Projet Itinérance par l'Atelier Bartavelle : yayas, tricot et lien social sous le soleil de la Grèce

Le 18 juillet dernier nous avions fait le portrait de la marque Atelier Bartavelle. L'occasion pour nous et pour vous de découvrir un univers plein de grâce où les valeurs du savoir-faire et du temps jouissent d'une place centrale et essentielle dans l'ADN de cette jeune marque. Aujourd'hui nous vous rapportons l'entretien réalisé  vendredi dernier avec Alexia Tronel co-fondatrice avec Caroline Perdrix de l’Atelier Bartavelle. Comme évoqué dans notre précédent article, la marque de vêtement aux airs méditerranéens n'est pas le seul projet des deux jeunes femmes. Itinérance s'articule autour des collections de la marque et vient en échos à l'essence d'Atelier Bartavelle. Indépendant du jeune label, il en est pourtant indissociable et nourrit la même volonté de préservation des cultures, mise en valeur des savoir-faire et retour aux essentiels. 

Modelab : Bonjour Alexia, merci de m'accueillir dans votre toute nouvelle boutique atelier, peux-tu nous parler du projet Itinérance que vous avez entamé cet été ?

Alexia Tronel : L’idée d’Itinérance est de promouvoir, mettre en valeur les initiatives positives dans la mode en Méditerranée. Le terrain de jeu c’est la Méditerranée seulement. Dans la continuité de la marque Atelier Bartavelle qui prend racines dans cette culture. En s’inspirant de nos deux parcours (Alexia a un profil études en sciences politiques et Caroline est diplômée de la Chambre Syndicale de la Couture et des Arts Décoratifs) et notre amour pour la Méditerranée, nous avons cherché à conjuguer ces facettes de nos personnalités. Le Projet Itinérance est né de cela, de la conjugaison d'une esthétique et d'une conscience sociale et culturelle.  En partant de ce projet de mettre en valeur des savoir-faire, l’idée de faire le tour du bassin méditerranéen s’est naturellement imposée car c’est un véritable creuset culturel (qui en plus correspond parfaitement à l’ADN d’Atelier Bartavelle qui se nourrit complètement de l’atmosphère de cette mer si particulière).

Nous avons donc commencé cet été par la Grèce, puis vont suivre la Tunisie, le Maroc, le Liban et la Turquie.

M : Au-delà de votre attrait pour la culture Méditerranéenne et de l’univers de l’Atelier Bartavelle, pourquoi avoir choisi le pourtour de la mer Méditerranée comme cadre au projet ?

AT : Nous avons choisi la Méditerranée parce que c’est un noeud de civilisation, intrication de problèmes et d’enjeux qui ne s’arrêtent pas à la seule géopolitique. La mer Méditerranée est la mer la plus polluée au monde. L'un des acteurs qui l'a le plus polluée, c'est l'industrie textile, avec notamment les micro-particules de plastiques qui proviennent des cycles de vie du vêtement. À cela s’ajoute le gros facteur humain dramatiquement relaté dans les médias. Sans dénoncer directement cela, notre envie était de montrer des choses différentes de la Méditerranée pour donner envie aux gens de préserver ces cultures, cet environnement. Il faut créer du lien pour protéger. Il faut donner un autre visage pour donner envie.

M : Comment articulez-vous cela ?

AT :  En proposant chaque fois une histoire différente. La première édition en Grèce se basera sur la notion de savoir-faire et de la transmission. La prochaine aura pour approche l’artisanat au niveau local. Peut-être que la suivante aura pour sujet les réfugiés, comment les former, les aider, les intégrer. On aborde toutes les questions avec un angle inhabituel et surtout avec des gens qui ont un rapport à la mode et plus largement à la vie qui n’a rien à voir avec ce que l’on connait à Paris.

M : Êtes-vous accompagnées dans ce projet ?

AT : Nous avons plusieurs partenaires sur ce projet ; le ministère de la Culture et Voyageurs du Monde principalement mais également la Fondation EY et les labels Antifashion, Une Autre Mode est Possible.

L’idée est de vraiment s’entourer de personnes qui sont expertes dans leur domaine qui ont un véritable savoir-faire et qui pourront nous guider dans la recherche de matières locales, de circuits court et de savoirs ancestraux. Nous fonctionnons beaucoup à l'affect et nous avons beaucoup de chance car nous sommes entourées de personnes avec lesquelles nous avons établi des liens forts et qui font montre d'une adhésion pleine et entière à notre démarche.

Itinérance Atelier Bartavelle

 

M : Pourquoi un projet sur le tricot pour commencer ?

AT : Caroline avait exposé il y quelques années au MUCEM (Marseille) un travail sur le pull marin. Il faut savoir que les pulls marins sont de véritables cartes d’identité. Chaque famille de pêcheurs a son point qui lui est propre. C’était un véritable passeport textile. Cette histoire nous a fait faire le lien avec la Grèce, 

Cette histoire nous a fait faire le lien avec la Grèce, à l'odyssée maritime d'Ulysse et sa géographie constituée d'une multitude d'îles et qui par extension recèle de nombreuses famille de pêcheurs. On cherchait un peu à transposer cette histoire de « pulls identitaires ».

M : Du coup vous avez choisi la Grèce pour un savoir-faire particulier en tricot ? 

AT : Cela fait partie d'une réflexion générale. Évidemment on marche au coup de coeur et à l'intuition. Pour la Grèce c'est parti d'une histoire qui nous a touchée mais évidemment c'est avant tout la conjugaison de l'histoire et de la présence de savoir-faire qui a fait que l'on s'est retrouvées là-bas.
Bon, blague à part c'est aussi le deuxième ou troisième cheptel de moutons d'Europe. Pour un projet sur la laine, on s'est dit que c'était pertinent, nous n'avions juste pas envisagé que l'industrie de la laine était sinistrée en Grèce et que la majeure partie de la laine provenait de l'import car les producteurs ont pour la plupart mis la clef sous la porte. 

Mais on tient à dire que notre laine vient quand même du dernier fournisseur de laine de Grèce Molokotos qui nous a raconté son incroyable histoire, et qui fait de la laine de qualité même si elle ne provient pas de moutons exclusivement grecs !

M : Comment avez-vous choisi les autres destinations? Est-ce que vous aviez l’intuition qu’il y avait déjà des savoir faire qui vous intéressaient là-bas ?

AT : Ensuite pour ce qui concerne le Maghreb, on ne pouvait pas omettre le fait que c’est à l’heure actuelle une des zones de production de textile privilégiée pour l’Europe et donc un réservoir de talents et de culture textile non négligeable. De plus, dans le cadre des problématiques que l’on soulève avec cette initiative, nous voulions montrer d’autres histoires sur le Maghreb que ce que l’on a l’habitude d’entendre. Le choix Liban a été fait car ça a été un centre culturel majeur dans le passé (et encore aujourd'hui pour la région) et puis il y aussi un facteur personnel puisque nous avons des attaches là-bas. La Turquie, on connaissait très bien toutes les deux et puis c’est un carrefour de civilisations incroyable.

M : Est-ce qu’il y a des « no go » destinations ?

AT :On a écarté certaines destinations trop compliquées à mettre en oeuvre ou trop problématiques sur la place des femmes ou des aspects sécuritaires notamment. Bien sûr il y a une dimension sociale dans notre projet mais nous souhaitons rester au maximum neutres et apolitiques (et "safe"). Je rêve pour ma part de partir en Egypte...

Itinérance Atelier Bartavelle

M : Concentrons-nous sur votre première destination, comment trouve-t-on des yayas en Grèce pour faire des pulls en plein mois d’Août ?

AT : Nous sommes parties en mai avec Caroline pour faire notre repérage, après avoir envoyé des mails à tout notre réseau disant : « On cherche des grand-mères en Grèce et qui savent tricoter. ». Autant dire qu'on a fait rire pas mal de monde (rires). De contact en contact on réussi à isoler deux pistes et c'est la piste de l'île de Tinos que nous avons explorée en premier. Il y a sur cette île deux associations de grand-mères qui font du tricot ensemble. Quand elles nous ont dit « ok on le fait » on était extrêmement heureuses mais en même temps presque surprises. Cette rencontre, ça relevait quasiment du surnaturel.

M : Comment se passe la communication ? Quelqu’un parlant grec vous accompagnait?

AT : Certaines parlaient un peu le français, une avait travaillé dans une ambassade et parlait l’anglais, la majeure partie du temps on s’est très bien débrouillées. On a eu beaucoup de chance (rires).

M : En terme de processus créatif, quel a été le déroulé de production ?

AT : Caroline avait fait sa gamme de couleurs et acheté la laine avant le départ pour Tinos. Elle a ensuite fait une réunion avec toutes les grand-mères et les a vues une à une pour connaître leurs aptitudes en terme de tricot. Seuls deux modèles étaient proposés ; un pull col rond et un pull col roulé en format unisexe. Elles ont donc décidé ensemble de la forme et des couleurs de chaque pull. Il s'agit vraiment de co-création. On a eu quelques petites surprises (dont un point inconnu spécialement réalisé pour l'occasion et quelques écarts de mesure) qui font tout le charme de l'édition. Tout s'est superbement déroulé.

M : C’est génial de pouvoir échanger et se rencontrer sur un savoir-faire aussi familier  et familial que le tricot ! 

AT : Oui et c’est vraiment l’ADN de ce projet : la rencontre. Caroline est allée chaque jour tricoter avec les grand-mères. Elle a réalisé elle-même des pulls pour apprendre de nouveaux points, de nouvelles techniques et surtout s’intégrer au groupe. Elle a partagé leurs vies, leurs quotidiens, leurs habitudes. On n’arrive pas en tant que donneurs d’ordre. On vient partager des moments. On fait vraiment du tricot un lien social. L’important c’est l’expérience de ce lien. Et si en regardant notre travail les gens pouvaient se poser la question du lien social et notamment avec les personnes âgées dans nos sociétés, on aura réussi une partie de notre objectif.

M : Vous rétribuez les yayas pour ce projet ?

AT : Oui, en laine ! (rires) À notre  grande surprise, le deal qui les arrangeait le plus était que nous prenions en charge l'achat de la laine pour la saison associative à venir. La vente des pulls nous permettra de couvrir les frais liés à ce projet. Avant toute chose, nous espérons que ce projet aidera tous ces acteurs locaux et notamment notre fournisseur de matière première. Nous sommes convaincues qu'il faut parler de ces gens pour préserver leur savoir-faire, les mettre en valeur pour qu'ils ne disparaissent pas.

Itinérance Atelier Bartavelle

M : Donc concrètement, combien avez-vous de pulls et que vont-ils devenir ?

AT :  Nous n’avons pas que des pulls ! Nous avons aussi de grande boucles d’oreilles créoles entièrement habillées de laine au crochet. Donc en définitif nous avons 12 pulls… et plein de boucles d’oreille. L’idée pour cet automne jusque début novembre est d'exposer ces pulls. Cela commence avec une présentation aux Galeries Lafayette de Nice pour l’opération Go for Good (vernissage le 20.09.2018). Ensuite nous avons un vernissage le 11 octobre dans le Marais dans une galerie, où serons dévoiler tous les pulls ainsi que les photos du carnet de bord réalisées par Philippine Chaumont & Agathe Zaerpour. Puis pour une dernière étape nous exposerons à Athènes dans le musée Benaki dans le département textile de cette grande institution. Nous avons rencontré une conservatrice sur place qui s’occupe de la conservation des savoir-faire grecs qui s’est vivement intéressée à ce projet. Bien sûr on fera venir les yayas ! À la suite de cette exposition, tous les pulls seront mis en vente, sur notre site internet ainsi que dans l’atelier boutique (qui sera finie d'être installée d'ici là).

M : Vous allez en faire de véritable pièces de collection exclusives !

AT : Malgré le temps passé à créer leur histoire, à les fabriquer et leur rareté, on a essayé de faire des prix au plus juste. Ce qui nous amène à penser à la pérennisation de ce projet. On a eu beaucoup de retours positifs, beaucoup de relais dans la presse grecque, et beaucoup de grecs nous ont écrit. Ils étaient très flattés que l'on s'intéresse à eux, à leur culture et à leurs grand-mères. Du coup on est en train de voir avec l'association comment continuer à faire des pulls en slow fashion avec des yayas grecques avec un pull par mois produit sur commande.

Itinérance Atelier Bartavelle

M : Quand repartez-vous ?

AT : Dès le début de l’année 2019. Cette fois nous irons en Tunisie.

M : Vous savez déjà le type de vêtement ou de savoir-faire que vous mettrez en avant ?

AT : Oui nous y réfléchissons déjà. A priori cette édition se tournera d’avantage vers l’artisanat vraiment local pour le coup. Nous avons l’idée du produit mais nous laissons encore planer un peu de suspens.

M : Comment voyez-vous l’avenir commun de l’Atelier Bartavelle et de ce projet ?

AT : Ces deux projets se nourrissent et se répondent. Itinérance nous permet d'effectuer un travail de sourcing et de réflexion pour Atelier Bartavelle et la structure d'Atelier Bartavelle ainsi que le rythme de nos éditions nous permettent de dégager du temps pour nos propres recherches sur Itinérance. Nos éditions sont réduites, leur rythme s'adaptent à une idée de la mode raisonnée et raisonnable. Nous ne visons pas un développement exponentiel. Nous voulons montrer un autre voie, une autre façon de considérer le vêtement et sa consommation. Nous espérons que les personnes qui achèterons nos pulls de yayas les chériront pour ce qu'ils sont ; les résultats d'un travail artisanal réalisé dans une certaine harmonie sociale et une dynamique de transmission inter-culturelle et inter-générationnelle. C'est l'histoire du vêtement, et la connaissance de ceux qui l'ont réalisé qui lui donne sa valeur.L'association Itinérance nous permet d'aller vers l'exceptionnel et la marque Atelier Bartavelle montre qu'une autre façon de faire de la mode est possible d'un point de vue pratique et business. Nous espérons avoir trouvé l'équilibre parfait !

 

Itinérance Atelier Bartavelle

 

Merci à Alexia pour son temps et son accueil.

Retrouvez les deux créatrices et les fameux pulls de yayas le 11 octobre pour le vernissage de leur exposition à la Galerie DD au 5, Cité Dupetit Thouars à Paris.

Crédits photos : Philippine Chaumont & Agathe Zaerpour @Chaumont-Zaepour


Formes et courbes s'expriment librement chez Ester Manas

S'il existe une silhouette exclue des normes de beauté et de séduction actuelles, c'est bien le corps jugé comme "gros". Ce corps que l'industrie de la mode s'est jurée d’éradiquer, est le premier pris pour cible par les images médiatiques, les logiciels de retouche photo, les régimes amaigrissants et les salles de sports . Le corps « gros » est marginalisé de fait, et devient symbole de ce qui est différent. Malgré le discours général, il n'est pas admis comme composante de la diversité corporelle.

Fort heureusement, il existe encore quelques acteurs de la mode qui ne l'entendent pas de cette oreille. Âgée de tout juste 25 ans, la jeune créatrice Ester Manas bouscule les codes et s'est fait remarquer avec sa collection « Big again », qu'elle a présenté lors du 33ème festival international de mode et de photographie de Hyères, en mai dernier. Les pièces qui composent la collection « Big again » débordent des moules établis par la société elle-même. À la place, Ester Manas propose un défilé fait de coupes asymétriques, de jeux de volumes, de formes et de courbes voluptueuses. Partons à la rencontre de celle qui s'emploie à déconstruire la perception populaire du corps à travers l'image de mode.

 

 

Ester Manas

 

 

La collection « Big again » que tu as présenté lors du festival de Hyères a été un véritable succès. Quel était ta démarche ?

La collection « Big Again » était à la base une collection de fin d'étude qui a été retravaillée pour le concours du festival de Hyères. L'essence du projet est partie de plusieurs questionnements. Pourquoi les tailles 36 et 38 ont le monopole dans le commerce ? Pourquoi les femmes qui ne correspondent pas aux mensurations dites «standards » sont systématiquement catégorisées et misent de côté ? Pourquoi sont-elles si peu représentées dans le secteur ?

C'est d'ailleurs une réflexion qui date de bien avant mon entrée à la Cambre. J'avais déjà à l'époque, l'envie de proposer des solutions au problème. Pour l'examen d'entrée à la Cambre, nous devions réaliser un magazine de présentation et mon choix s'est tourné vers ce sujet. Le magazine s'appelait « BIG ». C'est donc tout naturellement que j'ai décidée d'appeler la collection « BIG AGAIN ». Et puis faisant moi-même partie de ces femmes aux mensurations « moins standardisées », j'ai toujours eu une approche différente du vêtement, que ce soit lors du processus créatif ou bien tout simplement pour ma consommation personnelle. En général lorsque j’achète un vêtement, je suis assez détachée de « l'objet », puisque je ne parvient pas toujours à me projeter et à m'identifier. Ma famille et mes amis ce sont eux aussi beaucoup questionnés sur le sujet. Ils me demandaient si je ne connaissais pas un créateur qui a été plus loin que ces tailles normées. Le sujet revenait souvent et j'ai donc décidé d'approfondir mes recherches, mais je n'ai trouvé que très peu de propositions venant des créateurs. J'ai donc décidé de m'y atteler.

 

Quels ont été tes Influences ?

Mes inspirations viennent de toutes ces femmes du quotidien que je rencontre dans la rue, au travail, ou dont j’entend parler sur les réseaux sociaux. J'ai été influencée par les personnalités qui ont un corps différent comme Oprah Winfrey ou Beyonce. Ce sont des femmes qui ont une influence certaine sur notre société malgré le fait qu'elles n'aient pas le corps type que l'on pourrait attendre d'une célébrité. Elles restent des femmes de pouvoir auxquelles les jeunes femmes peuvent s'identifier. J'avais envie que toutes les femmes aient elles aussi envie de faire rêver et qu'elles aient le droit à cette assurance que l'on octroie le plus souvent à celles qui rentrent dans ces moules établis par la société.

 

 

Ester Manas

 

Quel a été ton point de départ ? Était-ce le travail du corps ou le travail des volumes ?

Disons que l'un a fini par dicter l'autre. Je suis partie du postulat que c'est le corps qui devait dicter la forme au vêtement. Pour la petite anecdote, on a tous connu ce genre de situation où tu te retrouves devant un article que tu adores, même si tu sais pertinemment que tu ne rentres pas dedans. Tu l'achètes quand même, intimement persuadée qu'un jour cet article t’ira. Tu en fais ton « goal » . Sauf qu'un jour tu te rends compte de la contrainte que représente le fait de se plier aux mensurations parfois déraisonnables de l'industrie. Tu apprends à aimer ton corps et toutes ses transformations, de l'adolescence, à la grossesse, aux tentatives d'amaigrissements et j'en passe. Puis tu laisses tomber toutes ces contraintes. C'est tout naturellement que j'ai d'abord suivi les lignes du corps avant d'aborder le choix des formes, des volumes et des matières qui composent la collection « BIG AGAIN ».

 

Pourquoi avoir choisi de concourir avec une collection qui aborde un sujet aussi épineux ?

J'ai eu quelques appréhensions quant au choix du sujet. Je me demandais si ça n'allait pas me desservir de proposer quelque chose de différent et surtout un regard neuf. Il faut bien comprendre que l'idée était d'aller au-delà de l'aspect visuel et de proposer un véritable travail de fond sur la question. J'ai voulu proposer une réelle démarche autour de la coupe et du patronage. La collection « BIG AGAIN » est le prolongement d'un profond travail de réflexion. J'ai décidé de retravailler cette collection de fin d'année, en imaginant de nouvelles pièces avec l'aide de tous mes partenaires qui m'ont gracieusement offert les tissus, les matériaux et surtout l'opportunité d'aller au bout de mes idées. L'idée de ce projet était de créer un vêtement qui puisse être porté par plusieurs types de morphologies avec un système d'élastiques, de pressions et de cordons. Ainsi un même vêtement peut être porté par quelqu'un qui fait du 34 comme du 50.

 

 

Ester Manas

 

Avec l'accroissement des actions « body positives » et des autres mouvements prônant la diversité corporelle, comment vois-tu la mode se dessiner dans quelques années ?

Je suis très optimiste, surtout depuis que j'ai participé au festival de Hyères. J'ai eu l'occasion de rencontrer des finalistes du concours qui ont tous un regard assez juste et une vision très claire sur le sujet. Certains réfléchissent déjà aux solutions qu'ils pourraient apporter, aux nouvelles manières d'aborder le corps. D'autres réfléchissent en terme de solutions écologiques en privilégiant « l'upcycling » , le cycle de vie d'une matière ou bien le ré-emploie. Chacun essaie de trouver un sens à sa création, pour ne pas faire juste que du beau et que du « bankable ». Si cette nouvelle génération continue dans cette lancée et reste aussi soudée, il n'y a pas de raison pour que cela ne fonctionne pas. Aujourd'hui les designers se consultent énormément, ne serait-ce que pour compléter un process. Le statut de l'illustre designer à la popularité inégalée commence à s'effriter. Aujourd'hui je trouve qu'il y a un côté plus collectif, comme une espèce de cohésion qui se crée. Je trouve cela très réjouissant et intéressant pour la suite.

Penses-tu que le système de gradation et de mensuration est pertinent aujourd'hui ?

À mon avis ce sera assez difficile de faire l'impasse sur ce système de gradation aussi vite. Si l'on se base sur le système que je propose, il faut avouer qu'il restreint quelque peu le processus de création, car je dois tenir compte du processus créatif qui permettrait au vêtement de pouvoir s'étendre. Avec le système de gradation le processus créatif est plus simple, bien que dégradant puisqu'il contribue à la catégorisation des corps. La question mériterait vraiment d'être traitée d'un point de vue commercial et économique.

 

 

Ester Manas

Penses-tu que la technologie puisse être une alternative à la perception du corps féminin ?

Bien sûr. Si l'on souhaite mettre un terme à ce système de gradation, il faut avant tout changer nos habitudes de consommation de manière radicale. La technologie pourrait permettre aux clientes de se familiariser aux techniques de confection et de production en espérant que les outils de confection 3D se démocratisent un peu plus.

Quel sont tes projets futurs ? Vas-tu continuer à défendre une diversité corporelle ou t'attaquer à un autre sujet de bataille ?

C'est un sujet qui me tient à cœur. J'ai vraiment envie d'essayer de faire vivre au maximum cette collection par divers moyens. Je vais bientôt sortir une collection destinée aux galeries Lafayette, je travaille également sur un projet lié à la parfumerie et j'ai aussi une exposition prévue pendant le mois de la mode à Bruxelle, sous le thème de la contestation les 11 et 12 Octobre. J’occuperai le premier espace de la plateforme de mode et design MAD avec une exposition qui sort un peu du vêtement mais qui reste dans la même thématique. Ce sera un travail de moulage partir du corps de neuf jeunes femmes, qui sera recouvert de tous les commentaires négatifs que ces femmes ont pu recevoir à la sortie de ma collection. Je me sers de toute cette agressivité pour créer du beau et mettre sur socle mes neufs vénus 3.0 . 

 

 

 

Ester Manas

 

 

Crédits photos : Ester Manas

Découvrez la collection ici

 


L'innovation textile avant le profit chez le label multiculturel MAP

Chez la marque de prêt-à-porter MAP, la tendance est à un style plus sain, plus actif, plus éthique. Alliant récupération et inventivité, la jeune marque multiculturelle spécialisée dans la création textile, s'inspire librement du quotidien pour imaginer un univers empreint de poésie et d'authenticité. C'est en créant à partir de peu et à travers une certaine sensibilité textile, que la marque a su tirer son épingle du jeu en proposant la collection « ZAJA ». 

Les créateurs Virginie Pitiot, Ricardo Sanchez et Fanny de Ruijter se sont rencontrés, lors de leur passage à la Maison Malhia Kent, une entreprise de tissage connue pour sa production de tweed destinée à la maison Chanel et ses créations textiles alliant le numérique aux techniques de fabrication 100 % made in France. En 2017, le trio de jeunes créateurs lance la marque MAP, avec l'intime conviction de faire de son pluralisme culturel et de sa démarche éthique, une force créative au service d'un renouveau dans l'univers de la mode. Pari gagné avec leur première collection « ZAJA », une interprétation abstraite du film « Captain Fantastic » de Matt Ross qui traduit une véritable réflexion sur la place du conformisme et de la décroissance, tout en développant des méthodes alternatives de consommation durable grâce à l'utilisation de matières recyclées et d'objets du quotidien.

MAP Officiel

MAP Officiel

Les pièces qui composent la collection sont faites à partir de matériaux insolites, comme des éponges métalliques pour certaines broderies, des mélanges de matières inventifs et d'imprimés floraux. Chacun apporte sa pierre à l'édifice. Fanny ayant reçue un enseignement à l'AMFI ( Amsterdam Fashion Institute ), partage sa maîtrise du tailoring dans la découpe et la mise en volume des pièces. Le rôle de Virginie s'apparente à celui du designer textile avec le travail des matières et des textures, dont la créativité n'a pour limites que les contraintes liées aux coûts financiers des matériaux et aux procédés de fabrication. Tandis que Ricardo, riche d'une formation de stylisme de mode au studio Berçot ( tout comme Virginie ), se charge de l'aspect visuel de la matière choisie, avec notamment l'application technique de peinture textile.

Entre l'utilisation de matériaux recyclés et de fibres naturelles végétales et animales, la jeune marque s'efforce de conserver une ligne au plus proche d'un idéal éthique et écologique, malgré l'oppressante réalité des contraintes financières et commerciales. Car s'il est vrai que la mode semble subir une transformation drastique portée vers des valeurs plus éthiques, il n'en demeure pas moins que la force de frappe du modèle fast-fashion n'a pas encore perdue de son influence sur le marché de la mode. Sa capacité à pouvoir réapprovisionner les rayons de modèles synthétiques et toxiques plusieurs fois par mois présente des caractéristiques profitables aux géants du textile, d'un point de vu de l'offre et des profits générés. Ce renouvellement incessant fidélise le client et attise son désir d'achat avec une offre plus large, voir personnalisée. C'est ainsi que le modèle économique conserve son statut de modèle standard pour les marques de prêts-à-porter depuis maintenant vingt-cinq longues années. Inutile de citer les conséquences désastreuses de ce type de modèle allant de la perte de valeur des produits consommés, l'accroissement de la pollution textile du aux stocks d'invendus, jusqu'à la baisse de qualité des matières premières et la disparition progressive de la saisonnalité des collections.

MAP Officiel

MAP Officiel

Si ce sujet vous intéresse, n'hésitez pas à lire ou relire nos article à propos de l'innovation dans la consommation de mode et l'économie circulaire. MAP s'inscrit en ce sens dans le sillage de cette mode durable en pleine expansion, basée sur le respect des hommes et de l'environnement. Grâce à l'utilisation de matières naturelles ou recyclées, la jeune marque contribue à réduire l'impact environnemental de ses articles tout au long de leur cycle de vie. Plus créatif que commercial, le jeune trio de créateur souhaite néanmoins à terme voir leur marque de prêt-à-porter se développer et contribuer au changement latent dans la conception du consommateur et son rapport au vêtement, ainsi que l’accroissement de l'utilisation des matériaux à faible empreinte écologique dans l'industrie textile.

Il est heureux de voir que de plus en plus de marques proposent des solutions alternatives à ce problème d'envergure internationale. Ces créateurs qui dédient leur créations à une mode alternative et bienveillantes sont ceux que nous avons à cœur de mettre en lumière chez Modelab. Comme c'est le cas pour les bijoux éphémères de la marque Keef Palace , ces véritables satires politiques qui dénoncent la crédulité ambiante des consommateurs face aux discours martelés par les géants de la fast-fashion. Pour le créateur hollandais Sjaak Hullekes, l'innovation dans la consommation de mode n'a d’intérêt que dans l'économie circulaire. Pour réinvestir du sens dans l'acte d'achat, le créateur imagine une collection faite à partir de tissus de stock et de matériaux chinés. Chaque article est marqué d'une histoire singulière qui est soigneusement retranscrite dans un « passeport » voyageant de main en main. Se tisse alors entre le consommateur et son achat un lien d’extrême proximité. Ainsi chez Hul le Kes les vêtements ont une âme et survivent à toutes les vies.

Tandis que la ligne de vêtement sans coutures Self-assembly du créateur finlandais Matti Limatainen s'inspire de la morphogenèse pour élaborer une technique d'auto-assemblage, permettant de créer des vêtements de manière complètement autonomes, sans outils ni machines. En intégrant le consommateur au processus créatif, Liimatainen souhaite redonner du sens à l'acte d'achat en proposant un autre rapport au vêtement.

Les logiques économiques et stratégiques qui régissent l'univers de la mode ne se sont pas faites en quelques années, mais se sont affinées au fil du temps. La reconnaissance d'une mode durable au près de tous les acteurs du secteur de la mode ne pourra se faire qu'à travers une véritable expansion des bonnes pratiques de production.   Ce sont ces initiatives salutaires qui redessineront à terme, la mode de demain.

MAP Officiel

MAP Officiel

Crédits photos : Philippe Aufort  |  Ching-Fan Yang

Découvrez la collection icila 


Rūh : Le charme discret venu d'outre-Atlantique

À l'heure du tout Instagram, il semble que chaque produit pour se vendre doit être catapulté sur les réseaux sociaux pour se vendre. Le désir 2.0 a supplanté en quelques années toutes nos habitudes de consommation. Tant et si bien qu'aujourd'hui si une marque n'a pas d'Instagram, ni de site, ni de Facebook nous sommes désorientés.

Et si justement, le désir pour un objet naissait du mystère? Une marque new-yorkaise a fait le pari de l'extrême discrétion comme stratégie de marque et de communication. Preuve de l'efficacité de son concept, elle fait les choux gras d'une certaine presse spécialisée et serait en passe de devenir la marque la plus désirable de la rentrée. Mais au-delà du coup de buzz, la démarche mérite que l'on s'y attarde. Si l'on mesure cette initiative à l'aune de l'investissement habituel en terme de communication des marques pour vendre leur collection, Rūh apparaît comme un challenger aussi inattendu qu'innovant. Focus sur une belle discrète qui a trouvé le moyen de faire parler d'elle sans ouvrir la bouche.

 

Label new-yorkais Rūh

 

La base d'un bon lancement de marque se construit sur une solide communauté. Chaque conférence sur le succès d'un bon business de mode, chaque success storyteller le répète à l'infini. Pourtant il y a plusieurs chemins pour élaborer son groupe de fidèles de la première heure. Créer le mystère et exciter la curiosité est celui choisi par Sonia Trehan, fondatrice du label Rūh qui sera lancé officiellement dans le courant du mois de septembre. Cette "techno-phile" fait référence aux clubs masculins qui ont connu leur âge d'or au XIXe siècle pour expliquer sa démarche. Son objectif est aujourd'hui de créer un club fermé de femmes. Le label Rūh en sera le socle, la proximité avec les consommateurs l'étendard, le luxe la signature.

Point de lieu physique pour porter l'image de marque. Le site n'est accessible que sur inscription et seules quelques privilégiées triées sur le volet, une fois leur code d'accès reçu peuvent pré-commander la collection entièrement réalisée en Italie, mélange de pièces image et de pièces casual via un contenu additionnel appelé "The Journal". Lancé officiellement le 10 septembre prochain, il deviendra par la suite le portail d'accès des membres du club, et un support éditorial qui mettra en lumière les membres de la communauté ainsi que la manière dont elle la nourrissent. Le site n'aura jamais vocation à devenir marchand. Il restera le point de rencontre de la communauté et le point de départ de "son ethos et de ses valeurs" (Sonia Trehan in Business of Fashion, 1er septembre 2018). L'Instagram, privé,  est lui aussi accessible qu'à un certain nombre de "happy few" et les followers potentielles sont soumises à l'approbation de Sonia elle-même. Inspirée par le magazine semestriel Gentlewoman, Sonia Trehan souhaite se créer une communauté sur-mesure entre sororité et liste VIP. Après la haute couture, serait-ce le temps du concept de "haute communauté" ?

 

Label new-yorkais RūhLabel new-yorkais Rūh

 

Afin d'entretenir cette communauté, des événements physiques réguliers seront mis en place dès le mois de Novembre. Sur la base de table rondes, conférences et ateliers, Sonia Trehan compte bien créer l'émulation au sein même de sa maison new-yorkaise. Entre décontraction, élitisme, bon enfant et réseautage, les membres pourront se retrouver autour d'une même conception de la mode, de l'art ou encore des lettres et du design. Comme l'on tenait un salon les siècles passés.

 

“We want to provide an escape from the noise and pressures of being overly accessible

and on display in an increasingly public world and speak to that intimate part of us that wants a more meaningful connection to style.”   Sonia Trehan

 

Et si le nouveau luxe c'était l'exclusivité effective ? Pas de celle que vendent les géants du luxe qui restent esclaves de leur taille et de leur rentabilité. Non. Celle qui répondrait à une ancienne conception de ce qui se veut luxueux, celle qui ne rougit pas de dire : " ce qui est luxueux, c'est ce qui est inaccessible au plus grand nombre". Avec beaucoup d'adresse Sonia Trehan suscite l'intérêt et le désir en distillant au compte goutte les images et les informations sur sa marque. Elle réussit ainsi le tour de force de questionner par la même, avec une certaine frontalité, la notion de luxe. Si elle ne cache pas s'être entourée des meilleurs pour monter cette nouvelle aventure (conseillers de chez Lane Crawford, Hudson’s Bay ou encore anciens AllianceBernstein, Goldman Sachs et Karla Otto) et qu'elle a conclu un contrat d'exclusivité avec Net-à-Porter dans le cadre de son programme d'accompagnement Vanguard , Sonia Trehan affirme avec force sa volonté de ne pas devenir une marque de grande envergure. L'idée est vraiment de créer une entité qui dépasse réellement la simple marque de mode.

 

“[Overall] we’re addressing a specific need and sentiment among women who value their appearance but perceive it

as an extension of who they are rather than something crafted solely for the world to see.”  Sonia Trehan

 

Label new-yorkais RūhLabel new-yorkais Rūh

 

Au-delà de l'évidente manœuvre de marketing et de communication, il est intéressant de noter le retour dans les esprits de cette mode feutrée des salons. De celle que l'on abordait sur invitation, dans l'exclusivité la plus totale, à l'abri des hôtels particuliers, des studios et même parfois des visites à domicile. Les clientes d'alors formaient une communauté de fait ; celle des femmes privilégiées qui se reconnaissaient entre elles au détour d'un dîner, d'une cérémonie, d'un bal ou d'une partie de campagne. Alors un halo de mystère entourait la mode et ses créateurs, alors le luxe se nichait dans un écrin d'exceptionnel. Reste à connaître les gammes de produits et de prix. L'image est là, forte et désirable, le style s'inscrit dans un certain air du temps tout en proposant des formes avec du caractère. Tout est en place pour un bel avenir.

Peut-être un jour les femmes Rūh se reconnaitront entre elles. Espérons qu'elles formeront alors un réseau riche et influent comme jadis les clubs anglais, et non une simple armée de portefeuilles avides de pièces exclusives... à poster sur leurs Instagram.

 

Label new-yorkais Rūh


"Dream assembly" pose les bases du commerce de demain

Farfetch, la première plateforme en ligne destinée aux produits de luxe a annoncé le lancement de l'accélérateur de start-up « Dream Assembly ». Un programme ambitieux ayant pour objectif d'accompagner les nouveaux projets à caractère innovants dans le domaine du retail. Dream Assembly s'engage ainsi à poser les bases du commerce de demain en garantissant la pérennité des startups les plus prometteuses. Un pari gagnant pour l'ensemble des acteurs du luxe et de la mode, y compris Farfetch, qui sera le premier à bénéficier de l'aide apportée à la prochaine génération de sociétés œuvrant au futur des nouvelles logiques techniques et stratégiques du e-commerce.

Farfetch

Fondé en 2007 par José Neves, Farfetch est la success story d'un jeune entrepreneur qui mise tout sur le domaine du luxe et de la mode , mais surtout sur l'avenir du e-commerce. Avec la vente d'articles provenant de plus de 500 boutiques, Farfetch est devenue la plate-forme technologique mondiale de la mode et du luxe reliant les créateurs, les conservateurs et les consommateurs d'une trentaine de pays à travers le monde. L'entreprise à la prospérité croissante ayant pour seul mantra, l'ultra-personnalisation de ses offres, prépare son introduction en bourse avec une valeur estimé à 4,5 milliards d'euros. Côté partenariat, Farfetch a initié une collaboration avec la marque française Chanel axée sur la recherche dans l'innovation et l'expérience de vente. Le groupe Chalhoub lui permet d’étendre son marché au Moyen-Orient. Le rachat de CuriosityChina, agence spécialisée dans le marketing social renforce la stratégie commerciale de ce géant de la vente en ligne de produits de luxe. Depuis un an, le site compte parmi ses actionnaires majeurs le géant chinois de la vente en ligne JD.com. Au total, Farfetch propose à ce jour les produits de 3200 marques. Le portail revendique désormais quelques 935 000 utilisateurs actifs, chiffre en progression de 40 % par rapport à l’exercice précédent.

Aujourd'hui l'entreprise se lance dans la création d'un accélérateur de technologie dédié à l'innovation dans le domaine du e-commerce. Le programme Dream Assembly a ainsi pour vocation de réinventer l'expérience de vente en intégrant les bases de l'augmented retails ou le commerce connecté. L'appui financier du mastodonte britannique Burberry et la promesse de travailler sur les innovations parmi les plus révolutionnaires au monde, ont suffit à convaincre et rallier au programme l'entreprise « 500 Startups », un fonds d'investissement et un incubateur de startups fondé par Dave McClure et Christine Tsai en 2010. « 500 Startups » s'engage à offrir son expertise aux jeunes entreprises participantes au travers d'ateliers de formation propres à la politique du commerce connecté.

Farfetch

Dream Assembly prendra place dans les bureaux de Farfetch à Lisbonne et comprendra une série de workshops donnant aux startups un accès direct à l'expertise de Farfetch dans l'industrie des produits de luxe et de la technologie sur une période de 3 mois. Le programme prévoit des séances de coaching individuel avec les dirigeants de Farfetch, la mise en place d'un système de réseautage, des réunions de mentorat sur des sujets tels que le commerce électronique, le marketing, la technologie, la mode, la logistique et les opérations stratégiques commerciales. Les startups participantes seront au nombre maximum de 10 et recevront un montant de 30 000 euros pour donner vie à leur projet. De plus, le programme propose deux journées de démonstration (à Lisbonne et Londres), où les participants présenteront leur entreprise à un groupe pré-sélectionné d'investisseurs externes et auront ainsi l'opportunité de bénéficier d'un financement supplémentaire.

En prodiguant à ces jeunes entreprises la meilleure expertise et le meilleur mentorat que possible, Dream Assembly entend bien mettre fin à cet entre-deux transitionnel numérique de l'écosystème du luxe et de la mode, dont la digitalisation est le plus souvent freinée par le manque de formations et les difficultés techniques.

Alors que de plus en plus d'entreprises ont recours aux solutions digitales ( 44 % selon une étude réalisée par KYU lab en 2017 ) pour le fondateur de Farfetch Jose Neves, la digitalisation des points de vente est le signe probant d'une profonde évolution de la culture du luxe et de la mode qu'il convient d'en saisir le sens stratégique, économique et social. Pour Delphine Vitry, spécialiste dans l'expérience client et le retail, le constat reste le même, les maisons ont le devoir d'adapter leur offre à celui d'un client plus exigeant et de trouver une certaine balance entre créativité et stratégie d'offre.

Farfetch

Malgré l'écrasante majorité des personnes en faveur d'un changement de paradigme, il subsiste encore quelques réfractaires au changement qui évoquent des difficultés techniques ( liées à la compréhension ou à l'intégration des nouveaux outils ) mais également à l'avenir du système de production et de distribution. Quelles seront les nouvelles conditions de distribution engendrées par la digitalisation des points de vente ? Existera t-il encore un pouvoir d'achat ou deviendrons-nous tributaires d'un système commercial ayant la main mise sur nos données personnelles ? L'ultra-personnalisation que proposent ces solutions digitales ne risque t-elle pas de provoquer la suppression de toutes formes de créativité spontanée ?

La monétisation croissante des datas loguées (données personnelles) , la plausible disparition de certains métiers de la vente sont les facteurs les plus occultés quant il s'agit d'innovation numérique. Il n'en demeure pas moins que l'impact économique et social engendré par tous ces changements, mériterait cependant que l'on s'y attarde. S'il est vrai que l'évolution a toujours apporter son lot de bouleversements , rien ne garantie en revanche qu'elle soit de bonne augure. En attendant d'avoir le fin mot de l'histoire, il est heureux de voir que de plus en plus d'actions sont misent en place pour permettre le développement et garantir la pérennité de jeunes entreprises prometteuses.

Découvrez le programme "Dream Assembly"  ici

Crédits photos :  Jullian Hobbs 


La délicatesse de l'homme Saint Sernin à l'épreuve des préjugés

Cette semaine thématique avait pour vocation de questionner les termes de la masculinité contemporaine et l'implication des designers de mode dans les représentations qui s'y rattachent. Nous avons pour conviction que le vêtement dépasse dans sa fonction la simple praticité. S'il n'y a rien de révolutionnaire dans cette posture, ceux qui l'embrassent pleinement et se servent du vêtement comme vecteur de pensée le sont bien souvent. De nombreuses fois, les articles de Modelab ont défendu l'idée que l'innovation dans la mode ne se résume pas à la simple incorporation de technologie dans le textile, le processus de création , d'industrialisation etc... Innover dans la mode commence dès l'instant où l'on pense le vêtement et son porteur différemment. Contredire les clichés sur la masculinité, interroger la notion de genre et les supposées caractéristiques qui s'y rattachent, c'est déjà être innovant. Aujourd'hui, la mode commence à s'éveiller à ses raisonnements, et même si les prises de position restent parfois encore à la marge, les choses bougent. Pour terminer cette semaine placée sous le thème de la masculinité, nous vous proposons aujourd'hui un focus sur Ludovic de Saint Sernin. À sa manière ce jeune créateur bouleverse les codes du masculin, mais aussi du féminin. Brouillant les pistes avec élégance, il révèle combien notre perception se construit sur des paradigmes culturels arbitraires.

 

 

Regarder, étudier une collection de Ludovic de Saint Sernin s'est faire la rencontre d'un réel amoureux du vêtement et du corps masculin. Avec la délicatesse d'un admirateur secret, le nouveau venu sur la scène mode fraîchement récompensé par un prix de l'ANDAM, déshabille les corps autant qu'il les pare. Et l'on peut entendre cette phrase au sens propre comme au figuré. Ludovic de Saint Sernin joue énormément avec les œillets, les rivets, les boutonnières et les laçages en tout genre, dans une sorte de sublimation du corps, mais par ce biais "déshabille" sa mode de toutes les impressions de déjà vu et de toutes les conventions lié au genre masculin.

Diplômé de l'école Duperré, il fonde en 2017 sa propre marque après avoir officié auprès d'Olivier Rousteing chez Balmain. De ce passage par la prestigieuse maison Parisienne il aura gardé sûrement un goût assuré pour les corps sexualisés et la mise en scène de ces derniers. Puisant son inspiration du côté notamment du photographe Robert Mapplethorpe il propose une vision de la mode masculine non seulement osée car très référencée queer et très suggestive, mais surtout à contre sens des normes sociales connues et reconnues. Tant dans ces vêtements que dans la manière de les mettre en scène, Ludovic de Saint Sernin dévoile une vision de l'homme qui fait la part belle à la délicatesse, à l'alanguissement et à la sensualité. Autant d'attributs normalement réservés au genre féminin.

Que l'on aime ou que l'on déteste, Ludovic de Saint Sernin a le mérite de faire sa mode comme il l'entend, sans soucis de tendance ou du qu'en dira-t-on. On qualifie ses silhouettes d'efféminées, il rétorquera surement que l'élégance ne se loge pas que dans l'épaisseur des muscles, ni dans la virilité inculquée par la culture du plus grand nombre. L'élégance c'est avant tout le tombé d'une manche, le secret d'un trench noué nonchalamment et surtout, l'assurance de porter haut une certaine forme de beauté. Si les convictions pour une mode différentes sont bien là, cela doit se faire par le biais d'une esthétique léchée, d'un sens du vêtement maîtrisé, le designer y tient:

“Given all the recent controversy, I wanted to address that in an elegant way. It’s important to remember that things can be handled tastefully.”

Ludovic de Saint Sernin

 

Chez de Saint Sernin la célébration du corps masculin se fait à travers un vestiaire chic qui fait fi des codes traditionnels du genre et une inflexion naturelle vers un minimalisme piqué d’érotisme. Savant équilibre entre élégance et sexualité à peine révélée, c'est sans ostentation pour l'ostentation que le jeune ouvre de nouvelles perspectives pour la mode. Chaque pièce dire à celui qui la regarde :

" Pourquoi un home ne pourrait-il pas porté une brassière? Un pantalon ouvert et échancré? Un dos nu? Pourquoi l'érotisation du corps de la femme passe systématiquement par la révélation de la chair et celle de l'homme par son enrobement ? "

Il est intéressant de noter que pour une fois le vestiaire masculin se nourrit du vestiaire féminin et non l'inverse. On ne cherche nullement chez Saint Sernin une masculinité commune à de nombreuses autres maisons : muscles, tailleurs, sneakers, force, domination, puissance. Ici l'homme est un être délicat et sensuel, et joue avec les codes queer sans s'y enfermer. Il n'en reste pas moins éminemment sexuel et paradoxalement viril.  Mais là où Ludovic de Saint Sernin réalise un tour de force, c'est dans sa capacité de faire de cette collection si singulière un centre d'attraction pour les femmes. Lorsqu'il s'est décidé à lancer une ligne femme, cette dernière ne s'est pas simplement calquée sur la ligne homme avec une même proposition de forme et de style. Elle a repris les modèles point par point.

" J'aime aussi l'idée qu'une femme puisse regarder l'un des garçons de la présentation et se dire que son look lui irait bien à elle aussi. Cette collection représente pour moi une coming of age story. "

Paroxysme du no gender ? Sûrement, d'autant que chacun s'accorde à dire que l'élégance et la beauté des pièces sont au rendez-vous tant sur les corps masculins que féminins.         " Bien que présentée sur des garçons, la collection est aussi bien destinée aux hommes qu'aux femmes ", concède-t-il en interview. "Facile, direz-vous, les femmes empruntent depuis des décennies des vêtements aux hommes!" Pourtant que dire de sa collaboration avec Repetto pour une série de chaussons lacés? De ses décolletés? De ses fentes qui font leur apparition aussi bien sur les manteaux que sur les pantalons? Non vraiment, Ludovic de Saint Sernin semble avoir trouvé le dosage idéal pour qu'un jour nous puissions toutes réellement piocher dans la garde de robe de notre amoureux/ meilleur ami/frère/père. Le modélisme semble même avoir été pensé pour un corps dont les caractéristiques sexuelles biologiques des deux genres auraient été réduites à la portion congrue.

 

Ludovic de Saint Sernin

Peut-être que la meilleure clef de lecture pour aborder la mode de Ludovic de Saint Sernin serait de considérer qu'il fait des vêtements avant pour des êtres humains. De Saint Sernin habille des corps avant d'habiller des êtres sociaux. Bien sûr l'univers est très gay, très sexualisé et pour autant ce n'est pas ce que l'on retient en dernier lieu. Après tout, il est bon de voir que les poses lascives et suggestives ne sont pas réservées aux mannequins femmes et aux back-rooms. Peut-être est-ce là que Ludovic de Saint Sernin initie son innovation dans la mode ; en considérant qu'il n'y a pas qu'une forme de désirabilité des corps. Il ouvre la voie à une mode plus tolérante dans ses représentations et moins enferrée dans des représentations soit obsolètes, soit étrangères à certaines sensibilités. Peut-être qu'enfin hommes et femmes ont trouvé un créateur qui les met réellement sur un pied d'égalité, chacun étant tour à tour proie et prédateur d'une certaine séduction suggestive sans qu'aucun ne se fige dans un rôle pour ne plus jamais en sortir.

 

Crédits photos : Hunter Abrams

Découvrez la collection ici !


Quand un "smalltown boy" interroge la notion de masculinité, rencontre avec Lucas Meyer

Le jeune Lucas Meyer, étudiant de l'école de mode à l'Atelier Chardon Savard exploite la question de la masculinité et de cette binarité homme-femme à travers la collection « Smalltown Boy » que nous avons eu le plaisir de découvrir lors d'un événement organisé par le collectif « Les nouveaux créateurs » , qui promeut la jeune génération de créateurs. Il nous fait part de ses pensées les plus intimes. Celles qui lui ont dicté l'inspiration de cette collection de fin d'étude mêlant questions de genre, explorations sexuelles et folklore alsacien :

masculinité

Pouvez-vous nous expliquer votre parcours ?

« J'ai fait une licence de Design à l'Université de Strasbourg un peu par dépit, mais qui s'est avérée être très utile puisqu'elle m'a permis de me construire une solide culture générale autre que le vêtement et la mode. Ce qui est drôle c'est qu'en Design, la mode n'est pas reconnue comme faisant partie de cette branche et dans le domaine de l'Art, la mode n'est pas reconnue comme de l'art. C'est un peu la fille mal aimée dont personne ne veut. C'était assez compliqué d'aborder la mode à cette période de ma vie. J'ai du en parallèle de mes études de Design, travailler sur des collections personnelles. C'était de toutes petites collections de 5 ou 6 pièces que je coupais dans du tissu que je récupérais chez ma grand-mère. Le folklore alsacien était déjà très présent, puisque je travaillais avec des chutes de tissu traditionnelles. Par la suite j'ai intégré l'école de mode Atelier Chardon Savard et au début je faisais de la femme. Cette question de la masculinité dans ma démarche artistique est vraiment récente. Elle est apparue lors de ma dernière année d'étude de mode. »

Pourquoi avoir choisi « SMALLTOWN BOY » comme intitulé ? A t-il un lien majeur dans le processus créatif de votre collection ?

« Le titre de la collection fait référence à la chanson du même nom du groupe Bronski Beat, qui a été remixé pour le film « 120 battements par minute ». Néanmoins, la collection de fin d'études n'est en aucun cas une référence directe à ce dernier.  C'est une réflexion sur la masculinité, une façon de représenter les garçons différemment. Je m'en suis servi comme d'un support d'expression. C'est une collection très intime, par et pour des garçons avec une masculinité alternative, différente. C'était important pour moi que les mannequins soutiennent le propos, qu'ils soient sensibles au message de la collection. »

masculinité

Votre collection est très emprunt du vestiaire folklorique féminin. Comment l'avez-vous intégré à votre collection et pourquoi avez-vous fait le choix de les faire porter par des hommes ?

« Quand on est intérieur à cette culture, on remarque tout de suite toutes ces petites références au vestiaire folklorique féminin dans ma collection : ces blouses très amples, ces corsages qui sont en faite des harnais qui sur la silhouette, marquent de la même façon qu'un corset. De voir ces alsaciennes incarnées par des hommes était une espèce de pied de nez à cette culture cloisonnée, à la fois très belle, légère et délicate, mais aussi très complexe et avec des conventions très marquées notamment sur le genre, le sexe. »

Lorsque nous nous sommes rencontrés, vous m'aviez expliqué qu'il y avait une forme de dualité entre deux folklores qui coexistent dans votre collection : le folklore alsacien et le folklore de la masculinité . Qu'entendez-vous par folklore de la masculinité ?

« Un folklore de la masculinité puisque c'est une culture à part entière qui est tout autant régie par un type de pratiques, de manières d'agir , de codes visuels, d'attitudes et de manière de parler. La masculinité se manifeste par des codes vestimentaires très précis. C'est la raison pour laquelle j'aborde ce contraste entre le folklore alsacien et le folklore de la masculinité. On a d'un côté le folklore alsacien qui représente cette époque lointaine, révolue, qui a vécu son âge d'or au début XIXème et à côté de cela, on a ce folklore de la masculinité représenté par ces vestes d'hommes qui restent une forte valeur symbolique de la société contemporaine. »

Comment abordez-vous la question de la masculinité aujourd'hui ?

« La masculinité est un concept dont on peut facilement démontrer les limites. Il y a pleins d'hommes qui se revendiquent fièrement être masculins et qui sont en fait des personnes qui lorsqu'on les met face à leurs contradictions en leur expliquant que la définition de la masculinité n'est pas figée et qu'il n'y a pas de réels moyens de la définir, s'énervent très vite et se braquent. Et pourquoi? Parce qu'on leur a démontré que le concept auquel ils s'attachent le plus, encore plus qu'une religion ou qu'une revendication politique, leur virilité, leur masculinité n'est basée sur rien. Cette veste par exemple, ( PROTOTYPE N°1 – veste Prada, taille fendue ) représente un peu tout ça. Les deux parties peuvent se porter indépendamment. On a cette taille très marquée qui dévoile le bas du ventre, les hanches, la taille. Cela dévoile toute cette partie du corps de l'homme qui est quand même très fragile, vulnérable . L'abdomen d'un point de vue anatomique est une partie quand on l’atteint avec une arme, provoque une mort certaine. De l'exposer comme cela , visuellement, pour la personne qui regarde comme pour la personne qui porte la veste, met en exergue cette sensation de vulnérabilité et de fragilité. C'est une collection presque du domaine de la performance artistique, qui expose une nouvelle dimension de la masculinité, et force à admettre qu'elle est beaucoup plus fragile que ce qu'elle laisse paraître. L'idée était également de réveiller quelque chose de plus sensuelle. Cette veste estrouillée dévoile une épaule nue qui renvoie au code de la féminité. C'est très délicat et très féminin selon la représentation normée d'une attitude féminine. Le retrouver sur un vêtement qui est l’archétype de la masculinité, c'est une façon de rajouter quelque chose de beaucoup plus sensible à ce vêtement qui est si formel qu'il en est presque froid. »

masculinité

Pourquoi avoir choisi de retravailler le costume ?

« J'ai choisi d'exploiter le costume, mais dans d'autres archétypes de la virilité j'aurais pu choisir d'exploiter le sport, le survêtement, ou bien de travailler des références à des ouvriers professionnels de chantiers, enfin des choses très viriles, très masculines. J'ai choisi le costume parce que je me dirige spontanément vers le tailleur, par pure affinité. Les premières vestes de la collection sont des vestes de friperie que j'ai taillé et retravaillé. Le travail de découpe sur cette veste qui incarne la masculinité conventionnelle était l'expression d'un renouveau. Je retravaille la masculinité, en taillant ces vestes j'élimine les normes qui ne me correspondent pas. C'est une manière de rompre avec le masculin dans ce qu'il a de plus typique. C'était une manière de révéler des parties du corps qui étaient très fragiles, très délicates, à travers cette veste qui d'habitude donne de l'ampleur de la solidité au corps de l'homme. »

Qu'en est-il de cette énorme assiette alsacienne fragmentée ?

« Le défilé commence avec cette assiette alsacienne fragmentée, façonnée à la main à Obernai, porté sur ces vestes de friperies retravaillées. Cet objet typiquement alsacien est utilisé de manière plus abstraite en tant que concept dans les vêtements. C'était une espèce de catharsis. Je l'ai brisé au sol pour en faire des morceaux et pour reconstruire des silhouettes comme je l'entendais. C'est en fait détruire pour se donner les moyens de reconstruire par la suite. Ce principe de morcellement, de fragmentation est vraiment devenu le processus créatif de toute la collection. »

masculinité

Pour vous, cette nouvelle forme de masculinité est-elle plutôt une tendance dans l'ère du temps ou relève t-elle d'un bouleversement social ?

« Tout sauf une tendance, c'est un phénomène qui fait échos à un bouleversement social. Les notions de masculin-féminin sont en train d'être remises en cause dans leur légitimité. Est-ce que ça vaut le coup de perpétuer ces définitions qui font plus de victimes que d'heureux ?

Au même titre que la femme qui a depuis connu une émancipation, bien qu'il y ait encore beaucoup à faire, la communauté LGBT est en voie de mener une révolution bien plus impactante. Par ce que cette révolution en term de représentation,  la place de l'homme évolue aussi. Et je crois que nous avons cet ennemi commun qui est l'homme hétérosexuel, blanc et viril : tout ce qui représente le modèle social d'aujourd'hui. Et je pense que cet « homme » est très inquiet de voir la masculinité remise en question. Il est à la fois un oppresseur, un ordre dominant qui s'enferme dans ses propres codes mais aussi une victime de sa propre masculinité. Et si l'homme hétéro et masculin n'a pas envie d'être masculin ? Cela peut-être la source d'une grande frustration. Il y a énormément d'hommes et de femmes qui se reconnaissent dans ce type d'archétypes et c'est très bien. L'erreur c'est de vouloir l'imposer à tout le monde, même à ceux qui ne se reconnaissent pas dans ces archétypes. »

Et maintenant ?

« J'aimerais travailler à l'élaboration d'une collection qui soit à la fois pour l'homme et pour la femme. L'essentiel ce serait peut-être la question de la représentation. Finalement un défilé de mode c'est un peu comme une pièce de théâtre, on représente l'être humain. C'est une façon d'extérioriser ce qu'on aimerait voir dans le monde. C'est très important de montrer ces garçons dans des tenues féminines ( référence au travail de Palomo Spain ). Beaucoup leur reprocherait de ne pas être portable, mais là n'est pas le souci. Ce qui est intéressant dans ce travail de déconstruction, c'est de montrer des garçons qui vivent une masculinité différente ou qui vivent sans masculinité du tout et je pense que c'est tout aussi important d'habiller des gens que de représenter des minorités. Peut-être même que c'est encore plus important. »

masculinité

Des questionnements qui mettent en exergue une nouvelle forme de masculinité et remettent en question les codes et normes sociales voilà ce que l'on peut lire dans les créations de Lucas Meyer. Cependant pour le reste de la société, ces raisonnements persistent dans leur forme la plus binaire . De la révolution sexuelle des années 60 , à la mise en pratique dans la musique, l'art et la mode des années 80, jusqu’à l'apparition du métrosexuel des années, la masculinité a fait objet de nombreuses mutations et changements de perception. Aujourd'hui le débat serait de savoir si l'on décide de poursuivre dans cette définition cloisonnante homme, femme ou bien de tendre vers une société plus inclusive et nuancé sur la question de genre ? On nous reproche de privilégier l'individu plutôt que la société,de verser dans l'individualisme. Mais qu'en est-il de toutes ces personnes qui souffrent de ne pas pouvoir exister comme elles l'entendent ? 

masculinité masculinité

Crédits photos : Benoît Auguste

La collection " Smalltown boy " c'est ici


Nouvelle esthétique et question de genre chez Palomo Spain

La petite robe en soie rouge vin et les longues cuissardes épousant l'élégante silhouette de l'homme Palomo, entendent bien bousculer les codes de la masculinité. La jeune griffe espagnol fondée par Alejandro Gomez Palomo, s'inscrit dans la tendance d'un nouveau genre qui propose à l'homme de se défaire de ces codes devenus trop étriqués pour la croissance créative et sexuelle du corps masculin. Entre broderies, dentelles et coupes affriolantes, les collections Palomo Spain se parent d'extravagance empruntée à l'univers Queer, se mêlant aux influences ibériques du créateur. Elles s'émancipent de toutes convenances sociales pour réformer une bonne fois pour toutes, l'univers tant créatif que réglementé de la mode. En ouverture de notre semaine de questionnement sur la masculinité nous vous proposons de découvrir ce jeune designer aussi insolite que novateur.

Palomo Spain

Palomo Spain

Originaire de Còrdoba, province situé au sud de l'Espagne, Alejandro Gomez Palomo part faire ses armes à Londres et intègre la London College of Fashion à tout juste 18 ans. En 2015, son défilé de fin d’études, intitulé Je T’aime Moi Non Plus, coïncide avec le lancement de sa marque, Palomo Spain. Pour cette dernière, le créateur n’hésite pas à s’inspirer de son propre parcours de jeune prodige de la mode pour livrer des collections d'un nouveau genre où se bousculent style Haute Couture et modernité. Par la suite, il présente en Février 2016, sa toute première collection automne-hivers qu'il intitule « Orlando » en référence à l'un des personnages littéraires de Virginia Woolf, un jeune noble anglais qui change de sexe et vit 300 ans.

La jeune marque gagne en visibilité et commence à se faire connaître, si bien qu' à la suite de la Fashion Week 2017 de Moscou pour laquelle il présenta sa deuxième collection intitulé « Boys Walks In An Exotic Forest », l'équipe de la styliste et ancienne directrice de Vogue Paris, Carine Roitfeld passe commande auprès du jeune créateur pour utiliser ses créations lors de ses productions. En Juillet 2017, l'esprit queer chic à la Palomo Spain fait de nouveau parler de lui, puisque c'est au tour de Queen Bey de s’intéresser au précoce de la mode. La chanteuse à la renommée internationale dévoile la naissance de ses jumeaux en postant à ses 116 millions de fans sur Instagram une photo d'elle vêtue d'un long manteau couleur lavande, issu de la ligne printemps-été 2017 du créateur. Il est intéressant de s'apercevoir comment une marque à destination des hommes, sera d'abord mise en lumière par des femmes, pour ensuite devenir le symbole d'une nouvelle ère masculine décomplexée, où le décloisonnement règne en maître ultime.

Palomo Spain

Palomo Spain

En seulement trois saisons, la marque Palomo Spain est devenue un incontournable, une mode aux allures féminines, qui décloisonne les vestiaires et brise les frontières entre vestiaires masculin et féminin en créant des collections hybrides. A ce titre, la collection automne-hiver 2018 de la maison espagnole le démontre bien. Emprunt de symboles Queer, le créateur de mode pour homme décide de faire défiler les deux sexes féminins et masculins. Il mets en scène des corps de femme plantureuses et des hommes à la silhouette plus féminine que masculine. Il s'inspire de ses idoles de toujours, Yves Saint Laurent et John Galliano en matérialisant la sensualité et l’exubérance de ces deux mastodontes de la mode à travers des défilés piqués de fantaisie et de théâtralité. On en oublierait presque la « déconvenue sociale » de ses modèles homme qui se pavane en robe à froufrous , les jambes à l'air et les traits criants de féminité, tant le message véhiculé ouvre sur de nouvelles perspectives et aborde une plus grande tolérance.

Palomo Spain

Palomo Spain

" Esthétiquement et sexuellement, je n'ai jamais senti qu'il devrait y avoir des distinctions claires entre la masculinité et la féminité. " _ Alejandro Gomez Palomo

Pour Alejandro Gomez, le genre est de l'histoire ancienne et le vêtement, un témoignage des mouvances de la société. Des créations qui voyagent dans le temps, offrant une certaine idée du romantisme et de l'érotisme, comme la collection automne-hiver 2018 « the hunting », présentée à l'occasion de la semaine parisienne. Sous la soie et le velours, le créateur réinvente la silhouette masculine, plus gracieuse et affriolante. Du pantalon à pressions au niveau des fesses, à la culotte en soie dévoilant les jambes interminables des modèles hommes, la collection est une rencontre entre les corps fantasmatiques de Tom Forddans une version post-moderniste du mouvement queer.  La sexualité y est assumée et le casting est à la beauté rachitique, frôlant l’indécence . Les discours de normalisation des identités sexuelles subissant une forme de mutation au contact de la mondialisation et du capitalisme contemporain, remettent le mouvement "queer" au goût du jour. Le corps devient le premier réceptacle de ce renouveau, là où l'individu passe avant le sujet (féminin ou masculin). Quels sont les enjeux de ces transformations et que révèlent t-elle de notre société ?

Entre épilations intégrales et tenues moulantes, les hommes sont de plus en plus nombreux à s'emparer des codes réservés à la gente féminine. Simple tendance esthétique ou profonde mutation sociale ? La marque dont le fond de commerce repose sur la revendication d'une nouvelle politique de genre, pose les bases de la discussion en contestant les catégories usuelles : homme, femme, gay, trans. Les nouveaux corps du jeune créateur espagnole, redessine les contours d'une société en pleine mutation, qui s’inscrirait dans un au-delà de la binarité sexuelle et dans l'abandon de toute référence identitaire.

Crédits photos : Alejandro Gomez Palomo

Découvrez les collection Palomo Spain   Ici !


La tendance Pichardise est à pied d'oeuvre !

Amélie Pichard c'est une personnalité singulière qui transparaît à travers des choix esthétiques très affirmés et pour le moins rupturistes. C'est une oscillation entre  le passé et présent . Elle se balade à travers les époques entre les années 40, au règne de l'ultra-féminité et de la customisation où il est de bon ton d'adapter soi-même ses tenues à son rythme de vie. Jusqu'aux années 90, rythmées par les sons pop des Spyce Girls et fortement marquées par les séries cultes américaines Beverly Hills . Elle aime les persans, est fan de Pamela Anderson et écoute du Lou Reed. L'univers poudreux et décalé de la marque s'amuse des codes stylistiques et compose ses silhouettes dans un esprit rétro-kitsch savamment dosé et extrêmement rafraîchissant . Ses clientes ? Toutes des « pichard-girls » ultra-urbaines et respectueuses de la nature, qui aiment les choses simples, les animaux et les sacs poilus vert émeraudes. Amélie Pichard c'est un univers fantasque et teinté de contrastes qui vend des produits chargés d'histoires, tout en introduisant des idées créatrices et des actions impactantes au sein d'un système obnubilé par le profit.

Amélie Pichard

Amélie Pichard

«Mes chaussures sont légèrement peu orthodoxes mais portables, sexy mais décontractées, vintage mais indubitablement urbaines». Amélie Pichard.

Après des années passées à travailler au services de plusieurs grandes marques dont la ligne homme de Sonya Rykiel ainsi que Dice Kayek pour laquelle elle travaillera pendant 5 ans en tant que directrice studio, la jeune parisienne, originaire de Chartres se met en tête de vouloir créer sa propre marque. Ce qu'elle souhaite avant tout c'est pouvoir « créer des produits qui ne soient plus de la mode, mais des produits qui racontent des choses, et qui font avancer le monde à leur échelle . »

La qualité et l'authenticité des pièces Pichard affleurent en plein cœur du quartier Belleville à l'atelier Germaine, une fabrique de chaussures du 20e arrondissement, véritable vestige de la période d'après-guerre jusqu'aux années 80. Cette rencontre décisive avec madame Germaine, dernière fabricante de souliers de Paris, confirmera son envie de concevoir des chaussures et c'est au bottier orthopédique Eric Lomain qu'elle remet le soin de lui apprendre les ficelles du métier pendant 6 mois. En 2009, elle remporte « le concours de chaussures BATA pour jeune designer » et lance une première collection qu'elle intitulera « American Girl ». L'esthétique ultra-girly et très hardi des chaussures marquera le début de l'ère Pichard .

Ce qui compte pour Amélie, ce n'est pas seulement le produit, mais aussi les histoires qu'il raconte. Elle parvient ainsi à insuffler une force d'âme à chacune des pièces qui compose ses collections, qu'elle empreinte tantôt dans la ville de Paris où elle a joué avec Barbie jusqu'à l'âge de 14 ans, tantôt dans la campagne où elle se forge un esprit de guerrière aux allures de garçons manqué. Cet attrait pour les inspirations plus rétro que modernes et les petits détails teintés d'humour et de folles contradictions, la femme Pichard en fait son fond de commerce. Elle propose des collections toujours plus singulières avec un savant mélange de coupes vintage, de matières inattendues associées à des couleurs audacieuses. Les trois collections qui suivront, «New Wave », « Mystery Girl », « Rimmel Melancholic » traverseront les époques avant d’atterrir en 2012 sur les étalages du Bon Marché, qui sera le premier magasin à présenter ses collections.

Amélie Pichard

Amélie Pichard

Pour mettre en scène l'univers fantasque et délirant de la marque, la chartraine joue à fond la carte de l'ambiance très kitsch et colorée des années 90', empruntée aux vieux feuilletons télé américains qui ont bercé son enfance. La femme Pichard pose en maillot de bain flashy, elle s'offre quelques  bains de soleil en plein désert. Elle s’effondre de chaleur au bord d'une piscine, son sac Raphia vert matelassé et ses bb slingback en tissu jaune et motifs marins toujours à portée de main. Pour la collection 2018 la femme Pichard prends le temps de ne rien faire , mange des moules et faits de longues balades sur un port de mer au soleil couchant.

La femme Pichard c'est une personne engagée mais seulement dans le fond, car si il y a bien une chose qui caractérise l'esprit Pichard c'est cette volonté de ne surtout pas s'enfermer dans une case et d'éviter le cloisonnement. Sans forcément communiquer sur le caractère eco-friendly de certaines de ses collections, elle souhaite avant tout donner le choix à ses clients et faire du mouvement végan et éco-responsable un non-objet. En 2017, la jeune femme rencontre son idôle de toujours Pamela Anderson, et ensemble elles se lancent dans la création d'une ligne de chaussures et d’accessoire sur le thème du végétalisme et des sex-symbols des années 90 dont une partie des bénéfices seront reversées à la Fondation Pamela Anderson approuvée par PETA. La campagne orchestrée par David LaChapelle met en scène une Pamela Anderson ultra-sexy, révélant une plastique de rêve et des chaussures aussi sensuelles et glamour que le décors dans lequel elle pose. Entre patchwork en jean, escarpins fluffly et couleurs pétantes, les deux associés ont voulu apporter une nouvelle image à la mode durable et déconstruire cette vision terne et déprimante des produits vegan ancrée dans  l'imaginaire collectif. Pari gagné !

Amélie Pichard

Amélie Pichard

« Nous aimons l’idée qu’un produit ait plusieurs vies. Il a été pensé, fabriqué, puis désiré, porté, usé, réparé, encore porté… et échangé. Notre conviction étant d’améliorer le cycle de vie de nos produits » _ Amélie Pichard

Amélie Pichard ce n'est pas seulement un univers contrasté et des produits végan. La jeune femme s'est également attaquer à l'industrie de la mode en refusant de se plier aux règles imposées par l'actuel fashion system. En 2015, elle arrête le commerce wholesale traditionnel et ouvre sa première boutique à rue de la Pappe pour se retrouver au plus proche de ses clientes. Elle aimerait revenir à une époque où l'acte d'achat avait un sens, remettre au goût du jour l'artisanat et insuffler de nouvelles valeurs éthiques et économiques dans les pratiques commerciales. En se rendant sur son site, on y trouve "les petites annonces", un espace dédié au recyclage des articles Amélie Pichard, favorisant ainsi l'économie circulaire. Afin d'encourager ses clientes à utiliser ce système de consommation, la créatrice va jusqu'à offrir un bon d'achat de 50 euros pour chaque vente effectuée sur le site.

Et si derrière cet univers « hickster » des années 90' teintées de grandes revendications pile-poils dans l'air du temps et de ses collaborations remarquées et remarquables, on ne se ferait pas avoir une énième fois. Qu'à cela ne tienne ! La force de persuasion et la communication signée Amélie Pichard fonctionne et permet à un nombre grandissant d'adhérer à un modèle économique éthique et plus responsable. Pourquoi se priver ? Laissez-vous Pichardiser !

Crédits photos : Bertrand Le Pluard 

Retrouver les collections Amélie Pichard  Ici !


Atelier Bartavelle : Méditerranée et itinérance, quand la mode marche au rythme du sud.

Basée entre Marseille et Paris, Atelier Bartavelle est une jeune marque qui prend racine dans la culture méditerranéenne. Fondée par Alexia Tronel, spécialisée dans le développement durable, et Caroline Perdrix, diplômée de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, Atelier Bartavelle propose une vision de la mode engagée, pleine de sens et ancrée dans un territoire. Il ne s'agit pas de faire d'une situation géographique un axe de commercialisation ou de communication. L'essence de l'Atelier Bartavelle se trouve dans les collines surplombant la Méditerranée comme l'indique le nom, référence au livre de Marcel Pagnol et à la tant convoitée perdrix "Bartavelle". À distance des clichés sur les cotonnades provençales Alexia et Caroline proposent une mode actuelle, des pièces dans l'air du temps dont la simplicité permet à chacune et chacun d'imaginer leur vêtement prendre place dans son vestiaire. Nous avons eu le plaisir d'écouter Caroline Perdrix présenter l'Atelier Bartavelle lors d'un fashion MeetUp organisé par l'IFM à Station F et nous décidons aujourd'hui de mettre en lumière cette très belle marque.

 

Atelier Bartavelle

 

Atelier Bartavelle est avant tout une histoire d'engagement et de valeurs :

  • des circuits courts et locaux,
  • une interrogation ininterrompue sur le sens de la mode,
  • une mise en valeur des savoir-faire invisibilisés par le système actuel et la grande distribution,

Avec leur marque, les deux créatrices souhaitent montrer "une nouvelle voie pour un nouveau luxe" portée par des valeurs sociales, le souci de la qualité et de l'héritage. Chez Atelier Bartavelle on conjugue sans faux-semblants modèle de création engagé, vision de la mode durable et produit désirable. Avec des collections au nombre de pièces rationalisé, raisonné, le principe des éditions limitées et attendues par la clientèle pilote toute l'offre de la marque. À l'heure actuelle, si vous cliquez sur la partie e-shop de leur site, vous êtes accueillis par un simple :

 

"OUT OF OFFICE

Nous revenons en septembre pour vous présenter la prochaine édition.

Dans le cadre du projet associatif ITINERANCE, on vous fabrique tout l'été des pulls avec les Yayas de l'île de Tinos."

 

Voici l'esprit ; il faut savoir attendre les bonnes choses, savourer la patience de celui qui sait que quelque de chose de bon récompensera le temps. Atelier Bartavelle remet au centre de la marque, de la fabrication d'un vêtement,  la valeur du temps. Trop souvent laissé pour compte dans la mode, le temps ici impose son empreinte et on joue le jeu avec plaisir. Loin de la frénésie parisienne et des rythmes de collection, Atelier Bartavelle nous propose, sans cliché, la douce nonchalance de la Méditerranée. Et par la même démontre que vider la mode de son essence de savoir faire et de la patience nécessaire pour ce faire, est délétère.

Le projet est soutenu par les Ateliers de Paris depuis son lancement. En 2016, elles sont lauréates du Mediterranean Fashion Prize. Entourées par d’autres jeunes créateurs, elles sont membres du label «une autre mode est possible» depuis 2017. Elles figurent également parmi les initiatives sélectionnées par le ministère de la Culture pour une aide au développement en juin 2018.

 

Atelier Bartavelle

 

La force de la marque, c’est aussi ses collaborations avec des créatifs, artistes plasticiens, designers, écrivains, danseurs... qui viennent affirmer son ADN de collectif et enrichir son histoire. Ce caractère collectif fait également écho au projet Itinérance. Cette initiative associative dont les deux co-fondatrices de l'Atelier Bartavelle sont à l'origine. À partir de 2018 et sur une durée de 2 ans Alexia et Caroline (entourée d'une équipe) vont parcourir le bassin méditerranéen pour réaliser 5 éditions limitées de vêtements en collaboration avec des acteurs locaux de la mode. Cinq pays ont été sélectionnés : la Grèce, la Tunisie, le Liban, le Maroc et la Turquie. Ce projet a pour vocation de mettre en lumière toutes les " initiatives méditerranéennes positives et engagées, porteuses de sens et de dialogue pour conserver des savoir-faire uniques qui répondent aux enjeux environnementaux, économique et sociaux contemporains" (site internet de la marque). 

Sans jugement de valeur, il s'agit de montrer par l'exemple et l'usage que l'interrogation sur le sens de la mode peut donner lieu à des initiatives simples. Il est possible de travailler avec des ressources locales. Le circuit court peut se construire sur la base de relations humaines sans ambages et avec bienveillance. Communiquer  les savoir-faire artisanaux locaux et valoriser la place de chaque acteur dans le processus de création et de production fait appel au bon sens.

Du bon sens on en trouve aussi dans le choix géographique de ce projet. Bien sûr connaissant l'Atelier Bartavelle, son image et son récit la Méditerranée apparaît comme une évidence. Cependant si l'on pousse la réflexion plus loin, la Méditerranée est le creuset d'un patrimoine millénaire et unique mais également le théâtre d'enjeux déterminants tant sur les plans économiques et sociaux qu'environnementaux. Zones de conflits, pression démographique, drame migratoire, batailles pour la liberté (et notamment des femmes) la Méditerranée ne bénéficie pas toujours d'une mise en lumière bienveillante. Le projet Itinérance balaie les préjugés et pose sur cette région le regard bienveillant de ceux qui savent regarder au-delà des préjugés et des stratégies pseudo humanitaires condescendantes. Il n'y a pas de patos à faire des pulls avec des yayas grecques. Il n'y a qu'une histoire d'humains qui décident de collaborer par delà la mer, les frontières, les cultures et la langue.

Atelier Bartavelle

 

Les sceptiques et les mauvaises langues diront sûrement : "encore une initiative de quelques rêveurs sans perspective tangible de viabilité", " des européens qui font de la récupération culturelle et se donnent bonne conscience en appelant cela initiative sociable". Pourtant si ces mauvaises langues prenaient seulement le temps de lire ou d'écouter Alexia Tronel et Caroline Perdrix, leur conviction tranquille, leur absence d'ambiguïté sur leur ambition, la simplicité de leur vision de la mode et de l'humain, alors peut-être qu'ils se rendraient compte de leur erreur.

L'Atelier Bartavelle et le projet Itinérance sont les preuves concrètes qu'une autre mode est possible, qu'une autre manière de produire et de collaborer est possible, que prendre le temps de faire et d'écouter ne donne lieu qu'à de belles choses. Et cela n'a rien à voir avec le marketing et les paillettes.

Pour devenir partenaire du projet Itinérance c'est par ici !

Toutes les images proviennent du site Atelier Bartavelle et sont propriété de la marque.

Instagram : @atelierbartavelle