connectés s’appliquaient aussi à la mode, et j’ai commencé à explorer la FashionTech. C’est à ce moment que j’ai décidé de créer un webzine proposant un nouvel angle sur la mode. Cette idée je l’ai eu à l’été 2014, puis, il m’a fallu deux mois pour développer le site en collaboration avec un directeur artistique et un développeur rencontrés en agence. Clausette (dérivé du mot anglais Closet qui désigne le placard, un petit jeu de mot rappelant la mode) a été lancé officiellement en Novembre 2014. C’est un webzine qui propose des articles sur le sujet de l’innovation dans la mode, et j’ai depuis participé à de nombreux évènements FashionTech, où j’ai eu l’occasion de rencontrer beaucoup de personnes talentueuses dans les domaines de la mode et de la tech.

Quel est l’esprit de Clausette ?

Capture du site
Capture d'écran du site : http://www.clausette.cc/

Comme c’est un webzine tourné vers la mode, j’ai voulu lui donner un design très épuré et esthétique. Par exemple, le choix de mes sujets se fait avant tout sur le fond (pertinence du projet, viabilité, utilité pour le consommateur/l’utilisateur), mais le côté visuel a toute son importance : un bon sujet sans belle image est compliqué à mettre en avant pour moi, car je souhaite avoir une vraie cohérence esthétique sur le site. J’ai par ailleurs fait le choix de ne pas imposer de publicité (pas de pollution visuelle), et donc de ne pas monétiser par la publicité mais plutôt par du conseil pour les marques.

Le site s’adresse à une cible de « Modeurs », des passionnés de mode sensibles à la fois à l’esthétique et à la notion d’innovation, qui ont ou non des notions de technologie. Je parle principalement de mode innovante, qu’elle soit futuriste dans son esthétique ou intègre des composants technologiques / a été produite via un procédé innovant, une sorte de mode améliorée.

Je cherche aussi à intéresser le grand public. C’est pour cela qu’il était essentiel dès le départ d’avoir le site en Anglais et en Français. Cela permet de toucher une audience plus large, d’autant plus que la France est un peu en retard sur la FashionTech : les gens ne s’y intéressent pas forcément, même s’ils sont toujours surpris quand ils découvrent des innovations ; alors qu’Outre-Atlantique, le phénomène est bien plus avancé et connaît un intérêt plus important de la part des gens. Puis le fait que nous soyons submergés d’informations fait qu’on loupe beaucoup de choses, Clausette c’est un endroit qui rassemble les informations les plus cool à propos de cette mode innovante.

Pour ce qui est des sujets abordés, cela va de l’impression 3D appliquée à la mode aux textiles intelligents et connectés, en passant par des réflexions sur le développement durable et l’éthique dans la mode (via notamment des plastiques végétaux ou encore des tissus biologiques). Je cherche par ailleurs à promouvoir la jeune création, car il est primordial selon moi pour un webzine dédié à la mode de demain de parler de ses créateurs. Le jeune créateur d’aujourd’hui incarne par essence la mode de demain.

Quelle est ton actualité ?

Grâce au site, j’ai pu développer une activité freelance en tant que consultante innovation et mode, en proposant aux marques et aux agences qui ont envie d’innover de les aider. Que ce soit dans leur communication, ou via des workshops et séances de brainstorming dédiés à l’innovation dans la mode… Côté communication, avec AVE PARIS, un collectif d’artistes (qui fait autant de la production de contenus publicitaires que des collaborations artistiques sur des produits avec des créateurs ou des marques), je me positionne en accompagnement sur le développement et la production de contenus pour les marques, peu importe leur taille. Je travaille par exemple avec EXOCET sur la partie communication et commerciale ou encore KAREN TOPACIO sur la partie relations presse.

Je réfléchis aussi à comment je peux faire évoluer le site, notamment grâce à mes nouveaux contributeurs arrivés en septembre dernier et parvenir ainsi à rassembler autour de moi des gens qui partagent la même passion.

En parallèle, j’ai rejoint l’agence FRED & FARID, au sein du pôle « Digital Luxury » pour accompagner les marques de mode et du luxe dans leur communication digitale. Le fonds d’investissement du groupe fait notamment partie de Fashion Capital Partners, le premier fonds d’investissement dédié à la FashionTech.

Quel est ton avis sur la Fashiontech ?

Il y a beaucoup de choses intéressantes qui se passent. Il y a de nouvelles technologies que je travaille, à mon niveau, à faire valoriser. Toutefois, je constate qu’encore trop peu d’entreprises du CAC 40 ne semblent être prêtes à prendre des risques pour se lancer dans la FashionTech. C’est pour cela que les start-ups et freelances ont un travail de défrichage à faire pour amener le marché à devenir plus mainstream.

Interlaced 2015Je pense aussi que le grand public doit être plus impliqué. A ce sujet, je collabore avec le collectif londonien INTERLACED depuis février dernier (principalement sur la partie contenus éditoriaux) et je les ai aidés à organiser le Salon INTERLACED 2015 début septembre. L’équipe de préparation était répartie entre Londres, Paris et New York, un beau melting-pot à l’image de notre génération. Le collectif a pour vocation de démocratiser la Fashiontech et les wearables aux yeux des quatre principales parties prenantes que sont les pionniers de la FashionTech, le grand public, le domaine universitaire, et les entreprises. Dans un premier temps, avec du contenu partagé sur le site et ses réseaux. Ensuite avec des événements comme celui de septembre, donnant accès à des tables rondes, des conférences, des expositions. Notre premier événement a notamment présenté avec l’un des 1ers défilés FashionTech en Europe, qui a montré une mode innovante et esthétique, portée par des bloggeuses et mannequins. Le but de cet événement était d’éveiller la curiosité, et nous sommes ravis du résultat.

Enfin, que penses-tu de Modelab ?

J’aime bien votre webzine. Il est plus axé vers les Start-Ups avec un point de vue plus Business, qui je trouve complètent parfaitement le positionnement de Clausette. J’apprécie également beaucoup la partie développement durable, qui est également très importante pour moi, car je pense que c’est à nous, jeunes générations, de faire évoluer les choses. En ce sens je trouve votre démarche très intéressante, car il est indispensable qu’un maximum de médias poussent ce genre de sujets et problématiques afin d’amener le consommateur à remettre en question sa propre consommation, pour à terme exiger une mode plus propre, sans quoi les marques ne changeront probablement pas de comportement.

Un mot pour la fin ?

« Il faut écouter son instinct et sa passion : si on veut faire quelque chose et qu’on travaille pour, ça finira par arriver ».