Mazarine, marque parisienne de prêt-à-porter féminin propose “des silhouettes désinvoltes et réfléchies aux esthétiques structurées” utilisant des “matières couture issues de maisons françaises, italiennes et japonaises” pour une “production française”. Lauréate du Grand Prix de la Création de la Ville de Paris 2015 et membre de la Fédération de la Haute Couture et de la mode et de la Fédération du Prêt-à-Porter, résidente pour la cinquième saison du Designers Apartment, la marque Mazarine a été crée il y a deux ans et demi par Hélène Timsit et Quentin Poisson. Son nom est une référence à la bibliothèque Mazarine et au fait que les collections s’inspirent de livres ou de films classiques parmi les grands classiques. Comme un bon film de Buñuel, Mazarine révèle le charme discret d’un vêtement bien fait et démontre que l’on peut allier technologie, savoir-faire et couture sans habiller des cosmonautes.

Si de prime abord Mazarine semble proposer des pièces minimalistes et sobres, rien n’est moins sûr lorsque l’on s’attarde à discuter avec Hélène Timsit qui en est la créatrice. Sous ses airs de jeune fille sage Mazarine cache une audace et un caractère bien trempé ainsi qu’une vision de la mode et de son commerce à contre courant de la frénésie ambiante et des coups de bluff marketing. Sans effet de style, cette encore jeune marque propose une vision simple du vêtement et de la mode sans tomber dans le travers du simplisme. Comme quoi sobriété ne rime sûrement pas avec banal. Rencontre avec la discrétion faite marque.

 

Mazarine

 

Modelab : Bonjour Hélène, merci de nous accorder un moment en cette période Designers Apartment, peux-tu pour commencer nous parler de la genèse de Mazarine ?

Hélène Timsit : Ce n’était pas une idée très structurée au départ. Elle était là dans un coin de ma tête mais elle a mis du temps à germer et à se concrétiser. Et puis on n’ose pas vraiment, on se dit que cela va être compliqué, que l’on va avoir besoin de beaucoup d’argent… Et finalement un jour j’ai fait une petite collection, et une fois cette petite collection réalisée, on s’est dit qu’il fallait en faire un shooting, et puis comme le shooting était réussi,  on s’est dit qu’il faudrait essayer de vendre, et une chose en entrainant une autre je ne me suis plus arrêtée. Je pense que si on réfléchit trop on ne se lance jamais.

M : Ce serait ton conseil pour un créateur sur le point de se lancer ?

HT : Non pas vraiment, je lui dirais de peser le pour et le contre et de surtout trouver de l’argent car on en dépense à chaque étape et souvent dans des proportions que l’on imaginait pas (rires)… En ce qui concerne Mazarine nous avons la chance d’avoir un réseau très actif et aidant dès le départ. C’est un peu cet esprit “bande de potes” qui nous a lancé. Nous avons ensuite eu la chance d’intégrer Designers Apartment (dirigé par Patricia Lerat) et de pouvoir ainsi toucher les acheteurs et la presse. Mais avant cela, il faut bien s’entourer

M : Mazarine est une marque qui semble accessible et  proche de sa clientèle, comment avez-vous construit cette image ?

HT : Les réseaux sociaux sont de gros facteurs de connexion entre acheteurs, consommateurs et marque, ce n’est pas nouveau. Nous les utilisons comme un point de contact avec les gens avec qui nous aimerions travailler, ceux que nous aimerions habiller tout en nous dégageant de l’image de la marque de mode distante et inaccessible. L’intérêt d’une petite marque c’est de pouvoir échanger avec elle en direct. Notre avantage a toujours été la proximité dès nos premiers pop-ups. Au-delà de vendre cela nous a permis de rencontrer les gens qui portent vraiment les vêtements Mazarine et adapter nos collections en fonction de leur perception, de leurs remarques ou tout simplement de leurs coups de coeur. Sans ça, j’ai le sentiment que l’on reste un peu enfermé dans sa tête avec ses dessins. C’était vraiment important pour nous de comprendre ce que venaient chercher ces femmes car même si ce ne sont que des vêtements, les vêtements disent et racontent toujours quelque chose des gens qui les portent. J’estime que c’est important pour un créateur d’avoir le dessous des cartes.

M: Et donc que ressort-il de ces échanges ? Qui est la femme Mazarine ?

On a cherché longuement LA bonne réponse à cette questions mais en fait il n’y en a pas. Elle n’est ni une working girl, ni une femme fatale, ni un Tom boy, ni une Lolita… elle est changeante, et prend un peu de tout partout. En fait c’est une femme normale et dans la vraie vie les femmes ne sont pas juste des catégories. La femme Mazarine n’échappe pas à la règle.

Après nous savons qui nous habillons, mais c’est très divers. Notre clientèle va de 25 ans à 77 ans et nous en sommes très fiers car cela regroupe un panel élargi et différentes approches de la consommation du vêtement. D’ailleurs nos clientes plus âgées reproduisent ce que leurs mères et leurs grand-mères faisaient pour dénicher leurs vêtements, elles viennent nous voir pour un achat personnalisé, localement produit, avec un rapport direct. Cela fait une belle analogie avec notre volonté d’impliquer la cliente dans le processus d’achat via la possibilité de co-création. Sans avoir la prétention de nous mettre au même niveau d’artisanat que les couturières, nous souhaitons mettre au centre de la marque la notion d’échange en réel. Elles viennent chercher ce contact et le conseil.

M : Ces femmes ne sont pas de la génération Instagram… et pourtant elles vous ont trouvés !

HT : Oui et cela fait mentir l’idée qui veut qu’Instagram soit aujourd’hui la règle pour se lancer. Nous les avons rencontrées sur des showrooms, des pop-ups et elles nous permettent de découvrir une autre forme de clientèle, moins dans l’instantanéité. Elles sont exigeantes mais justes et bienveillantes.

Mazarine

M : Comment Mazarine s’inscrit dans l’innovation dans la mode selon toi ?

HT : On s’est vite intéressés à la digitalisation de notre modèle. Dans le prolongement de notre rapport de proximité avec la clientèle, nous proposons des collections capsules à nos clientes sur la base de la personnalisation. Mazarine s’était lancée sur l’idée de co-création mais il s’agissait d’une autre approche à un niveau d’implication différent. Pour faire de cet aspect de notre marque quelque chose de vraiment impactant et de “scalable”, la digitalisation devait entrer en ligne de compte. Pour ce faire nous développons un projet depuis plusieurs mois avec l’entreprise Miximaliste.

M : Peux-tu nous en dire davantage ? Comment cela fonctionne-t-il ?

HT : Nous leurs envoyons des patrons digitalisés. À partir de cela et d’échantillons de tissus de format A4, ils parviennent à recréer le vêtement en 3D. Ils peuvent ensuite l’animer puis le présenter en réalité augmentée et en réalité virtuelle.

Grâce à cela nous économisons des budgets de prototypage et nous pouvons présenter à nos clientes un aperçu de ce donnera leur pièce personnalisée après réalisation. En effet la projection mentale que nécessite la co-création est parfois un frein au passage à l’acte d’achat. La pré-visualisation est la clef. Grâce à Miximaliste on parvient à un rendu très qualitatif. Nous devrions pouvoir révélé la version bêta d’ici novembre. C’est un service supplémentaire mais c’est aussi un vecteur de lien et la possibilité d’avoir un feed back sur les goûts de nos clientes. Avoir une idée forte, une identité forte n’empêche pas prendre en compte l’avis de celles qui portent nos pièces.

L’idée est vraiment de faire rentrer la cliente dans le studio avant la production pour faire des pièces fortes, des pièces personnelles et pas un simple ajout de broderies ou un agencement de couleurs. Si elle a le sentiment d’être une cliente couture, qu’elle passe de l’autre côté du miroir, donne son avis et participe à l’élaboration d’une partie d’une produit selon ses directives, notre travail est accompli. C’est une forme de retour aux sources de la mode. Lorsque que le vêtement s’élaborait avec un artisan et que l’on ne se contentait pas seulement d’entrer dans une boutique pour attraper ce qui s’amoncèle sur les cintres.

 

À l’heure où les marques courent après le temps et la visibilité, il est bon de voir que certains prennent un chemin plus sinueux mais à contre courant de la plupart des travers du système de mode actuel. Il est heureux de constater que l’on se préoccupe aujourd’hui de faire des collections “à taille humaine” sans boulimie frénétique de tissu et de pièces, que de jeunes marques savent trouver le chemin de toutes les générations et renouent avec d’anciennes valeurs liées à conception raisonnée du vêtement.

Non pas que tout ait été meilleur avant ou que Mazarine se repaisse d’une nostalgie opportune. Il s’agit pour cette marque de retrouver la simplicité du lien, du temps et du savoir-faire. Puisse-t-elle faire des émules.

Retrouvez Mazarine sur Instagram : mazarine_paris et sur leur eshop www.mazarine.paris.