C’est très certainement la Fashion Week la plus politique de New York à ce jour. Les déclarations ne se limitent plus à un principe général ou à un appel aux armes, mais s’étendent à des campagnes bien spécifiques. La collection de Jeremy Scott comportait un tee-shirt portant la mention «Tell your senator no on Kavanaugh », en référence à sa nomination par Donald Trump pour remplacer Anthony Kennedy à la cours suprême des Etats-unis. Cette nomination doit encore être confirmé par le Sénat. Le designer Christian Siriano profite de la semaine de la mode pour faire la promotion de l’actrice de la série Sex and the city, Cynthia Nixon d’extrême gauche. Cette dernière n’est pas parvenue à  détrôner le ténor le démocrate Andrew Cuomo, lors de la primaire démocrate qui a eu lieu jeudi dernier. La créatrice Maria Cornejo quant à elle, s’est exprimée sur l’importance du vote et combien il est primordial de faire fonctionner la démocratie et par conséquent la liberté de chaque américains. Elle s’est tout particulièrement adressée aux femmes en leur demandant de « se faire entendre ». Serait-ce le signe d’une vraie crispation de la société américaine qui, débordant des seuls médias et talk show politiques aurait transformé le catwalk en véritable concours de plaidoiries cette année ?

A New-York, la politique et la mode n’ont cependant pas attendues 2018 pour se réunir. Bien avant cela, en 1984, Katharine Hamnett portait un t-shirt sur lequel était inscrit « 58% ne veulent pas de Pershing » et cela a scandalisé la sphère de la mode, à l’exception de ceux qui ne savaient pas ce que Pershing voulait dire. Mais ces dernières années les slogans sont plus poignants, moins anodins et désincarnés. Déjà en 2017, le t-shirt «People are People» signé Christiano Siriano, en référence à la politologue Hannah Arendt et son travail sur la théorie politique, n’est pas passé inaperçu. Les casquettes «Make America New York» de la maison Public School, détournant le fameux slogan de campagne de Donald Trump, est probablement le symbole le plus fort, faisant références aux valeurs libérales.

Fashion week

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Le défilé le plus remarquable de cette semaine de la mode de New York, en vu de la situation actuelle aux États-Unis pour la communauté noire, est sans conteste celui de Jean Raymond, présenté au Centre culturel de la ville de Weeksville. Le lieu est aussi percutant que pertinent, puisqu’il est le premier quartier ayant vu naître une communauté noire libre, après l’abolition de l’esclavage aux États-Unis. Le lieu a ainsi servi de toile de fond à une collection qui a célébré pleinement la culture noire tout en envoyant un message puissant non seulement à l’industrie de la mode mais au monde entier. Les slogans « See us now », « Stop calling 911 on the culture » témoignent de l’ambiance délétère actuelle du pays de la Liberté, en référence aux nombreuses bavures policières et contrôles au faciès.

Jean-Raymond emporte son message bien au-delà des t-shirts à slogan. Il collabore avec l’artiste Derrick Adams pour la création d’une dizaine de robes et tuniques peintes à la main et ornée de cristaux Swarovski, mettant en scène le quotidien de la communauté noire au États-Unis. En cette période de lutte contre les inégalités raciales, il est heureux de voir défilé les pièces de ce jeune créateur qui se consacre à travers son travail à la diffusion d’un message puissant. Et ce genre d’initiatives, la mode en a bien besoin. Espérons que cette tendance persiste après les fashion week et ne se cantonne pas au catwalk. Puisse les fashionistas garder leur nouvelles bonnes résolutions à l’avenir.

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Pour compléter sa collection, Pyer moss collabore également avec FUBU, l’une des marque pionnière de la tendance streetwear des années 90, fondée par Daymond Johns.

” It is time to deal with this present-day moment of people calling the cops on black men having a barbecue. Tthis is what black American leisure looks like” _ Jean Raymond

A New York, il semblerait que la plupart des marques aient désormais intégré le besoin de plus de diversité sur les podiums, avec des mannequins de toutes origines ethniques et une banalisation croissante des mannequins grande taille ou transgenres. La palme de la diversité est sans doute revenue cette semaine au défilé lingerie de Rihanna pour Savage X fenty. Après s’être attaqué au monde non moins conservateur de la cosmétique, avec une ligne pour toutes les carnations, Rihanna investie le monde de la lingerie avec la même irrévérence. Dans un défilé plus proche de la performance artistique que de la grande messe Victoria Secret,  Savage X Fenty s’adresse à toutes les femmes quelque soit leurs corpulences, leur sexualité, leur genre et leurs origines ethniques. Ne manquait que le corps vieux. Peut-être avons nous là, la prise de position la plus sincère, tant les modèles proposés offrent une large variété de forme, de matière, une véritable réflexion sur comment sublimer le corps avec des dessous. Venant d’une star de la pop hautement sexualisée, on salue son positionnement audacieux et sa prise de risque en terme d’image, véritable manifeste sans fard ni faux semblant.

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La marque Chromat de la créatrice Becca McCharen n’est pas en reste. Ericka Hart, survivante du cancer du sein, Mama Cax défilant avec une prothèse de jambe, au milieu de dizaine de mannequins noires et métisses aux corps sortant des sentiers battus du mannequinat. On a même remarqué une femme portant un hijab. Un beau melting pot qui démontre au mieux de profond changements dans les castings, au pire un opportunisme assez dérangeant. Si on ne peut nier que la mode doit impérativement se faire le miroir de la société et pour cela inclure toutes les diversités, n’y aurait-il pas un certain malaise à voir une femme tout juste remise d’une double mastectomie exhiber ses cicatrices ? Entendons-nous bien, oui ces femmes doivent être visibles. Oui les corps doivent être acceptés dans toutes leurs différences. Cependant doit-on mettre cela en scène à tout prix ? Où est la spontanéité ?

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Si l’on ne devait retenir qu’une chose de cette Fashion Week new-yorkaise, c’est bien cette prise de conscience et cette volonté de sens qui, à tord ou à raison, jusqu’alors semblait absente. Le geste avant le profit peut-être est-ce le nouveau leitmotiv de la création new-yorkaise. Moins consensuelle qu’hier, New York impose une vision de la mode plus militante que commerçante, plus audacieuse que conforme aux attentes d’un marché frileux. A l’image du duo de créateurs de la marque Eckhaus Latta, qui fait valoir le droit à l’expérimentation au détriment du commercial et à lui seul semble dire : « Aujourd’hui New York est au sommet d’un renouveau créatif ».

Article rédigé à quatre mains avec Julie Pont.

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