Viktor&Rolf

Viktor&Rolf exposés au Kunsthal de Rotterdam

La semaine dernière j'ai eu la chance d'être invitée par l'Atelier Néerlandais, une initiative de l'ambassade des Pays-Bas à Paris, à visiter l'exposition lancée par le musée Kunsthal de Rotterdam à l'occasion des 25 ans de création du duo néerlandais Viktor&Rolf. En collaboration avec les deux designers eux-mêmes et le conservateur canadien Thierry-Maxime Loriot, cette exposition met en lumière la conception radicale d'une forme d'art portable revendiquée par le tandem, et leur singularité intacte dans le monde de la mode actuelle.

Le conservateur en charge de l'exposition parle d'eux en ces mots : "Avec une dextérité exquise, des silhouettes oniriques parfois comme tout droit sorties d'un tintement de clochette ou d'un tapis rouge, les "artistes de mode" Viktor&Rolf - véritable trésor national pour les Pays-Bas - ont créé durant les dernière 25 années un vestiaire d'art portable avec le plus unique et singulier des styles."

Je vous propose de juger par vous même.

Viktor&Rolf
Viktor&Rolf - Crédits: Anton Corbij, Amsterdam 2018

Depuis le 27 mai dernier, le Kunsthal présente au public les plus spectaculaires et avant-gardistes des looks du duo. Partenaires depuis 1992, Viktor Horsting et Rolf Snoeren font rayonner une mode haute couture cérébrale et spirituelle, truffée de références historiques et de détails subtils. L'exposition propose non seulement un large nombre de références de la marque mais surtout les pièces les plus iconiques et les plus innovantes. Venus des quatre coins du monde (et de quelques collections privées) plus de 60 modèles de haute couture, accompagnés de costumes de scène  ainsi qu'une ribambelle de poupées anciennes vêtues de répliques de modèles, font plonger le spectateur dans un véritable tourbillon de formes et de couleurs qui ravive les âmes de rêveurs. On passe également à coté de pièces célèbres telles que le costume créé pour Madonna à l'occasion de son concert caritatif de la Miami Art Basel en 2016 ainsi que des modèles inédits comme "Boulevard of Broken Dreams" et "Action Dolls".

Viktor&Rolf
Viktor&Rolf Haute Couture SS17 "Broken dreams" Crédits: team Peter Stigter

Tout au long de leur carrière rayonnante, Viktor&Rolf ont creusé les jalons d'une mode repoussant les limites entre le monde de l'art et celui de la mode. Constamment tiraillés entre romance et rébellion, exubérance et contrôle, classicisme et conceptualisme, les deux designers ont ouvert la voie à toute une génération de designers désireux de mêler savoir-faire rigoureux et imagination sans limites.

Transfuges aux regards à la fois drolatiques et acérés, ces esthètes baladent avec flegme une certaine idée de la haute couture, fastueuse, extraordinaire... hors du réel mais parfois drôle, comme une auto-critique amusée de la vanité. Si certaines maisons s'attachent à une certaine esthétique élégante, atemporelle et raffinée, chez Viktor&Rolf le grotesque côtoie l'extrême subtilité (à l'image de cette robe de deuil à l'intention de la princesse Mabel de Orange-Nassau en contraste insolent et absolu avec sa robe de mariée présentée sur le même piedestal). Sans le show-off des années 90, ni la sexualisation outrancière des années 2000, Viktor&Rolf semblent avoir inventé leur propre langage créatif au-delà des attentes du milieu, dans une conversation quasi exclusive entre eux-mêmes. Ovnis parmi les ovnis.

Viktor&Rolf
Exposition Viktor&Rolf 25 years at Kunshal, salle principale - crédits : Kunsthal Museum Rotterdam

Pourquoi parler de Viktor&Rolf ? Tout d'abord parce que leur travail questionne le fait de créer un vêtement, un look en lui-même. Le défilé "Russian Doll" de 1999 durant lequel les deux designers habillaient une seule mannequins de 9 couches de vêtements successives, les pièces de la série "Bedtime Story" (image en couverture de cet article) de 2005, la collection "The fashion Show" de 2007, la célèbre robe "NO" de 2008, le "Red carpet dressing" comme coupé dans le tapis lui-même ou encore la bien nommée "Wearable art" de 2015 qui pourrait à elle seule résumer leur démarche, les deux créateurs questionnent frontalement la mode, son fonctionnement, ses paradoxes, ses clichés et sa beauté.

Performeurs pendant nombre de leurs shows, ils échappent cependant à l'écueil de la sur-médiatisation, de la sur-incarnation du personnage du créatif. Ils font, orchestrent et mettent en scène dans la simple continuité de leurs pièces. D'ailleurs, comme une invitation à se rapprocher au plus près de leurs personnalités et de leur singularité, les murs de la salle principale de l'exposition sont tapissés de leurs esquisses. On pénètre alors un peu plus dans leur univers parallèle.

Viktor&Rolf
Van Gogh Girls, Collection Haute Couture Photo © Team Peter Stigter
Spring/Sumer 2015

Visiter cette exposition relève du voyage intérieur. Chaque détail est susceptible d'éveiller en chacun une émotion, au delà du sentiment esthétique pur. Le tandem jongle avec tant d'évocations. Cependant cela se fait sans drame ni effet de manche. Le spectaculaire est indéniablement présent mais jamais on a le sentiment de regarder une farce. Viktor&Rolf réalisent le tour de force d'une mode outrancière sans vulgaire, ni gratuité. Au paroxysme de la forme, il ne tombent jamais dans la caricature.

Je n'ai qu'une chose à vous dire, pour les chanceux qui passeront par Rotterdam, courez voir cette exposition riche et haute en couleurs !

Viktor&Rolf
Viktor&Rolf 25 Years - crédits : Kunsthal Museum Rotterdam

Upcycling

Germanier: l'upcycling glamour, entre planète et paillette pourquoi choisir ?

Avec le Copenhagen Fashion Summit la semaine dernière, les Fashion Green Days à Roubaix qui commencent demain, suivis la semaine prochaine par Anti-Fashion,  la sphère mode est ce moment au diapason du changement alternatif. Pour la deuxième industrie la plus polluante au monde (selon un article de l'Officiel daté du 2 février 2018), l'heure est plus que jamais à l'examen de conscience et à la remise en question. Derrière le mantra "si nous changeons l'industrie de la mode, nous pouvons changer le monde", l'évènement de Copenhague affiche clairement l'ambition de modifier profondément le secteur et les mentalités avec des priorités mises à l'honneur (aussi concises que pleines de bon sens) :

  • améliorer la traçabilité de la chaîne d'approvisionnement.
  • rendre plus efficiente l'utilisation de l'eau, des produits chimiques ainsi que des chutes de matières et autres résidus de production.
  • assurer aux travailleurs un environnement sûr et respectueux de leurs droits.

Voeux pieux ou réelle amorce de projets? L'avenir nous le dira mais la démarche a déjà le mérite d'exister et d'impliquer des figures majeures de l'industrie telles que Bill McRaith (Chief Supply Chain Officer chez PHV) et Spencer Fung (CEO de Li & Fung) à Copenhague. Peut-être enfin la mode va-t-elle prendre un chemin nouveau et modifier ses paradigmes. De nombreuses pistes sont à explorer, développer :

  • consacrer des budgets à la recherche de nouveaux matériaux
  • développer un système circulaire pour les matières premières
  • rendre efficient le traitement des déchets et rebuts liés à la production
  • exploiter complètement et durablement les capacités de la révolution numérique

Mais quid du style et de la création me direz-vous?  Où sont les créatifs qui choisissent un autre chemin sans attendre l'impulsion des instances de décision?  Sans convoquer de facto les grands groupes, les gouvernements et les dirigeants de société, chez Modelab nous aimons mettre en lumière les acteurs de l'ombre, ceux qui oeuvrent pour une mode différente dans l'intimité de leur studio. Cette semaine, nous vous proposons de découvrir Germanier ou la rencontre surprenante du glamour et de l'upcycling.

 

Upcycling
Germanier AW18 crédits photo Nikolay Biryukov.

 

Designer pour la maison Vuitton le jour et créateur indépendant la nuit, Kévin Germanier a mené jusqu'à présent une double vie. Désormais décidé à se consacrer exclusivement à ses propres créations, il explique avec aplomb que "oui il aurait pu continuer de mener de front sa carrière et son projet personnel mais qu'à un moment il faut savoir prendre un risque et  saisir sa chance avant que quelqu'un ne le fasse à votre place".

Après une première apparition lors de la Fashion Week de mars 2018, l'annonce du lancement de la marque sur MatchesFashion à l'automne, le jeune homme originaire de Suisse semble avoir le vent en poupe.  Pourquoi s'intéresser de près à Germanier?  Loin d'être la énième coqueluche d'un milieu en mal de nouveaux jouets, Germanier offre la démonstration brillante (et métonymique de surcroît) que mode intelligente peut rimer avec esthétique, que upcycling ne signifie pas négation du style et que l'on peut être à la pointe de la jeune création sans ruiner sa planète.

Avec un style maximaliste et un rapport totalement décomplexé aux formes et aux couleurs, Germanier a su trouver un public auprès de pop stars avec notamment Björk, Lady Gaga, Katy Perry ou encore Rihanna. Que l'on ne se méprenne pas, ici la mode ne se regarde pas avec gravité et sérieux. Point de minimalisme affecté et de camaïeux "matin de printemps au Havre". Chez Germanier la mode se vit comme un feu d'artifice heureux, un véritable appel pour une mode couture qui s'assume dans tous ses codes esthétiques sans piétiner les valeurs sustainables.

 

Upcycling
Germanier AW18 crédits photo Nikolay-Biryukov

 

Mais comment réussit-il ce tour de force ? Simple comme bonjour, Germanier réinvite la bonne vieille méthode de nos grand-mères qui transformaient à loisir les vieux vêtements inusités. À l'affût des pièces défectueuses de fournisseurs premium, le jeune designer transforme les citrouilles en carrosse. Aussi ingénieux que créatif, Kévin Germanier récupère des vêtements abandonnés,  des perles au rebut et des sequins aux couleurs hors d'âge, et invente une technique de collage propre et lavable à sec (grâce à l'alliage du silicone et de vinaigre blanc selon Numéro Magazine). Des bas deviennent des manches, et les corps s'habillent d'une matière quasi onirique, parfois sculpturale. Il réalise ce que nous rêvons tou(te)s de faire ; transformer le vieux trench de notre papa en manteau couture, la robe immettable chinée chez Emmaüs en habit de lumière, sauf que lui, ça marche. Nous sommes loin des clichés d'une mode responsable ennuyeuse et sans parti-pris audacieux. Lui que l'on avait invité "à lâcher du lest dans ses créations" lors de ses études à la HEAD de Genève puis la Central Saint Martins School a bien retenu la leçon. Bienvenu dans un monde de paillettes et de références aquatico-geeko-galactiques. Selon ses propres dires tout est "shiny a.f.". Le ton est donné. Labellisée "fast couture", la mode de Germanier est pourtant loin de la déviance des grands groupes qui nous abreuvent de tonnes de vêtements jetables. Ici le déchet prend la lumière et la seconde vie d'un objet s'inscrit dans un véritable parti-pris artistique, le tout réalisé dans un temps record grâce à son irrévérence salvatrice face aux savoir-faires ancestraux (la broderie à la silicone ne prend "que" deux jours).

 

Upcycling
Germanier AW18 crédits photo Nikolay Biryukov

 

Et vous voulez savoir ce qui est le mieux dans tout ça ? Le PUR hasard de la démarche. Une fois de plus, la réelle innovation ne se niche pas dans l'intention mais dans la sérendipité d'un étudiant fauché. Fraichement arrivé à Londres et légèrement à court de trésorerie pour ses collections d'étudiant, Kévin Germanier a alors trouvé cette incroyable recette de récupération créative. Loin de revendiquer une posture engagée, il est pourtant en passe de devenir le premier "haut couturier de l'upcycling" révolutionnant au passage l'approche du sourcing et du design. Désormais, créativité et durabilité sont au même plan dans sa démarche créative et ni les contraintes ni  l'allongement de son carnet de commandes n'auront  d'influence sur son processus, promet-il. Loin de se soumettre aux impératifs de volume d'une plateforme telle que Matches Fashion, il a instauré avec le distributeur un dialogue sur le même pied d'égalité. Si la commande de 50 pièces induit un changement de paradigme dans sa production la réponse sera simple et décomplexée : non.

Même combat dans la constitution de son studio qu'il veut garder à taille humaine, "sans stagiaires bénévoles ni calendrier oppressant". Lame de fond avez-vous dit? Il se pourrait bien que nous ayons à faire à un vrai visionnaire. Pragmatique mais campé sur ses positions, Kévin Germanier trace un chemin inédit dans le monde des créateurs "désirables" du moment. Dommage qu'un géant comme Vuitton n'ai pas su déceler et retenir un esprit aussi alternatif dans ses équipes. Peut-être aurions nous vu un géant du luxe miser de manière concrète sur l'upcycling sans dénaturer l'idée que l'on peut se faire d'un savoir-faire d'exception et d'une mode exclusive. Comme quoi, l'innovation se cache une fois de plus là où l'on ne l'aurait pas attendue. Comme quoi, une fois de plus, les idées brillantes grandissent à l'ombre des géants aux pieds d'argile.

 

Mise à jour du 25/05/218 : Kévin Germanier vient annoncé parmi les 4 finalistes du prix du label créatifs de l'ANDAM (source Fashion Network). Bonne chance à lui !

 

 

 


Marte Hentschel

Marte Hentschel : la Fashiontech à la sauce berlinoise.

Notre numéro papier sur Berlin et ses innovations étant maintenant épuisé (merci chers lecteurs pour votre enthousiasme!), nous vous proposons aujourd'hui une séance de rattrapage et inaugurons une série d'articles directement tirés de ce numéro spécial.

Nous avions eu le plaisir de rencontrer pour une interview Marte Hentschel, créatrice et PDG de Sourcebook, plateforme dédiée aux professionnels et à leur mise en relation. Sans ambages, elle nous avait livré sa vision de la Fashiontech et des spécificités berlinoises en matière de création de mode. Une rencontre toute en fraicheur et spontanéité à découvrir (ou à re-découvrir) dès à présent.

Modelab : Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Marte Hentschel. Je suis la PDG de Sourcebook, une start-up basée à Berlin que j’ai fondée en 2015. Au départ, nous faisions partie d’un projet de R&D financé par l’Union Européenne pour connecter et mettre en contact les fournisseurs, les fabricants et les designers afin de favoriser des chaînes d’approvisionnement transparentes et locales en Europe. Aujourd’hui, nous sommes la plus importante plateforme gratuite de sourcing en ligne, et nous faisons aussi office de base de données. Nous comptons plus de 2 000 entreprises inscrites, venant de différents secteurs de l’industrie. Notre mission consiste à créer des ponts entre le développement durable et l’innovation technologique, parce que nous sommes convaincus que ces domaines seront capables de faire avancer la mode et l’industrie textile. J’ai une formation en design de mode et gestion de production, je suis conférencière et intervenante et j’aime les produits intelligents, bien faits et résistants !

Marte Hentschel
Équipe Sourcebook - crédits Sourcebook

Que penses-tu de l’écosystème mode à Berlin ?

Marte Hentschel : C’est un domaine très vibrant, en pleine expansion, et pourtant encore très jeune. Il y a une longue histoire de production de textiles techniques en Allemagne, mais la fashion tech en elle-même a fait son entrée il y a environ cinq ans, et cet écosystème est extrêmement segmenté et aurait besoin d’une infrastructure solide. Cela dit, certaines communautés communiquent très bien. L’écosystème mode berlinois regroupe le DIY, les hackers et les makers, les développeurs de logiciels et de hardware et de nombreux designers de mode tout juste diplômés. Il y a dix écoles de mode rien qu’à Berlin ! La plupart de ces acteurs sont de petites entreprises, mais il y a aussi quelques grands groupes. Certains acteurs majeurs encouragent l’innovation et la professionnalisation du secteur, comme Premium Exhibitions. Ils fournissent une plateforme pour la fashion tech, la retail tech et les wearables avec leur conférence FASHIONTECH BERLIN, qui est maintenant un temps fort de la fashion week de Berlin. Ici, on a aussi Zalando, un géant de l’e-commerce qui est un employeur important pour les jeunes diplômés. Ils proposent des programmes et des incubateurs pour la scène fashion tech berlinoise, qui est de plus en plus mise en valeur au sein de l’écosystème tech et start-ups. Les médias tirent aussi leur épingle du jeu, parce que la mode commençait à être un peu obsolète et les Allemands ne la voyaient plus comme un héritage culturel important.

Comment imagines-tu le futur de la Fashiontech d’ici cinq ans, à Berlin et en Europe ?

Marte Hentschel : De nouveaux business models sont en train d’émerger, les marques de produits de consommation vont peu à peu devenir des prestataires de services et les fournisseurs des plateformes. L’ordre traditionnel sera bientôt bouleversé avec à la clé de nouvelles opportunités pour les petites marques et les fabricants spécialisés dans les produits de haute qualité, les technologies de pointe et les services proches du marché. On commence à voir des mouvements à contre-courant, des marques de mode qui proposent des collections pharaoniques pour les défilés et dépensent des milliers pour un événement de 20 minutes qui ne touche qu’un public très limité ne sont plus la norme. Aujourd’hui, les PME peuvent même se permettre de commencer avec un seul produit, qui se teste rapidement et peut être lancé à l’international quasi-instantanément. Un projet centré sur la tech peut se réaliser avec une perspective design et développement durable. C’est une approche plus holistique qui permet d’acquérir une base de fans loyaux. C’est vraiment intéressant, et je crois sincèrement que lorsque l’on disposera d’une infrastructure plus solide, ce genre de business model se multipliera, ainsi que les actions de lobbying. Alors qu’il s’agit pour l’instant d’un sujet de niche un peu geek mais à la pointe de l’innovation, la fashion tech deviendra bientôt un marché de masse avec un vrai poids économique, à Berlin et ailleurs.

Marte Hentschel
Next Tex Innovation Show - crédits Sourcebook

Une injection massive d’argent dans le secteur pourrait essouffler un peu les passions...

Marte Hentschel : C’est vrai. Et si l’on regarde les autres industries, comme l’agroalimentaire ou les produits de consommation, on peut déjà voir ce qu’il se passe quand le marché se consolide : les esprits très indépendants, les hackers et les makers talentueux que Berlin a su attirer pourraient bien disparaître. Dans un écosystème plus commercial, ces pionniers de la fashion tech pourraient devoir sortir du secteur pour trouver des opportunités intéressantes et de l’inspiration. Quand les coûts augmentent, les entrepreneurs doivent prendre plus de risques pour réaliser leurs idées, mais les idées prometteuses peuvent aussi être réalisées de façon plus professionnelle quand il y a plus d’argent. C’est aussi pour cela qu’on a besoin des politiques et des institutions en plus de l’esprit open source et de co-création qu’on trouve dans les labos et les incubateurs. Ce serait vraiment dommage que la fashion tech devienne un secteur de placement comme les autres centré sur les scénarios de sortie, sans apporter de véritable valeur culturelle et créative sur la durée. C’est un challenge important pour une ville au cœur de l’Europe avec une scène start-ups jeune. Comment trouver l’équilibre entre un viviers de talents dans un écosystème qui attire certains des esprits les plus brillants au monde, tout en leur offrant une fondation solide où les idées qui en valent la peine peuvent être développées de façon durable ? Je crois que la collaboration entre tous les investisseurs est la clé, qu’ils soient publics ou privés, grands ou petits.

C’est peut-être la question. Dans la fashion tech, il y a de nombreux projets un peu gadgets. Qu’en penses-tu ?

Marte Hentschel : Pour être honnête, j’aime beaucoup vivre dans une ville où ce genre de projets sans intérêt est encore possible. C’est amusant de faire partie d’un laboratoire local où les idées les plus folles peuvent naître et arriver à recruter une équipe de passionnés. Comme l’Electronic Textile Institute Berlin (ETIB) où l'on hacke des machines de tricot et de broderie. Je crois que nous sommes en ce moment à un point où tout ce que l’on voit sur le marché des wearables, pour l’instant, ce sont des gadgets bizarres. Mais au fur et à mesure que la technologie deviendra plus accessible et plus compréhensible, on devrait pouvoir mêler les secteurs de l’électronique et de la mode pour proposer des solutions plus globales pour le quotidien. Mais malgré ces vagues de croissance et de stabilisation, je crois que certains de ces soi-disant textiles et wearables intelligents ne sont pas si bien pensés ni si bien développés, pas seulement en terme de design mais aussi d’un point de vue économique, éthique et écologique. Je suis assez critique quand on parle de développement durable : lorsque l’on ajoute des composants électroniques au textile et que le produit devient en conséquence toxique et impossible à recycler, je ne suis pas sûre que l’on puisse parler d’intelligence. Alors, chers ingénieurs, s’il vous plaît, travaillez à créer des produits et des services véritablement intelligents, qui ne font pas partie du problème mais bien de la solution. Et les créateurs de mode devraient embrasser la technologie comme nouvel outil de design et se lancer dans la collaboration inter-disciplinaire !

Veux-tu ajouter quelque chose ?

Marte Hentschel : De mon point de vue de conférencière à l’université, l’éducation a besoin d’une révision et les professionnels doivent élargir leurs perspectives. Par exemple, des technologistes créatifs qui comprennent bien l’industrie de la mode et ont accès aux outils numériques et à la technologie. De nombreux créateurs de mode sont encore formés de manière plutôt traditionnelle – ils ont peur de la technologie ! Je crois que tout créateur devrait apprendre à coder, et que tout programmeur devrait avoir une formation en arts manuels. J’espère vraiment que les prochaines générations se comprendront mieux et que l’on pourra former des ponts entre ces mondes séparés que sont le monde des ingénieurs, celui des designers et celui des forces de vente. Et cela doit commencer par l’éducation.


Wylde : le no-gender comme étendard

Wylde, la marque éco-responsable qui combine le "no gender" et la volonté de soutenir un système plus vertueux et novateur.

Bonjour Clarissa et Marylène, pouvez-vous tout d'abord vous présenter ?

Je m'appelle Clarissa Acario, je suis d'origine brésilienne. Mais je vis en France depuis déjà une dizaine d'années. Je suis la créatrice de Wylde.

Pour ma part, je suis Marylène Magnaud, l'associée de Clarissa depuis 2016. Je m'occupe du développement commercial de la marque ainsi que de la communication.

Wylde
Capsule No Genre / Crédit : Nafissa Harvoire

Justement, qu’est-ce que c’est exactement, Wylde ?

C.A. : Wylde c'est une marque de prêt-à-porter éco-conçue et fabriquée en France. Nous l'avons crée pour transmettre nos valeurs et nos engagements. Mais c'est aussi une marque qui cherche à créer des liens et faire tomber des barrières.

M.M. : Cela semblait une véritable évidence pour nous. Bien loin du positionnement purement marketing. La mode est un secteur extrêmement polluant, désastreux aussi bien pour l'environnement que pour l'humain. Nous avons voulu démontrer qu'il était possible de faire autrement. C'est pourquoi nous travaillons à l'échelle de la France, en circuit court. L'idée est de prouver que l'on peut créer du vêtement sans les travers que nous lui connaissons. Comme l'a dit Clarissa, on créé du lien parce que nous prenons soin de la planète.  Mais également parce que ce vêtement peut se transmettre de l'homme à la femme sans trop de distinction.

C.A. : Pour moi, le vêtement permet également d'exprimer sa personnalité. Au-delà du style, c'est aussi dans ce sens là que notre marque créé du lien.

À Noël vous avez présenté votre collection  sous une forme un peu particulière à l'Hôtel Pigalle, pouvez-vous nous en parler ?

C.A. : Nous avons fait un évènement un peu expérimental. On avait envie de quelque chose de plus artistique, avec un véritable décor, des tableaux...  C'était une sorte de parcours sensoriel mettant en avant la démarche engagée de Wylde. Nous souhaitions renoncer aux sempiternelles présentations de type showroom sur cintres et portants. Dans ce cadre atypique, nous avons utilisé à la place les meubles de l'hôtel Pigalle pour présenter nos vêtements et des bustes en plâtre pour les montrer portés.

M.M. : Nous avons essayé de décloisonner au maximum le rapport du consommateur au vêtement. Il fallait que cela devienne une véritable expérience, mais pas une expérience de vente en tant que telle. En effet, ce qui nous intéressait c'était plus l'idée que le client puisse de suite s'approprier le vêtement, le toucher, l'essayer. Pour ce faire, il y avait cette grande cabine d'essayage dans l'espace pole dance. Pour les clients un peu plus réservés, nous avions également une petite chambre à l'étage.

C.A : Pour avoir un espace plus cosy et que les gens se sentent comme chez eux. Nous voulions qu'ils s'imaginent dans leur propre chambre d'hôtel, avec une garde-robe complète à essayer. Nous sommes vraiment ravies de cet évènement, nous avons senti que les clients accueillaient très bien la démarche.

M.M. : D'ailleurs, petite anecdote, quand nous sommes arrivées pour tout installer, il y avait une de nos clientes dans l'Hôtel. Nous ne connaissions pas, mais elle était habillée en Wylde ! C'était une  surprise de bonne augure, parce qu'à notre échelle, nous ne rencontrons pas souvent nos clients par hasard. 

Wylde
Capsule No Genre / Crédit : Nafissa Harvoire

Vous avez évoqué tout à l'heure le "no gender" - qui s'appelait encore unisexe il n'y a pas si longtemps - comment s'est-il imposé dans votre démarche  ?

C.A. : C'est venu très naturellement pour nous. En effet, au départ je faisais beaucoup d'upcycling. J'adorais chiner chez les hommes, surtout pour les chemises, les jeans et les blousons. Vu que ce sont des formes très classiques de la garde-robe, cela ouvrait beaucoup de possibilités de transformations. Sans parler du fait, que personnellement, j'ai toujours aimé porter des choses amples. J'ai d'ailleurs une fâcheuse tendance à voler les chemises de mon conjoint (Rires). Nous avons aussi remarqué que nous avions de plus en plus de clients qui achetaient ensemble ou de couples qui essayaient tous les deux le même vêtement. Du coup, nous nous sommes dit qu'il fallait développer ces vêtements no gender ou unisexe - peu importe comment on les appelle. Surtout parce qu'ils nous permettent de partager notre garde-robe avec notre moitié. 

M.M. : D'autant plus qu'en partageant sa garde-robe, on a aussi une démarche éco-responsable !

C.A. : Et même éco-frugale ! (Rires)

M.M. : Oui, parce qu'en partageant, on consomme moins.

C.A. : Ça permet aussi de s'autoriser des achats coup de coeur. Chez Wylde, c'est beaucoup le cas; les pièces ont un style fort donc on aime ou on aime pas. Et souvent, quand les clients craquent, ils se disent que c'est une pièce qui va être portée par les deux personnes. Alors elle sera largement rentabilisée et ils peuvent se permettre de se faire plaisir.

Clarissa Acario - Marylène Magnaud

Au début du mois, vous avez également été invité sur l'espace Jean-Louis du Salon Première Classe Tuileries, comment cela s'est-il passé ?

M.M. : Nous avons été très touchées par cette invitation. C'est vraiment une grande chance d'avoir pu participer à ce concept test où le grand public côtoie les professionnels de la mode. Ce mélange des genres sur un temps fort comme la fashion week c'était très amusant et plaisant à voir. Nous aimons rester au contact direct du consommateur donc ce format nous convenait bien.  Cela a été aussi été l'occasion pour nous d'enregistrer des pré-commandes. Les clients ont découvert de façon inédite la collection de l'hiver prochain et ont pu par là même nous flécher les pièces qui fonctionnent le plus. Et puis il y avait une super sélection de créateurs, nous étions bien entourées !

C.A. : En plus, il y avait une vraie recherche sur l'expérience client avec des vélos-smoothie où les gens pédalaient pour faire leur propre smoothie ou l'espace conférence avec des lits où les gens pouvaient aussi se reposer... Cette volonté de tester de nouvelles manières de faire des évènements nous correspondait bien, car nous cherchons toujours à concevoir des nouvelles formes de rencontres avec le clients, dans des cadres plus cosy et intime. Et la sélection de créateurs était très pointue.

M.M. : C'est Patricia Lerat de PLC Consulting qui nous a coachée ces derniers mois, qui nous a permis d'être ici. C'est une femme géniale et nous sommes contentes qu'elle nous ait placé dans un univers qui nous ressemble. Elle nous a ouvert des portes très chouettes.

C.A. : Là, on cherche à faire des évènements moins B2B, à moins grande échelle. Ça nous fatigue moins et nous convient mieux.

M.M. : En effet, nous sommes clairement noyées dans la masse des grosses marques implantées depuis longtemps. Même si les clients ont envie de voir de la jeune création, ils restent submergés par des marques qu'ils connaissent par coeur mais qui les rassurent. Du coup ils ont moins de disponibilités en terme de curiosité et de budget pour nous. C'est pour cela que c'est bien aussi qu'on soit visible dans d'autres cadres.

C.A. : C'est aussi pour ça qu'on a fait les Tranoï Weeks en janvier. Nous avons beaucoup aimé, je pense que nous allons prolonger là-bas et si possible au Jean-Louis également qui nous a vraiment plu.

Wylde
Marylène Magnaud - Clarissa Acario

Quels sont vos projets ?

C.A. : Le futur de Wylde sera comme toujours plein de surprises ! Nous avons un tout nouveau site internet avec un e-shop disponible depuis peu. Nous allons aussi préparer une pré-commande de la collection hiver 2018 pour nos clients directs. 

M.M. : Et sortir une petite ligne d'accessoires ! Ça c'est une exclu, nous n'en n'avions pas encore parlé ! Ce travail d'accessoires est dans l'optique d'amener plus facilement les gens dans notre univers. Une sorte de travail d'apprivoisement que l'on fait aussi en développant un discours de marque assez poétique et léger. Le but est de sensibiliser les gens à la "fashion conscious" au travers de produits très accessibles et faciles à porter...

Cette conscience de plus en plus exacerbée des marques prend également forme grâce à des marques éco-responsables comme The Matter dont nous avons réalisé une bien belle interview à lire ici.


The Chinese Pulse : la Chine Autrement (2/2)

La semaine dernière, j'avais commencé une discussion passionnante sur la Chine contemporaine avec Juliette Duveau, co-fondatrice de The Chinese Pulse, que je poursuis cette semaine.

The China Pulse

Modelab : dans notre précédente discussion tu nous expliquais comment les chinois avaient intégré la fashiontech dans leur quotidien. Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur le côté tech ?

Il faut savoir que pendant très longtemps, la Chine s’est fermée. Le blocus politique et la censure ont fait que ni les Google ni les Facebook n’étaient vraiment autorisés en Chine, et les Chinois ont développé dans ce même temps leurs propres outils. Au départ, c’était plus ou moins de la copie des outils existants. WeChat, au début, c’était un peu l’équivalent d’un WhatsApp pour les Chinois, ils s’y inscrivaient pour communiquer entre eux. Mais il y a eu là aussi une accélération extrêmement rapide des outils digitaux chinois : aujourd’hui leurs apps sont peut-être cinq ans en avance sur ce que nous avons aujourd’hui en terme de technologie ! Pourquoi ? Parce que WeChat aujourd’hui, ce n’est plus juste une appli pour discuter : c’est un régisseur de vie. On fait tout sur WeChat. On paye ses factures, on peut recevoir son salaire, on paye son café dans n’importe quel café ou restaurant, tout est payable en ligne directement via l’application avec le système de QR code. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’on n’est pas juste dans quelque chose de très tech qui serait un petit peu à part : c’est extrêmement utilisé par tout le monde en Chine, que ce soient les plus jeunes, les plus vieux… Dans la rue, même les petits vendeurs ont tous leur WeChat Pay, ils sont tous connectés. Et c’est ça qui est intéressant avec ce pays : c’est que la technologie est vraiment tout de suite adoptée par les utilisateurs.

Il y a d’autres apps qui sont intéressantes à connaître : Weibo, qui est le Twitter chinois où sont tous les influenceurs, il y a des applis dédiées au live streaming dont on parlait juste avant, comme Meipai… Il y a tout un tas d’outils : la Chine a construit son propre écosystème d’outils digitaux qui ne sont pas ceux que l’on connaît en Occident et qui ont leurs propres modes de fonctionnement. Quand on veut faire du business avec les Chinois, il faut les connaître ! Il faut savoir ce qu’il se passe et savoir les utiliser.

En ce qui concerne spécifiquement la fashion tech, ce que j’ai pu voir, c’est que je ne pense pas que ce soit le pays n°1 en terme d’avancées là-dessus. Pour autant, ça bouge, et là aussi, comme la Chine va très, très vite, c’est intéressant de regarder maintenant ce qui s’y passe. La première Fashion Tech Week a été organisée à Shenzhen en juin dernier et des médias comme TechCrunch y étaient présents. Il y avait aussi un bel éventail de start-ups chinoises, pas forcément dans l’univers de la fashion mais qui venaient quand même intervenir sur l’univers de la tech. Tout ça, ça se passait à Shenzhen qui est la Silicon Valley chinoise.

Il faut suivre ce qui va se passer dans les mois à venir, parce qu’aujourd’hui, ce qu’on a pu voir et qui est intéressant sur le côté fashion, c’est tout ce qui est wearable techs. C’est un marché qui se développe très vite. Je crois que les ventes d’outils, de montres connectées, etc., se comptent déjà en millions ! Le contrôle de la santé, du sport, sont des tendances qui sont vraiment adoptées par les Chinois et notamment les nouvelles générations de Chinois d’aujourd’hui. Le fait de pouvoir contrôler son exercice, son poids et son activité, ce sont des choses qui se développent beaucoup en Chine. On peut imaginer que le textile suivra demain.

Côté retail, il se passe beaucoup de choses chez Alibaba et les géants du web en Chine. Alibaba est en train de développer le « new retail », c’est-à-dire une fusion complète du online et du offline. L’idée n’est même plus de différencier les deux : l’expérience d’achat doit vraiment fusionner online et offline.

Par exemple, dans le dernier concept Starbucks ouvert à Shanghai par le DG de Starbucks et par Jack Ma, le patron d’Alibaba, ils ont vraiment croisé ce côté très tech et tout l’expérientiel qu’on peut retrouver en physique. Il y a les grandes machines, les filtres à café sont visibles, on peut faire de la VR en magasin, voir des choses qui apparaissent, scanner des codes qui nous donnent plus d’informations sur le café qu’on est en train de boire, commander son café via son téléphone et puis se le faire livrer directement au bon endroit. On est vraiment sur de l’expérientiel tout à fait croisé O-to-O, et cela s’applique dans le retail mode avec des nouveaux concepts qui croisent vraiment la traçabilité produit.

Sur le côté tech, Google est en train d’ouvrir en Chine tous ses laboratoires de recherche sur l’intelligence artificielle. Je trouve ça assez significatif qu’ils choisissent la Chine pour aller s’implanter, sachant que Google est toujours banni en Chine et qu’on ne peut pas y accéder. Même les géants américains se disent qu’il se passe des choses en Chine. Alibaba aussi a prévu de mettre pas loin de 15 milliards de dollars d’investissement dans toute la recherche autour de l’intelligence artificielle. C’est la nouvelle obsession de ces géants du web chinois, de réinventer ce qu’on va pouvoir faire avec ces nouvelles technologies.

the chinese pulse

Modelab : Si j’ai bien compris, la France est en retard sur la Chine au niveau des technologies. Par exemple, dans le domaine des avancées sur l’Intelligence Artificielle, comment ça se traduit ? Est-ce qu’il y a quand même des domaines dans lesquels nous sommes plus en avance ? Comment comparerais-tu les deux pays au niveau technologique ?

Juliette : En effet, on est en retard sur la façon dont les technologies sont adoptées en Chine. On a peut-être plus de freins à l’adoption de certains outils, de certaines techs. Ça met plus de temps à être admis. On parlait du paiement tout à l’heure : aujourd’hui, en France, on ne paye pas avec son téléphone. On reste encore dans une culture de carte bleue, de cash, mais le téléphone en est encore à ses balbutiements.

En Chine, la technologie s’est développée à la vitesse de l’éclair. Il y a trois ans, il ne se passait rien, et on retourne en Chine six mois après et tout le monde paye déjà avec son téléphone absolument partout.

Je pense qu’il y a deux aspects : d'une part les Chinois ont de l’argent pour investir et ils investissent vite dans leurs acteurs du digital. Donc ces acteurs qui ont pu grossir vite et se développer en conséquence. D'autre part on constate que les freins consommateur qu’on peut avoir en France, sont complètement levés côté chinois puisqu’ils sont dans cette logique d'habitude au changement. Ils sont habitués à adopter de nouvelles choses. Leur façon de vivre fait que la technologie est adoptée de façon beaucoup plus facile et en tout cas beaucoup plus rapide.

Modelab : En Chine, auparavant, il n’y avait pas de classe moyenne, on était soit riche, soit pauvre. Il y a quelques années, la Chine a connu l’émergence d’une classe moyenne.  On voit qu’il y a une vraie volonté du peuple chinois d’accéder à la consommation et d’accéder au bonheur par l’hyper-consommation. Comment cela est-il géré par l’État communiste ?

Juliette : Il y a des choses qui existent en Chine en terme de protection sociale, mais qui ne sont clairement pas celles que l’on peut connaître en France, on en est très loin. Ce que je trouve intéressant quand on regarde tout ce niveau sécuritaire en Chine, c’est le rôle que joue la famille, au niveau social et clanique. Les générations plus âgées investissent dans leurs enfants. Ça a longtemps été lié à la politique de l’enfant unique. On n’avait qu’un enfant, donc il fallait qu’il ait absolument tout pour être heureux, s’épanouir, etc. Même les familles de cette classe moyenne économisaient beaucoup pour le bien-être de leur enfant pour lui acheter un appartement et une voiture. C’était les deux choses à avoir en Chine. Ce sont des générations qui ont été protégées financièrement par leurs parents et qui encouragent cette surconsommation.

Par exemple, il y a quelques années, une jeune femme qui avait un premier job dans une entreprise, peu importe son salaire, son loyer ou son appartement étaient payés par ses parents. Elle pouvait dépenser tout l’argent qu’elle gagnait pour elle, pour s’acheter un sac de luxe, ou des habits pour sa consommation propre. Tous ses besoins primaires étaient pris en charge par les parents.

Après, si on réfléchit un petit peu en prospective, on peut imaginer que ça va être amené à changer. Ces générations sont des générations d’enfants uniques qui vieillissent, et qui sont soumises à une grande pression parce que leurs parents vieillissent et qu’ils sont tout seuls pour les prendre en charge. Là, en effet, il faudrait regarder d’un petit peu plus près les politiques qui sont mises en place au niveau étatique. En tout cas, cela représente une grosse source de pression pour ces jeunes, à la fois financière et en terme de présence physique. J’ai pu rencontrer des amis chinois qui ont entre 30 et 35 ans, qui vivent à l’étranger, qui développent leur vie à l’étranger, mais ils disent bien qu’il va quand même falloir qu’ils rentrent s’occuper de leurs parents dans quelque temps, et ils n’auront pas vraiment le choix puisque tout repose sur eux. Donc il y a quand même une forme de pression sociale.

La Chine, c’est une société du pragmatisme. [Dans le mariage, par exemple] c’est pourquoi l’argent rentre beaucoup en ligne de compte. Au Nouvel An, on vous remet votre petite enveloppe rouge avec du cash dedans, quand vous allez à un mariage c’est important de donner une certaine somme d’argent… L’argent fait partie de la société de façon plus développée. La relation à l’argent est totalement différente. Il y a quelque chose d’assez assumé, et une volonté de s’enrichir, et c’est d’ailleurs ce que disaient les politiques au moment de l’ouverture de la Chine : « Enrichissez-vous ! » Il n’y a pas de honte, pas de choses cachées par rapport à ça. Il faut gagner de l’argent, et du coup l’appartement et la voiture sont des éléments-clés. Beaucoup de parents, dans les mariages, s’assurent que le futur gendre pourra apporter ces biens-là.

Modelab : Durant les derniers Jeux Olympiques en Chine, le cabinet d'architecture Herzog & de Meuron ont expliqué qu'heureusement qu'ils étaient en Chine car sinon il n'aurait jamais pu finir à temps. Par rapport à la législation du travail, est-ce que les choses sont en train d'évoluer ? Lors du dernier Who's Next, durant notre table-ronde François-Ghislain, co-fondateur de Veja, a expliqué qu’on avait vu les entreprises changer, devenir plus propres, plus éthiques… Je suppose que tu as visité des sous-traitants chinois : est-ce que tu as observé un changement ou est-ce encore trop tôt pour le dire ?

Juliette : Concernant la première partie de ta question, [le travail 7 jours sur 7 dans des conditions inhumaines] c’est vrai, c’est toujours vrai. Les Chinois sont plus travailleurs que nous parce que ça va avec cette mentalité de pays en développement, en croissance, où les gens ont envie de gagner plus et sont prêts à travailler. Je pense que nous, quelque part, on revient un petit peu de ça en France. On a des Chinois qui sont venus au moment de la fashion week et qu’on a emmenés faire un petit retail tour. C’était un lundi, à 11 h 30 on voulait les emmener à Centre Commercial pour leur faire faire le tour des marques éco-conçues, etc. On arrive devant et le shop était fermé parce qu’il n’ouvrait qu’à 14 h parce qu’on est lundi. Le patron chinois m’a dit : « Ils sont lazy ! »

Forcément, on a cette image-là, parce qu’en Chine tout est ouvert tout le temps, donc ils travaillent tout le temps. Après, c’est quelque chose que je nuancerais pour les nouvelles générations, les millenials. Un petit peu comme chez nous, en France, même des gens qui ont des jobs où ils gagnent correctement leurs vies et  se demandent s’ils ont envie de passer leur vie à travailler pour être riches sans pouvoir en profiter. Et je pense que cette notion de profiter de l’instant, de profiter de vivre dans le moment présent et sans forcément être dans l’épargne de demain, les millenials chinois l’ont aussi. Ils sont beaucoup plus dépensiers dans l’instant, beaucoup moins économes que leurs parents, et avec un rapport au travail qui je pense est un petit peu altéré par rapport à ce qu’a pu connaître la génération précédente. Mais ils travailleront différemment et ils feront les choses différemment, je pense que ça va aussi avec toute cette époque-là. On parle de tech, il y a aussi beaucoup d’outils aujourd’hui qui font qu’on ne fait plus forcément les choses comme avant. En tout cas, il y a une vraie soif de prendre des vacances, de découvrir le monde, de passer du temps entre amis qui n’était pas dans la culture chinoise de l’ouverture.

Modelab : Dernière question, par curiosité : pourquoi une telle fascination pour la Chine ?

Juliette : J’ai une fascination pour l’international de base. J’aime voyager, j’aime découvrir de nouvelles cultures et c’est quelque chose que j’ai toujours fait depuis toute petite. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’emmenaient partout, et dès 16 ans j’ai enfilé mon sac à dos pour partir découvrir de nouveaux endroits.

La Chine, j’y suis rentrée par la langue, pour apprendre le chinois. J’ai découvert un univers complètement à part, ne serait-ce que par l’écriture. Mes premiers cours de chinois consistaient à apprendre à dire « Je m’appelle Juliette » et c’était déjà formidable !

J’ai trouvé ça absolument fascinant d’être dans un univers si éloigné de nous qu’il donne envie de le découvrir. Ce n’est pas facile de travailler en Chine, ni d’être en Chine, mais par rapport à cette culture, à la façon d’être et à cette dimension humaine qu’on peut retrouver en Chine, il y a quelque chose que je trouve sympathique et finalement assez proche de nous. La dimension famille, qui est très importante, le fait de bien manger, de bien vivre, de trinquer, de partager, les Chinois ont beaucoup d’humour, il y a beaucoup de blagues qui sont faites, ils ont envie de rire ! Ils s’intéressent beaucoup aussi à ce qu’il se passe en dehors de chez eux, il y a une grande curiosité dans cette population. Finalement, c’est un pays dans lequel on se sent bien. Enfin, en tout cas, moi, je m’y sens bien.

The Chinese Pulse, c’est un projet que j’ai monté avec Sophia qui a vécu près de neuf ans en Chine. Elle a plus travaillé dans l’univers de la comm et des relations presse avec des clients chinois, en immersion complète en Chine pendant toutes ces années. Elle aussi, elle a cette expérience du vécu et du partage.

Modelab : Est-ce que tu as quelque chose à rajouter ?

Juliette : On a plein de projets ! C’est encore un peu tôt pour pouvoir vous dire lesquels, mais ce sont des projets liés en partie à la dimension tech. Et puis venez nous voir si vous avez des questions sur la Chine ! Parce qu’on travaille pour des marques de mode, pour des marques de beauté, mais aussi pour du lifestyle, donc on est assez ouvertes, en tout cas à des univers créatifs. Et il faut changer la vision préconçue qu’on peut avoir de ce pays parce que plein de choses fascinantes s’y passent et que ça mérite de s’y intéresser. Et aussi parce que c’est un marché. Pour revenir à une réalité plus business, c’est clairement un marché incontournable aujourd’hui mais également pour demain et je pense que c’est difficile de se projeter dans un avenir sans la Chine et sans les Chinois en tant que marque française.


The Chinese Pulse : coeur de Chine (1/2)

Pendant le dernier salon Who's Next, j'ai animé la table-ronde "Les opportunités de développement commercial pour les marques européennes en Chine", d'ailleurs vous pouvez revoir la conférence ici.

Et à cette occasion, j'ai découvert The Chinese Pulse. Première agence de conseil spécialisée sur la Chine contemporaine.  Après cette table-ronde, j'ai tout simplement voulu continuer ma conversation avec Juliette Duveau, co-fondatrice. En effet, je me suis aperçu que la Chine avait un double visage, à la fois complexe et follement mode.

Attention, je crois que c'est la plus longue interview que j'ai jamais réalisé pour Modelab. Donc, j'ai décidé de la publier en deux partie. Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite !

Modelab : Est-ce que tu peux nous rappeler ton parcours ?

Juliette : Je suis passée par les Langues O’ (Institut National des Langues et des Civilisations Orientales, NDLT), en études de langue et de civilisation chinoise pendant trois ans. Après, j’ai fait une école de commerce qui m'a permis d’avoir une vision un petit peu plus business et surtout de savoir comment fonctionne une entreprise aujourd’hui, parce que c’est quand même utile, et ensuite un postgraduate management mode design et luxe à l’IFM.

Suite à ça, je suis passée par les bureaux de tendances : Martine Leherpeur Conseil, qui a une antenne en Chine pour laquelle j’ai travaillé quelques mois à Shanghai, et ensuite Nelly Rodi chez qui je suis restée à peu près cinq ans en tant que chef de projet pour piloter des missions de stratégie de marque, à la fois en France et au niveau international mais aussi beaucoup sur le marché chinois. Je conseillais les entreprises chinoises sur des sujets de branding, de positionnement stratégique, de création de marque.

Après avoir fait le tour de tout ça, j’avais envie d’autre chose. Je sentais qu’il fallait se positionner vraiment comme expert et qu’étant donné la vitesse à laquelle évolue le marché chinois, l’expertise se doit d’être encore plus poussée que ce qu’on pouvait proposer dans un bureau de tendances global. C’est ainsi qu’on a eu l’idée de créer The Chinese Pulse : pour pouvoir passer tout notre temps à regarder ce qui se passe en Chine et à prendre le pouls de la Chine contemporaine,  pouvoir suivre vraiment tout ce qu’il se passe, tout ce qui bouge, tout ce qui évolue.

Avec pour objectif  d'aider les entreprises et les marques avec lesquelles on travaille à mieux cerner ce marché et à mieux anticiper les évolutions pour pouvoir mieux vendre aux consommateurs chinois. 

The Chinese Pulse
Juliette Duveau et Sophia Dumenil, fondatrices de The Chinese Pulse

Modelab : Justement, cette Chine contemporaine, qu’est-ce que tu en penses ?

Juliette : C’est un marché qui est tout à fait fascinant ! C’est un pays qui a l’histoire moderne que l’on connaît : des années de communisme maoïste et de révolution culturelle où le pays était très fermé, avant la réouverture en 1979 avec Xiao Ping. La réouverture des frontières a été suivie par une grande envie de consommer de ces générations de Chinois qui commençaient à entrer dans le développement d’une classe moyenne.

Mais ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est la vitesse à laquelle les évolutions se passent dans ce pays. C’est toujours un peu difficile comme ça de s’en rendre compte. C’est un pays qui mérite d’être visité, où il faut aller voir et expérimenter. Je pense que les jeunes générations ont connu un pays en mouvement et en évolution et vivent avec ça. Ils sont plus aptes à adopter de nouvelles choses, à adopter de nouveaux usages, à adopter de nouveaux produits, peut-être même plus encore que ce qu’on ne l’est chez nous.

Dans la mode, ça se traduit par un marché qui était quand même assez en retard par rapport aux grandes tendances internationales il y a quelques années. Aujourd’hui, dans les grandes villes chinoises, vous avez beaucoup de style, beaucoup de looks avec un sens esthétique qui s’est vraiment affirmé, toujours une grande envie de tendances mais ils sont vraiment à la pointe de ce qu’on peut trouver en termes de mode. Pour les vêtements par exemple, Balenciaga est considéré par les Chinoises internationales et modeuses comme ce qui se fait de plus pointu aujourd’hui. Il y a donc vraiment eu un rattrapage des tendances.

En même temps, ces nouveaux consommateurs ont de nouvelles envies : ils sont moins dans la recherche de statut que n’ont pu l’être leurs aînés qui eux, découvraient la consommation et le marché du luxe. Tout le monde voulait le bon sac de la bonne marque ! Finalement, aujourd’hui, les nouvelles générations sont passées au-dessus de ces besoins-là. Ce qu’ils vont rechercher, c’est de plus en plus de style, de plus en plus de créativité, et finalement peu importe que ce soit porté par une marque de luxe ou par une marque créative. Ce qui est important, c’est vraiment la façon dont ça va pouvoir contribuer à leur silhouette, à leur look, à leur attitude et à leur personnalité.

Modelab : C’est comment, la fashion tech en Chine ? Est-ce que ça existe ?

Juliette : Avant de parler de fashion tech, je pense que c’est bien de parler un peu de tech. Les Chinois sont extrêmement connectés, encore plus connectés que nous, c’est pour ça que la dimension tech est vraiment primordiale quand on parle de la Chine aujourd’hui.

Bien sûr, cela se traduit dans le shopping. Il y a tout un tas de technologies qui sont portées par les géants du digital en Chine et qui s’appliquent évidemment au retail. On peut parler d’Alibaba avec TMall, de Taobao, et de tous les outils qu’ils développent. Ce sont des plateformes de vente en ligne, Taobao est en quelque sorte l’Amazon chinois. Mais en Chine, les consommateurs achètent énormément sur mobile : je crois qu’on n’est pas loin de 80 % des achats online faits par téléphone en Chine. Même sans aller en Chine, si on va aux Galeries Lafayette, on peut voir que les Chinois qui consomment ont tous le téléphone à la main : ils pratiquent ce qu’on appelle le live shopping, une tendance qui s’explique par plusieurs raisons.

Modelab : peux-tu juste nous rappeler ce qu’est le live shopping ?

Juliette : Il y a la dimension de l’outil tech, du live, de l’achat en live stream. Ça, ce n’est pas forcément dans un magasin : tu peux être chez toi, et tu as sur l’appli de Taobao un service de live streaming qui te permet d’assister en direct à une présentation de produit.

Modelab : C’est une sorte de télé-achat, en fait.

Juliette : (Rit.) C’est un peu ça, mais c’est un télé-achat participatif. On va pouvoir commenter, liker, on voit tout le feed de la discussion qui est alimenté par les consommateurs ou les personnes qui regardent. C’est quelque chose qui est dans l’instant, dans le partage et dans le communautaire, et qui fait des scores absolument énormes. Par exemple, lors d’une session de live shopping avec la superstar chinoise Angelababy, il s’est vendu 10 000 rouges à lèvres en deux heures !

Les Chinois ont une vraie facilité à utiliser les outils du e-commerce et à utiliser le mobile commerce. Cela fait partie intégrante de leurs habitudes d’achat. Là où nous avons parfois certains freins, notamment les générations les moins jeunes, eux n’en ont pas du tout.

L’autre partie du live shopping concerne plutôt les achats en magasin. Les consommateurs chinois sont très exigeants, ils regardent absolument tout sur le produit, ils veulent être sûrs de ce qu’ils veulent acheter. Du coup, ils vont comparer les prix pendant qu’ils se rendent en boutique, pour être sûrs qu’ils achètent au meilleur tarif.

Beaucoup de Chinois, quand ils voyagent, achètent aussi pour leur famille et leurs amis, surtout dans le shopping de luxe. Ils se connectent en live, dans le magasin, prennent des photos, les envoient, demandent s’il s’agit bien du bon produit, combien en acheter, dans quelle taille ou quelle dimension… C’est ce que j’appelle la deuxième expérience live : il y a vraiment quelque chose qui se passe dans le point de vente via le téléphone et via les outils tech, une connexion extrêmement intense des shoppers chinois.

La suite la semaine prochaine...

 


Gemma Blackwell : Aux frontières de la broderie

Lorsque l'on pense à la broderie, et que l'on est peu initié à ce monde discret et délicat, on imagine un travail fastidieux pour grand-mères patientes. Or aujourd'hui nombre de designers innovent dans ce domaine en mélangeant les techniques, les influences et les matières. Gemma Blackwell est de ceux-là. Forte d'une technique académique des plus précises, elle crée de nouveaux modèles avec une malice communicative et beaucoup d'amusement. Rencontre avec une créatrice qui n'a pas froid aux yeux et beaucoup d'idées dans ses carnets.

(Le version anglaise de cette interview est disponible en bas de page. / English version available at the bottom of the page.)

Modelab : Bonjour Gemma Blackwell ! Parle-nous de toi. Peux-tu te présenter et nous expliquer ton parcours ?

Gemma Blackwell : Je suis diplômée de l'Université de Huddersfied depuis 2016. À présent je développe mon côté business dans l'industrie de la mode que je souhaite combiner avec mon amour de la Broderie pour ouvrir un jour mon propre studio ! Je suis toujours absorbée par le travail, il y a toujours quelque chose qui m'inspire - cela peut être une texture inhabituelle ou une trace sur la route du bureau. Je garde toujours un carnet sur moi pour coucher mes idées sur le papier. J'ai récemment retrouvé ma machine à coudre, j'ai tellement hâte de transformer certaines de ces idées en broderies contemporaines!

En dehors du monde de la mode j'aime cuisiner, écouter de la bonne musique (récemment j'ai redécouvert de vieux morceaux des Artics Monkeys) et faire du yoga !

Peux-tu nous parler de tes travaux en cours, de tes projets ?

Je travaille à fond mes aptitudes commerciales car j'aimerai vraiment avoir mon propre studio ou ma propre marque de broderies dans le futur et je pense que c'est extrêmement important pour moi d'avoir une expérience commerciale combinée à ma pratique créative.

broderie embrodery textile
Gemma Blackwell -Oddity - photos de Liz Henson - direction artistique Gemma Blackwell

Comment t'est venue l'envie d'être designer textile ? Quel est ton parcours ?

Pour être honnête, je ne me souviens même pas d'avoir pris la décision d'être designer textile. J'ai toujours bricoler, aussi loin que je me souvienne. J'ai toujours été captivé par les petits détails du quotidien et cela joue un rôle très important dans mon travail - que cela soit par des formes inspirantes, des processus ou des matériaux. Prendre quelque chose d'ordinaire pour le transformer en quelque chose d'extraordinaire est au coeur de ma pratique.

Pour moi, le textile ne peut se départir d'une approche ludique des projets, c'est sans limite et c'est ce qui m'excite le plus dans le fait d'être designer textile !

Plus tard, je le répète, j'aimerais avoir mon propre studio de broderie contemporaine qui explorerait tout le potentiel de la technique, en travaillant en collaboration avec d'autres designers pour créer des pièces intéressantes aussi bien pour la mode, que pour l'ameublement ou des installations artistiques.

Qu'est-ce que créer des borderies innovantes représente pour toi ?

Pour créer ces broderies c'est quelque chose de naturel. C'est une technique très traditionnelle avec plein d'idées préconçues sur ce qui peut être fait ou non.

Mon approche créative juxtapose vraiment ces deux aspects, souvent je n'ai aucune idée de ce que sera le résultat final, le processus est expérimental et ludique. Ainsi je me sens totalement libre lorsque je crée. J'adore l'idée de bousculer les conventions et créer quelque chose d'inattendu, quelque chose qui fait que les gens s'arrêtent et se disent "comment cela a été fait ?", "de quoi est-ce fait?". Si quelqu'un regarde l'une de mes créations sans pouvoir reconnaître un matériau qu'il utilise chaque jour alors j'ai bien fait mon travail !! 

broderie embrodery textile
Gemma Blackwell - Oddity - photos Liz Henson - direction artistique Gemma Backwell

Quelle est ta technique favorite et pourquoi ?

Ma technique favorite est la broderie digitale ! La broderie digitale est de loin la plus commerciale des technique de broderie, (tout le monde a quelque chose dans sa garde-robe qui comporte un logo brodé ou un motif) et comme je l'ai dit plus tôt bousculer les idées préconçues c'est mon dada !

Pour moi, ce degré de familiarité rend toute la création de quelque chose d'inattendu extrêmement drôle. J'adore enfreindre les règles, prendre une technique indiscutablement commerciale et repousser les limites des matériaux et de la technique elle-même - c'est très enthousiasmant.

Quelle idée te fais-tu de l'innovation dans la mode?

L'innovation dans la mode consiste en créer quelque chose de beau en pleine conscience. Les pièces doivent être à la fois portables et désirables tout en étant durables. Les décorations sur mes pièces sont crées à partir qui sont souvent destinés à la décharge. Avec mon travail je donne une seconde vie en les détournant de leur fonction première, en faisant de ces objets quelque chose de désirable pour les gens, quelque chose qu'ils voudront garder. La slow fashion  est au coeur de mon travail et c'est un aspect de la mode durable que je trouve particulièrement innovant. 

Comment envisages-tu le futur de la mode?

Dans les années à venir j'aimerai voir la mode embrasser pleinement le concept de slow fashion. Burberry a été la première grande maison de mode à changer le traditionnel rythme des défilés en choisissant de ne lancer que deux collections par an indépendantes des saisons. Le concept de mode sans saison est TELLEMENT important lorsque l'on considère l'avantage que cela représente dans la réduction du gaspillage de cette industrie, et j'aimerais tellement que cette habitude gagne d'avantage de marques et cela irrigue tous mes projets créatifs.

Cela rendrait un certain contrôle aux consommateurs, ils pourraient porter ce qu'ils voudraient, quand ils le voudraient  - un vêtement qui permettrait de réduire drastiquement le nombre de vêtements jetés au rebut parce qu'ils sont perçus comme "de la saison dernière". Je pense aussi qu'être dominé par la tendance retire toute fraicheur au fait de s'habiller le matin. c'est beaucoup moins fun si l'on a à l'esprit que le "in"- une mode intemporelle, créative sans date d'expiration est le future de la mode, c'est ce que j'aimerais voir !

Pour en savoir plus sur la mode intemporelle et comment le système mode peut y répondre, je vous suggère de lire notre article sur le mouvement Anti-Fashion lancé par Li Edelkoort.

gemmablackwell.wixsite.com / @zealous_creative

broderie embroidery textile
Gemma Balckwell -Oddity - photos Liz Henson - direction artistique Gemma Blackwell

- Can you introduce yourself ?

Having graduated from the University of Huddersfield in 2016 I'm currently working on my business skills within the fashion industry, something which I aim to combine with my love for Embroidery by opening my own studio in the future! I always immerse myself in my work, there's always something which inspires me - perhaps a unusal texture or road marking on the way to the office. I keep a book with me all the time to jot ideas down, having recently been reunited with my sewing machine I can't wait to start transforming some of those ideas into contemporary embroidery pieces! Outside of the fashion world I love cooking, listening to good music (I've dipped back into some old Artic Monkeys over the last week!) and getting some restbite with a good yoga session!

- Could you tell us about your current work / projects ?

 I'm currently developing my business management skills, I'd love to have my own embroidery studio or brand in the future and I think it's extremely important that I have experience across the business side of things as well as the creative!

- How did you decide to become a textile designer ? What's your career path ?

Honestly, I don't ever remember deciding to become a textile designer. I have been making for as long as I can remember. I've always been captivated by everyday, overlooked aspects of life and this plays a huge role in my work - whether that be by inspiring shapes, processes or materials. Taking something ordinary and transforming it into something extraordinary is at the heart of my practice. For me, textiles goes hand in hand with my playful approach to projects, it is limitless and that's what excites me the most about being a textile designer! In the future I would love to have my own contemporary embroidery studio which explores the potential of the technique, working in collaboration with other designers to create some really exciting pieces across fashion, interiors and installations!

- What does creating innovative embroideries represent for you?

 For me, creating innovative embroideries is something which comes naturally. It's a technique which is full of tradition and quite often pre-conceptions of what can and can't be done. My approach to creating completely juxtaposes this, quite often I have no idea as to what the end result will be, the process is experimental and playful and this allows me to be totally free when creating pieces. I love the idea of challenging these pre-conceptions and creating something unexpected, something which makes people stop and wonder 'how was that done?', 'what is that made of?'. If someone looks at one of my pieces and can't recognise a material they interact with on a daily basis then I've done my job well!!

 
- What's your favorite technic and why?

My favourite technique has to be digital embroidery! Digital embroidery is by far the most commercial embroidery technique, (everybody has something in their wardrobes with an embroidered logo or motif on it) and as I mentioned earlier I'm a big lover of challenging pre-conceptions! For me, this level of familiarity makes the whole process of creating something unexpected so much more fun. I enjoy breaking the rules, taking a unquestionably commercial technique and pushing the boundaries of both technique and materials - that's very exciting!
 

- What's your idea of fashion innovation?

 Fashion innovation is about creating something beautiful with a conscience. Pieces must be wearable and desirable while being sustainable. The embellishments on my pieces are created from materials which are often destined for the landfill. Within my own practice I give these materials a second lease of lift by utilizing them in an unexpected way, transforming them into something which people want to own and engage with further. Slow-fashion is at the heart of my work and is an aspect of fashion sustainability which I find particularly innovative.

 

- How do you envision the future of Fashion in the next years ?

 In the next few years I would like to see the fashion industry embrace the concept of slow fashion. Burberry were the first big fashion house to change it's traditional fashion-show model, choosing instead to launch two seasonless collections per year. The concept of seasonless fashion is SO important with regards to reducing waste within the industry and is something which I would love to see more brands embrace and it is certainly at the heart of all of my creatve projects! It gives control back to the consumer, they can wear what they want when they want - a model which would reduce the amount of perfectly good garments being sent to landfill because they're 'last season'. I also think being 'trend driven' can tend to take the fun out of getting dressed in the morning! Never mind what's 'in' - timeless, creative fashion without an expiry date is the future of fashion that I would like to see!


Lina Wassong : une artiste fashiontech plurielle

De Los Angeles à Hambourg, en passant par San Fransisco et aujourd’hui Berlin, Lina Wassong est une artiste FashionTech plurielle, curieuse et généreuse. Pour Lina, « La technologie peut être esthétique et la mode est une merveilleuse interface pour refléter cette beauté. » Convaincue de l’immense potentiel de la fabrication numérique, elle enseigne et rédige des livres sur l’électronique pour démocratiser sa passion. Mais plus que tout, elle souhaite introduire l’émotion dans la technologie, ce qu’elle fait en puisant son inspiration dans la nature et les sciences du vivant. J’ai échangé avec Lina pour en apprendre plus sur elle et ses designs interactifs.

M : Bonjour Lina Wassong ! Parle-nous de toi. Peux-tu nous décrire ton parcours et ton lien avec le milieu de la mode ?

Oui, bien sûr ! J’ai commencé par prendre des cours de design alors que je vivais à Los Angeles en Californie. J’ai ensuite déménagé en Allemagne à Hambourg où j’ai étudié l’ingénierie textile qui recouvre tous les aspects techniques de la confection vestimentaire.

Après avoir vécu à San Francisco pendant un moment, je me suis prise de passion pour l’électronique et le code. L’aspect créatif de la technologie m’a vraiment fascinée, et de fil en aiguille, j’ai fini par confectionner des pièces interactives. Ces trois dernières années furent très riches pour moi : j’ai rédigé trois livres sur l’électronique et la programmation, animé de nombreux ateliers technologiques et tout appris en matière de découpe laser et d’impression 3D. Aujourd’hui j’ai la chance de partager un cabinet de design avec Anja Dragan au cœur de Berlin. Je donne également des conférences sur le design d’interface à l’Université des sciences appliquées de Potsdam...

… Une vraie globetrotter ! Comment ton expérience de vie à San Francisco influence-t-elle ton travail actuel ?

Lina Wassong : J’imagine que sans avoir vécu à San Fransisco, je n’aurais jamais programmé mon premier microcontrôleur. Mon travail aurait été très différent de ce que je crée et enseigne aujourd’hui.

Fashion tech dress lina wassong
Parallax Dress - Lina Wassong

M : Pourquoi es-tu venue t’installer à Berlin ? Qu’est-ce qui te plaît dans cette ville ? Un côté arty qui te manquait dans l’environnement trop tech de San Fransisco ?

Lina Wassong : J’ai toujours su que je finirai par habiter à Berlin à un certain stade de ma vie et venir ici au début de ma carrière fut la bonne décision. J’ai beaucoup apprécié vivre à San Francisco qui est une ville très sympa aussi, mais pour expérimenter sur le plan artistique, c’est moins libre qu’à Berlin. Il faut avoir un job en béton pour survivre dans cet environnement tech très compétitif. Mais qui sait, peut-être que j’y reviendrai un jour. Il ne faut jamais dire jamais.

M : Et à Berlin, quels lieux aimes-tu fréquenter ?

Lina Wassong : Vers chez moi il y a cette vieille friche industrielle qui a été réaménagée en brasserie en plein air (beer garden). En été vous me trouverez toujours là-bas, une pizza à la main (elles sont à tomber). Et bien sûr il y a plein de bars et de clubs sympas le long de la Spree, la rivière qui traverse Berlin.

M : Quelle est la spécificité de la scène locale FashionTech berlinoise ?

Lina Wassong : Haha, pour commencer, elle a déjà le don d’exister ! La plupart des grandes villes restent braquées sur la mode traditionnelle. Berlin n’a pas d’histoire de la mode, ce qui laisse bien plus de liberté en matière d’expérimentation.

M : Parlons un peu de tes créations maintenant. Que trouves-tu d’esthétique dans la technologie ?

Lina Wassong : Lorsqu’elle est réalisée correctement et de façon propre, la technologie peut vraiment être magnifique. Bien sûr, il est essentiel de cacher tout ce qui effraie, ou qui disons, met les gens mal à l’aise, comme les câbles, les joints de soudure, les circuits imprimés… Aujourd’hui, grâce à la fabrication numérique, la découpe laser et l’impression 3D permettent de créer des formes très complexes. Des formes nouvelles qu’il aurait été impossible de réaliser avant l’apparition de ces outils numériques. La technologie permet aussi de concevoir des pièces interactives qui évoluent en s’adaptant à leur environnement. La technologie nous permet de communiquer avec des objets analogiques.

M : Justement, quelle fonction à l’interactivité de tes vêtements ?

Lina Wassong : Pour apporter de l’interactivité à mes créations, je m’appuie sur les senseurs environnementaux, la robotique, et bien plus encore. Ce que j’apprécie vraiment, c’est quand une pièce reflète les changements de son environnement à travers la lumière ou le mouvement. A travers chaque création, j’en apprends plus sur la technologie et en particulier les senseurs. Ces petits composants qui arrivent à détecter les changements sont vraiment fascinants.

fashion tech - dress - innovation
Symbiosis Dress - Lina Wassong

M : Mais alors Lina, dans tes créations, c’est la fonction technologique ou esthétique du vêtement qui prédomine ?

Lina Wassong : La fonction esthétique est plus importante, tout simplement car elle est plus visible. J’adore travailler sur l’aspect tech d’un nouveau design, mais si je n’arrive pas à le transférer correctement dans le vêtement, il est vite perdu ou devient moins intéressant. À notre époque digitale nous sommes vraiment gâtés en ce qui concerne la technologie, mais la plupart des gens ne savent même pas comment connecter une simple LED à une batterie...

M : L’intelligence artificielle et le machine learning (capacité d’apprentissage des machines) sont des sujets très actuels en ce moment. Comment as-tu abordé ces thématiques dans ton dernier projet, la parallax dress ?

Lina Wassong : La robe parallaxe s’inspire de l’évolution de l’intelligence. Il y a tellement de degrés d’intelligence différents et l’intelligence artificielle en est une. Ce qui est sûr, c’est qu’en matière de résolution de problèmes, l’intelligence artificielle va gagner en importance dans les années à venir.
Avec la robe parallaxe, j’ai fusionné la technologie moderne avec le comportement intelligent d’un octopus. Le centre de contrôle d’une pieuvre est réparti sur tout son corps, ce qui lui permet de déplacer ses tentacules de façon indépendante. Cette originalité le rend particulièrement apte à résoudre des problèmes complexes. La robe parallaxe intègre un senseur qui détecte les mouvements et envoie des signaux au microcontrôleur. Ensuite, les bras imprimés en 3D et découpés au laser se mettent à bouger indépendamment, en fonction des mouvements de son environnement – tout comme une pieuvre.

... Au final nous n’avons donc rien inventé, tout le mérite revient à l’octopus !

M : Tes créations font beaucoup référence à des organismes biologiques, comme la jellyfish skirt (jupe méduse). Les scientifiques observent la nature pour trouver des solutions techniques aux problèmes humains. Penses-tu que l’on pourrait aussi s’inspirer du biologique en terme de design ? Une sorte de « biomimétisme esthétique » ?

Lina Wassong : Oui, absolument. Ça fait des millions d’années que la nature trouve des solutions à des problèmes très complexes. La nature peut être une très bonne source d’inspiration, surtout en matière d’aviation ou d’architecture, mais aussi en terme de technologie et de design.

Pour la plupart des gens, la technologie est plutôt synonyme de froideur, l'artificialité et d’apathie. Pour changer cela, il est bon de s’inspirer de la nature, car c’est quelque chose à quoi nous pouvons tous nous identifier.

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Lina Wassong en plein ajustement de la robe Symbiosis

M : Comment imagines-tu ton futur et celui de la FashionTech dans les 10, 20, prochaines années à venir ?

Lina Wassong : Comme je l’ai dit plus tôt, la fabrication numérique nous donne la chance de créer des designs très complexes. Lorsque ces technologies seront plus connues et accessibles pour tous, on pourra s’attendre à un changement d’envergure dans toute l’industrie créative.

Pour ma part, j’adore enseigner, surtout quand il s’agit de technologie et de créativité. Donc je vais certainement me concentrer là-dessus. Et bien sûr, je suis toujours très excitée à l’idée de découvrir de nouvelles technologies intéressantes pour mes créations.

Merci Lina !

Vous pouvez retrouver le shooting que nous avons réalisé des créations de Lina Wassong dans le dernier numéro de Modelab spécial Berlin.


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Merito, nouveau visage du recrutement d'extras dans le retail

Loin d’être limitée à la création de nouveaux produits, l’innovation dans la mode touche tous les domaines : le retail et le recrutement s’enrichissent eux aussi de méthodes novatrices. C’est en tout cas l’idée qu’ont eu Marion, Pierre et Édouard, co-fondateurs de la start-up Merito, une agence spécialisée dans le placement de vendeurs en CDD qui vient d’intégrer la nouvelle promotion de l’incubateur des Galeries Lafayette. Marion revient pour nous sur le concept de cette entreprise prometteuse.

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Merito, la start-up qui coupe l’herbe sous le pied aux préjugés

D’abord consultante en transformation digitale des entreprises, Marion a occupé pendant un an un poste en management chez Leroy-Merlin. Elle y travaillait avec de nombreux intérimaires, et c’est ainsi que lui est venue l’idée de Merito : une agence qui se spécialiserait dans le placement d'équipes de force de vente en se basant sur les avis de leurs managers. Plus de discrimination à l’embauche, moins de risques de se tromper dans son recrutement : pour les entreprises et les candidats, c’est une solution gagnant-gagnant.
« L’idée, c’est de se dire que l’on ne présente que des candidats qui sont recommandés par des managers, » explique-t-elle. « Chez Merito, on ne croit pas aux tests de personnalité. Ce sont les managers sur le terrain qui recommandent les meilleurs éléments. » L'automatisation du processus de recrutement et l’utilisation de l’outil numérique remettent donc l’humain au cœur de la démarche.
« Le manager est capable de distinguer quelle personne est faite pour quel poste, » argumente Marion. « L’idée est donc d’avoir une communauté physique qui recommande les meilleurs éléments. » Les managers sur le terrain sont effectivement les plus à mêmes de juger si un candidat correspond effectivement au profil d’un poste ou non !
Pourquoi perdraient-ils leur temps, cependant, à recommander des candidats à leurs concurrents ? Facile : les managers qui prennent le temps d’effectuer des recommandations sont récompensés par des recrutements gratuits. Simple et efficace.

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Des missions sur mesure adaptées aux profils des candidats

Et côté candidat, comment ça se passe ? « On se positionne sur des startings instantanés. Au fil des missions, le candidat aura ensuite le luxe de choisir comment il veut travailler. C’est avantageux pour tout le monde : en magasin, on a des équipes fraîches et toujours motivées et le candidat se sent mieux dans un environnement qui lui est adapté. »
La digitalisation de tous les processus d’entretien permet par ailleurs d’approfondir la relation avec les candidats tout en optimisant le temps. « Cela nous permet de bien creuser les profils, » appuie Marion. « On arrive à savoir mieux que le candidat quel magasin est fait pour lui. On tutoie nos candidats, on est très honnête avec eux. »
Et le concept séduit, puisque Merito a déjà réussi à attirer l’attention de trois incubateurs : après un passage par celui de l’IESEG, l’école de commerce de son associé Pierre, et une accélération avec Unibail Rodamco, Merito intègre maintenant celui des Galeries Lafayette, axé sur la fashion tech. Une jeune pousse à suivre !


La protection pensée par la FashionTech

Imprégnés de technologies, nos environnements sont constamment modifiés. Le développement technique comporte de nombreux bienfaits (on ne vous dira pas le contraire chez Modelab), mais évidemment leurs effets ne sont pas tout roses. Certains entrepreneurs en FashionTech se positionnent sur de nouveaux marchés, pour permettre à leurs contemporains (c'est-à-dire nous) de profiter des avancées actuelles, et de réduire leurs aspects négatifs.

Nous vous en présentons 3 français qui travaillent sur la protection aujourd'hui : les foulards de la marque Wair qui ont pour projet de protéger de la pollution de l'air, les costumes Dupuy de Lôme qui évitent le piratage de données, et les boxers Spartan, écrin de protection pour les "bijoux de familles".

Wair, foulard anti-pollution connecté

On a peut-être inventé Internet et toute une flopée de mondes virtuels merveilleux, mais on a pas encore trouvé le moyen de sauver notre bonne vieille terre.
En attendant, Caroline Van Renterghem (ambassadrice et membre active de la fédération FashionTech évoquée aussi ici) se lance dans entrepreneuriat avec comme projet Wair, un foulard équipé d'un petit boitier qui filtre l'air pollué et diffuse un air sain au besoin. Équipé de capteurs, il envoie également des informations à l'application "be awair" qui recoupe celles de tous les foulards en circulation et les informations publiques de la qualité de l'air. Celles-ci sont retranscrites sur une carte collaborative accessible à tous les utilisateurs de l'application, qui sera gratuite.
Un crowdfunding est prévu en Septembre 2016. En attendant retrouver le projet sur Facebook.

Dupuy de Lôme

Dupuy de Lôme, costume de l'homme 3.0

Qui dit danger lié aux nouvelles technologies dit rapidement espionnage ! Piratage ! Violation de la vie privée !
Bon, ces histoires de cookies donnent faim mais aussi la drôle d'impression  d'être constamment sous surveillance. Pour se débarrasser de ce sentiment désagréable,  on vous a déjà parlé par exemple de veste anti-papazzi...
Aujourd'hui c'est une autre innovation qui nous intéresse, le costume Ecran Total de la nouvelle marque pour homme Dupuy de Lôme. Celui-ci permet de protéger ses smartphones et ses cartes de crédits des vols de données réalisés par exemple avec la Near Field Communication. En effet, sans contact des informations comme le numéro de CB et sa date d'expiration sont récupérables. Chez Dupuy de Lôme, " les poches du costume sont conçues pour opérer telle une cage de Faraday et générer une protection bloquant les ondes".

Spartan

Spartan, boxer qui protège des ondes

Pour Spartan il est important de pouvoir continuer à utiliser les technologies actuelles, sans que cela ait un impact négatif sur la santé.  Spartan propose des boxers au design étudié, protégeant des ondes (wifi et celles des téléphones portables). Ils sont fabriqués avec des fibres d'argent pur intégrées dans le tissage de coton, afin de créer une protection électromagnétique. Les fibres d'argents ont aussi un effet anti-bactérien. La marque a lancé sa campagne de crowdfunding le Lundi 9 Novembre !