Hier se déroulait au siège du Parti communiste français, place du Colonel-Fabien (magnifique bâtiment d’Oscar Niemeyer) le défilé de la marque Koché. Fondée en 2015 par Christelle Kocher, ce label n’a eu de cesse de nous surprendre et de brouiller les pistes. Que l’on ne se méprenne pas, l’identité de Koché est claire, affirmée et reconnaissable. Sa manière de brouiller les pistes se niche dans ses inspirations, le choix de ses matières et la mise en scène de son univers.

 

défilé Koché

 

Koché reste dans les esprits comme une marque qui, en matière de défilés, n’a pas froid aux yeux et n’hésite pas à sortir des sentiers battus. On se souvient du passage du Prado, de la Canopée des Halles, de cette ambiance brute, de cette énergie street et décomplexée. Si le choix de l’espace Niemeyer peut surprendre par son côté statutaire, il n’a rien enlevé à l’énergie du défilé. Peut-être en recherche “d’un certain âge adulte” décrit par les médias, Christelle Kocher ne renie rien de son ADN et l’ancien siège du Parti communiste français s’est fait pour quelques minutes l’écrin d’un joyeux festival de couleurs et de matières. Véritable leçon de savoir-faire, le défilé Koché rappelle que l’on peut être novateur et avant-gardiste tout en sachant d’où l’on vient.

Également directrice artistique de la maison Lemarié, Christelle Kocher montre avec maestria sa connaissance et son amour des techniques, des belles matières et de détails de précisions. Ici il n’y a pas de citations, que des absorptions. Les matériaux s’entrechoquent, attrapent la lumière, rien ne s’accorde vraiment et pourtant tout est cohérent. Si l’on reconnait de la wax, celle-ci est interprétée, rebrodée, magnifiée. Les tuniques tatouage portées comme des secondes peau (comme un hommage à Margiela) font l’objet d’une recherche minutieuse de motifs propres à la marques. La dentelle se mêlent aux tissus techniques, le jersey aux broderies, les bijoux bling à la pureté des lignes d’une combinaison seconde peau.

 

défilé Kochédéfilé Koché

 

Chez Koché, être “inclusif” n’est pas un vain mot. Véritable serpent de mer depuis plusieurs saisons, chaque maison semble se targuer de faire défiler qui des mannequins de noir(e)s, qui des corps tatoués, qui des beauté “atypiques”, qui des “gens de la rue”… à l’espace Niemeyer 62 mannequins nous ont offert une vision de ce que “diversité” signifie. Avec simplicité et évidence, la multiplicité des corps  et des cultures n’est jamais venue éclipser le travail du vêtement. Lorsque l’une des mannequins arrive coiffée d’un hijab, ce que l’on remarque avant tout c’est la richesse des broderies qui l’ornent, l’accord parfait avec le top près du corps et brodé avec la même élégance. Le signe est religieux mais est présent avant tout parce qu’il fait partie de la vie en dehors du catwalk, de la rue, non pour satisfaire la tendance ou aller chercher de nouveaux marchés juteux. Le manteau fait de centaines de petits drapeaux assemblés n’est pas là pour duper le spectateur. Koché englobe autant de références et d’influences que possible mais rien ne vient vernir la surface d’un montage marketing. Souvent on distingue tendance, expression et savoir-faire Koché ne choisit pas et coche toute les cases qui font les facettes de cette marque à part. Sans fard, il est possible de dire “Koché c’est l’instantané d’un monde et d’une génération”. Pour une fois, on y croit.

Faire de la mode, c’est regarder une histoire et une société en face. C’est absorbé un héritage et le digérer pour proposer quelque de nouveau. Pour faire avancer les formes et les techniques. Tout en sublimant cela, Koché semble avoir compris l’alchimie subtile qui préserve du mauvais-goût et du buzz scandaleux tout en bouleversant le quotidien et l’attendu. Que l’on aime ou que l’on déteste, il n’y a pas de tiédeur dans ce travail. Il est le fruit d’une véritable observatrice de son temps.

 

 

défilé Koché

 

crédits photo : Tagwalk et Felipe Barbosa pour Le Monde

Merci à Patricia Lerat pour son invitation !