La startup Louis-Antoinette a décidé de remettre au goût du jour la couture homemade. Avec un cocktail détonant, ils utilisent le digital pour mettre en lien leur communauté de couturières.

J’avais suivi le début de leur aventure quand ils étaient incubés chez Lookforward et maintenant, je croise l’équipe de manière quasi-quotidienne à Station F.

Ainsi, j’ai voulu effectuer un point d’étape afin de savoir où ils en étaient. Et, voici mon échange avec Romain le co-fondateur.

ML : Bonjour, pourrais-tu te présenter ?

Romain : Je m’appelle Romain Blanco et je suis le co-fondateur de Louis Antoinette Paris et de Capsul Studio.

Le Trio : Romain est à gauche.

ML : Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur toi et notamment ton parcours ?

Romain : j’ai des parents entrepreneurs  donc j’ai toujours voulu créer ma boîte. Sauf que quand je suis sorti de l’école de commerce, je suis rentré dans un groupe américain dans les produits de grande consommation. Où j’ai pu étudier les méthodes de marketing et de commerce. J’ai passé huit ans dans ce groupe à différents postes, notamment sur les études marketing, promotion… Aussi bien au siège européen et dans les filiales également.

Puis, j’ai été commercial et me suis occupé de la commercialisation de tous les produits du groupe auprès d’Amazon en Europe. C’était un peu une université pour moi, une grande école du business.

ML : Comment on passe d’un grand groupe à une startup dans le couture, que s’est-il passé ?

Première chose, c’est ma volonté de créer une boîte. Pendant que je travaillais pour ce grand groupe j’ai toujours été en veille. J’ai toujours su ce que je voulais faire ou ne pas faire. Pendant que j’étais salarié, j’ai testé la création d’entreprises avec des potes, pas forcément concluant en termes de résultats amis mais enthousiasmant.

Puis à un moment donné, il y a eu une concordance des choses qui font que j’ai été au bon endroit au bon moment. C’est l’instant où tout bascule. Pour moi c’est lié à la rencontre avec mon premier associé : Julien qui est modéliste. Il créait des robes de marié sur-mesure dans son salon. Et, je trouvais cela génial, notamment l’émotion que cela pouvait susciter chez les femmes de voir un modèle à plat se transformer en robe suite à la manipulation d’un expert. Je me suis dit que c’était dommage que cette émotion soit réservée uniquement au mariage ou à des femmes dans un salon avec un pouvoir d’achat plutôt élevé. J’avais envie de pouvoir le démocratiser et l’ouvrir au plus grand nombre.

Cela a été la première démarche, la réflexion sur comment on fait pour pouvoir ouvrir la couture sur mesure à plus de gens.

Louis Antoinette
Tencel Uni

ML : À ce moment-là vous avez créé Louis Antoinette et qu’est-ce que c’est ?

On créé des collections de vêtements à faire soi-même proposées en patron de couture ou en kit de couture. Concrètement on lance deux collections par an au rythme du prêt-à-porter, une collection été et une collection hiver, avec un certain nombre de patrons principalement pour la femme entre 20 et 40 ans.

Aujourd’hui, nous avons un renouveau de la couture auprès des jeunes. Cela suscite un certain intérêt.

Et, on le propose sous deux formes. Soit, les gens choisissent le patron ; soit sous la forme de kit avec un tissu pré-sélectionné qui répond  à l’exigence du modèle.

ML : Chez Louis Antoinette, vous avez développé une communauté, comment cela s’est passé ?

Romain : nous avons une communauté exceptionnelle. On est sur un petit milieu. Les gens qui font de la couture ont du mal à trouver des gens proche d’eux qui font également de la couture. Cette communauté s’est retrouvée sur les réseaux sociaux. Ils se sont rendus compte qu’ils n’étaient pas seuls à faire de la couture. Et, par ailleurs ils ont réussi à trouver des réponses à des problématiques liées à cette pratique.

On a commencé en identifiant un certain nombre de blogueuses, instagrameuses, pas mal suivi entre 5 000 et 10 000 followers, à l’époque. Et, on les a sollicitées en leur proposant nos produits gratuitement. Ce qui était assez nouveau à ce moment-là. Ensuite, j’ai trouvé une troisième associée Floriane, experte des réseaux sociaux et de la communication digitale. Justement car je savais que ce secteur était extrêmement communautaire. Bref, j’avais besoin d’une personne qui connaisse mieux que moi ce domaine là.

Louis Antoinette
Robe Belleville

ML : Tu as évoqué ton inclination pour l’entrepreneuriat, depuis que tu as créé Louis Antoinette qu’est-ce qui s’est passé ; qu’est-ce que tu as vécu ?

Romain : On a fêté nos trois ans la semaine dernière. On a tout traversé. D’abord c’est des rencontres incroyables avec mes deux associés. Travailler avec Floriane par exemple est quelque chose d’unique. Ce n’est pas une collègue, ni une amie au sens classique du terme… Mais un peu des deux. C’est une personne avec qui tu passes plus de temps qu’avec ton propre conjoint. Pour moi c’est une grande source de stress et de réconfort en même temps. Cela a été la première étape.

La deuxième a été quand nous avons commencé à plaire et à être sollicité par des magasins qui voulaient vendre notre produit. Quand tu penses à quelque chose de complètement virtuel dans ta tête et que tu le mets en musique que cela se transforme en vente, c’est une sensation incroyable. Qu’il y ait des gens qui soient contents et qui en parlent sans toi ; là cela devient la plus belle des récompenses : celle de notre communauté. Aujourd’hui, nous avons plus de 20 000 followers sur Instagram. Avec cette indicateur, je me rends compte qu’on a créé quelque chose de vraiment cool.

Après, il y a toutes les problématiques de l’entrepreneuriat, financement, recrutement. Maintenant, nous sommes au meilleur moment en France pour entreprendre. Je suis très content d’entreprendre dans une époque où les entrepreneurs sont plutôt encouragés et poussés pour faire cela. Il y a 10 ou 15 ans, ce n’était pas du tout la même histoire.

ML : Aujourd’hui c’est quoi Louis Antoinette ?

Romain : c’est une bonne question. C’est une solution qui répond à un enjeu sociétal important qui est celui de pouvoir mettre en valeur le corps des femmes  sans qu’elles aient besoin de s’adapter à un vêtement. Dans le prêt-à-porter, on a une problématique : c’est la femme qui s’adapte au vêtement. Alors qu’il y a une trentaine d’années c’était l’inverse. Or, leur proposant de réaliser leur propre vêtement, choisir leur propre tissu et de l’adapter à leur corps on se rend compte, à travers notre communauté, que les femmes s’épanouissent énormément au travers de la couture. Les posts sur les réseaux sociaux en sont un bel exemple. Ce qui au travers de la couture se révèle, c’est  leur propre identité et leur créativité. Pour moi c’est un moyen d’expression.

Louis Antoinette
Tencel rayé grains

ML : Peut-être une dernière question, tu as été incubé chez Lookforward. Tu connais plutôt bien l’entrepreneuriat. Tu as vu une évolution de la tech et de la mode. Aujourd’hui quelle est ta vision de l’écosystème fashiontech en France et notamment à Paris ?

Romain : j’ai une vision qui est personnelle et liée à ma seconde activité avec Capsul Studio. On propose faire réaliser un vêtement sur-mesure à toutes les personnes qui ne savent pas coudre en les mettant en relation avec une couturière.

Donc, pour donner une vision plus généraliste : la mode telle qu’on la connaît est arrivée à une fin, sans paraphraser Li Edelkoort. Quand on s’est lancé, elle venait juste de publier son manifeste : Anti-Fashion. Et, cela entrait tout à fait en  résonance avec ce que nous réalisions. Puisqu’elle parle du retour au patron de couture, du retour à la création. Et, je pense qu’effectivement en ayant discuté avec un certain nombre d’acteurs du marché qu’il y a une accélération des cycles de production et également de la manière dont les gens ont envie de consommer qui fait qu’à un moment donné on va atteindre une limite. Et, peut-être que nous sommes déjà en train de l’atteindre. Un partie du marché est en train de se tourner vers autre chose.

La Fashiontech embrasse un large spectre : la manière de produire le vêtement peut être nouveau. Par exemple, nous, avec Capsul Studio, on propose de pouvoir faire créer son vêtement par une couturière. Comme cela a été le cas, il y a une centaine d’années. Cela peut être la distribution à la demande. Cela peut être des produits upcyclés ; cela peut être tout ce qui peut être capitalisé sur les technologies et sur les outils du digital d’aujourd’hui. Par exemple, ce que fait Adrien Deslous-Paoli avec De Rigueur, c’est également de la Fashiontech. Car, il propose d’augmenter l’accessoire.

En général c’est tout ce qui s’appuie sur les nouvelles technologies, les nouvelles découvertes, les réseaux sociaux, la communication. C’est un vaste sujet car tout le monde s’intègre un peu là-dedans. Et, on n’a pas encore bien arrêté la définition.

ML : Est-ce que tu as quelque chose à rajouter ?

Romain : moi, je pense que la Mode de demain c’est peut-être la mode d’hier mais avec les outils technologiques d’aujourd’hui.

 

Vous voulez approfondir le sujet de couture, je vous recommande l’article de Mathilde sur “La Couture à Porter”.