TechnoNaturels par Bradley Quinn : les sciences naturelles au secours de la mode.

La technologie risque de bouleverser la mode à bien des niveaux. Quand on l'associe avec la science et la biologie, de nouvelles solutions de développement durable émergent. Les matériaux révolutionnaires développés par les chercheurs et les scientifiques dans les domaines des biotechnologies, de la biologie synthétique et des nanotechnologies sont en train de redéfinir radicalement la façon dont les créateurs de mode voient la production et la gestion des déchets. En général, la technologie est associée aux machines, à la consommation d'énergie et perçue comme l'opposé de l'écologie. Le développement durable, lui, est associé à l'écologie et à la nature. Il fallait être visionnaire pour imaginer que les systèmes hi-tech pourraient un jour en réalité être au centre d'un futur plus responsable pour l'industrie de la mode. Et si aujourd'hui, nous créons, consommons et recyclons des vêtements statiques, les designers du futur inventeront des modes qui évoluent et vivent en symbiose avec leurs porteurs.

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Les chercheurs qui sont en train de percer dans le domaine du biomimétisme, une branche de la science qui utilise la technologie pour imiter les organismes vivants, affirment que synchroniser le design de mode avec le savoir de la nature rendra la fabrication beaucoup plus écologique. Les scientifiques spécialisés dans le domaine de la biologie synthétique sont en train de créer des matières complètement nouvelles qui pourront être utilisées pour l'habillement, la chaussure et l'accessoire. Les protéines végétales permettront de cultiver du « cuir » de cellulose sans aucune souffrance animale, et les créateurs disposeront ainsi d'alternatives élégantes aux produits animaux et aux imitations synthétiques. Et lorsque l'on ajoute des bio-organismes se nourrissant de bactéries et des fibres anti-fongiques aux matières utilisées dans les chaussures, les sous-vêtements, les vêtements de sport et les maillots de bain, ces pièces restent fraîches et inodores tout au long de leur vie.

L'utilisation d'organismes vivants pour le développement de produits est déjà une réalité dans l'agriculture, la pharmacie et l'alimentation. Les scientifiques et les biologistes modifient des organismes vivants pour cultiver des plantes et manipuler sélectivement la culture de cellules animales. La modification des protéines de lactose, les cultures de bactéries et les bio-polymères ont rendu possible la biosynthèse de soie d'araignée, tandis que la bioluminescence d'insectes comme les lucioles, qui sécrètent des substances chimiques pour émettre de la lumière, peut être reproduite dans des tissus qui s'éclairent. Le succès du cuir de requin synthétique pour les combinaisons de plongée a permis aux athlètes d'établir de nouveaux records, et la capacité de la pomme de pin à absorber l'humidité à travers sa structure dure et à la restituer quand elle ouvre ses écailles a inspiré de nouveaux types de vêtements de sport et d'hiver.

Pionnière du secteur, la directrice du Design and Living Systems Laboratory à l'University of the Arts London, Carole Collet, imagine de nouvelles plateformes durables et innovantes pour la mode et les textiles. En explorant toutes les possibilités du biomimétisme et de la biologie synthétique pour le design et la fabrication, Carole Collet est capable de fournir une vision de la façon dont on pourra prochainement créer biologiquement et même « cultiver » des produits. Un procédé qu'elle a nommé la « biofacture ». Selon elle, apprendre à reproduire les schémas de la nature et de ses écosystèmes va dans le sens d'une mode plus responsable. Carole Collet souligne qu'il est déjà possible de récolter des algues, des bactéries et d'autres microorganismes et de leur faire produire des membranes semblables au tissu lorsqu'elles croissent à l'état naturel. La nanocellulose que ces micro-organismes sont capables de créer peut reproduire les couleurs, les textures et les performances de nombreux tissus utilisés dans la mode.

Carole Collet est à l'initiative d'un projet d'exploration des alternatives à la dentelle en manipulant génétiquement la croissance d'une plante au niveau cellulaire. « Je pars de l'hypothèse que les plantes qui poussent en habitat hydroponique pourraient produire à la fois de la nourriture et d'autres produits », explique-t-elle. « Par exemple, une fraise hybride pourrait potentiellement donner des fruits, mais aussi des échantillons de dentelle biologique sur ses racines. On pourrait ramasser les deux. L'un servirait à l'industrie alimentaire, l'autre pour le secteur textile. »

Le modèle de la biofacture pourrait même arriver à satisfaire la demande du luxe, ajoutant de la valeur aux produits en les rendant impossibles à imiter. Les marques de mode pourraient envisager de breveter les microorganismes et formes de plantes qu'elles utilisent et produire ainsi des textiles complètement uniques. Les matières signées biologiquement pourraient être faites à base de fibres génétiquement modifiées non utilisables par les autres marques. Cela pourrait même constituer un certificat d'authenticité pour les produits, rendant impossible la contrefaçon.

Même si la biologie synthétique appartient encore en grande part au futur, c'est un secteur de recherche qui permet aussi de répondre à un certain nombre de problèmes rencontrés actuellement par l'industrie de la mode. Au cours des dernières décennies, la course aux prix a provoqué une vague de crises locales alors que les usines et les ateliers des pays les plus développés fermaient leurs portes les uns après les autres suite aux délocalisations des fabricants en Asie du Sud-Est. La biofacture, qui permet de produire des articles localement, pourrait potentiellement aider à relocaliser la production.

La designer Shamees Aden expérimente avec le potentiel de la biofacture pour la chaussure en manipulant des protocellules trouvées dans des organismes comme les amibes, les champignons et les bactéries. Dans sa quête vers la création de biomatériaux portables qui vivent et évoluent en harmonie avec le corps humain, elle affirme que ses recherches ont commencé par « brouiller les frontières entre le vivant et le non-vivant ». La basket prototype de Shamees Adens, qui s'adapte aux surfaces, est fabriquée à base de matériaux vivants dérivés de solvants liquides manufacturés artificiellement en laboratoire.

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La designer interactive Daisy Ginsberg va encore plus loin et affirme que récolter le code ADN d'un organisme et l'introduire dans le système vivant d'un autre pourrait créer de nouveaux modèles durables. À travers l'utilisation des techniques et des méthodologies développées dans le champ de la biologie synthétique, elle explore comment l'ADN peut être manipulé pour créer des designs basés sur la biologie qui changent et évoluent.

Daisy Ginsberg imagine déjà un futur dans lequel les matières ne seront plus fabriquées, mais cultivées, et où des vêtements entiers seront faits à partir de cellules plutôt que de tissus. Les vêtements et les chaussures produits à partir de cette science seraient capables de vivre en symbiose avec le corps du porteur, de s'auto-réparer et de libérer des anticorps qui tueraient les agents pathogènes entrant en contact avec le porteur.

technologieLa vision d'une forme de mode vivante et respirante soulève bon nombre de questions éthiques, comme la possibilité de créer une forme de vie destructive qui menace le porteur ou les autres organismes. Si les vêtements peuvent être considérés comme vivants, quelles seront les implications de jeter un vêtement lorsque l'on n'en a plus besoin, qu'on le laisse en quelque sorte « mourir » ? Dans la mesure où les plus occupés d'entre nous ne prennent pas le temps d'avoir un animal de compagnie et sont incapables d'arroser régulièrement leurs plantes vertes, on peut se demander si l'humanité est vraiment prête à prendre soin de vêtements vivants.

 

Alors que les experts de différents secteurs commencent à s'intéresser à la voie de la nature, la symbiose entre la mode, la technologie et la science inspire d'ores et déjà des matériaux qui améliorent les performances tout en affichant un look, une texture, un toucher et un drapé naturels. Les récentes collaborations entre designers et scientifiques mettent les objectifs de responsabilité environnementale et de fabrication zéro déchet à portée de main, et inspirent une pléthore de processus et de systèmes responsables. Alors que les nouvelles dynamiques entre designers et scientifiques sont encore en phase d'expérimentation, une véritable synergie entre les deux pourrait un jour rééquilibrer la lutte entre la nature et l'industrie en les faisant fusionner.

 

Traduction : Clémentine Martin.


Wearable X

Billie Whitehouse de Wearable X : le yoga à la portée de tous, partout.

Lors de l'évènement Remode, nous avons eu la chance de faire la rencontre de Billie Whitehouse, fondatrice de Wearable X. Nous vous proposons aujourd'hui de rencontrer cette pétillante australienne qui propose une nouvelle forme de vêtements intelligents. Wearable X est une entreprise fashiontech qui rassemble design et technologie pour créer une meilleure qualité de vie. Créée en Australie et basée à New-York, cette entreprise lancée en 2013 est avant tout centrée sur le toucher. La première plateforme haptique initiée par la marque, appelée Fundawear, était adressée aux couplex entretenant une relation longue distance. Réalisé en partenariat avec Havas et Durex, cette première campagne de communication a largement contribué au lancement de Wearable X (alors appelé Wearable Experiments).

À travers l'exploration intersectionnelle de la technologie d'une part et de la mode d'autre part, l'équipe a déjà développé de nombreux produits à l'instar de Navigate (lancé à Sydney, New-York et Paris). Après ce succès, s'en est suivi le projet The Alert Shirt. À la croisée du software, du hardware et du vêtement, The Alert Shirt représentait une véritable innovation qui a notamment remporté en 2014 le Best Fan Engagement Award au Clio Sports Awards de New-York. S'ensuivirent des partenariats avec Oakley, The Store of the Future, et d'autres acteurs de l'univers du sport et de l'expérience design.

À partir de 2016, Wearable X, intègre un service de R&D afin de produire leurs créations en propre. En mai 2017, Wearable X lance son premier produit B to C, Nadi X, adressé aux adeptes du yoga pour une pratique plus consciente et dirigée.

Modelab : Bonjour Billie, peux-tu nous présenter Wearable X ? Quel est le but de ta marque ?

Billie Whitehouse : Nous sommes spécialisés dans l'intégration des sens et de comment rendre compte de la perception de ces derniers sous forme de data. Cela s'effectue par le biais d'une plateforme sur smartphone. Cela signifie concrètement que l'on peut lire et comprendre son corps. C'est un moyen de s'adapter en temps réel à ses besoins. Nous nous sommes spécialisés dans les vêtements de yoga pour plusieurs raisons. La pratique du yoga est quelque chose que l'on peut faire partout, il n'y a pas de se trouver dans un studio. Le toucher est au coeur de la pratique de ce sport, et au-delà du toucher, la sensation. Le retour haptique est alors une véritable plus-value car il permet, avec quelques ajustements dans les réglages, d'attirer l'attention sur les parties de son corps qui nécessitent d'être attentif lors de la pratique du yoga. En fait nos vêtements permettent d'avoir uns structure de cours partout où que nous soyons.

M: Au-delà de la pratique du yoga, développez-vous d'autres applications à votre solution ? Imaginons par exemple dans le domaine médical ou pour permettre à des designers d'essayer leurs prototypes et les adapter?

B.W : Nous avons effectivement créé une plateforme haptique et sensitive mais nous sommes focalisés sur le yoga et l'activewear. Nous sommes spécialisés dans la production et la récolte de data autour du yoga et de la récupération. Le yoga est largement utilisé dans des processus de récupération physique à la suite d'une blessure et est recommandé par les médecins et les kinésithérapeutes. À notre manière, nous participons à ce processus.

M : Lorsque l'on pense aux personnes âgées, il pourrait être intéressant de leur donner des indications sur comment se tenir ou agir afin de ne pas perdre leur mobilité. Travaillez-vous avec des maisons de retraite et des hôpitaux ?

B.W : Nous nous adressons davantage au personnel soignant car souvent les patients ne vont pas au bout de l'acte d'achat à moins d'avoir une recommandation médicale. Donc voici comment nous participons : nous faisons beaucoup de recherches et cherchons à comprendre quelles sont les blessures les plus communes et comment notre solution peut parvenir d'une part à les prévenir dans le le cadre d'une pratique sportive et d'autre part à récupérer si c'est trop tard.

Wearable X

 

M : Techniquement, comment cela fonctionne-t-il ?

B.W : Techniquement il y a cinq accéléromètres positionnés derrière les genoux, les chevilles et les hanches qui transmettent les informations à votre smartphone. De cette façon on peut déterminer si vos mouvements et vos positions sont les bonnes. Après analyse des données, nous envoyons via le smartphone un compte rendu qui stipule si oui ou non vous avez acquis la bonne posture, si vous pouvez continuer votre apprentissage. Dans le cas contraire, vous recevez des instructions pour vous corriger. Chacune de ces instructions est associée avec une certaine sorte de vibrations sur le corps. Si les instructions disent "asseyez vous jambes tendues", vous ressentez une sensation sur l'arrière de vos jambes qui vous guide pour accomplir le geste. Lorsque les instructions vous disent "levez vous et tendez votre hanche à droite" vous sentez cette sensation dans votre corps.

M : Cela peut être un peu perturbant lorsque l'on a pas l'habitude, non ?

B.W : Si c'est couplé à des instructions audio, cela ne pose pas de problème. Sans le son, les gens sont effectivement perturbés. Il est très important pour nous de comprendre comment les gens perçoivent ces sensations. Nous avons été comparé un temps à la veste contre l'anxiété qui avait été inventée pour calmer l'anxiété des adultes et des enfants grâce à des vibrations. Il y a une proximité, une sensation d'enveloppement bienveillant que l'on retrouve dans notre produit. Nous souhaitons appuyer sur cette caractéristique pour gagner la confiance de personnes qui utilisent nos produits.

M : Comment cette idée est-elle apparue ?

B.W : Me concernant cela provient d'un sentiment de frustration. J'ai dépensé beaucoup d'argent dans des cours de yoga. Cela m'énervait vraiment de perdre autant d'argent et de temps pour me déplacer, aller dans des endroits que je trouvais parfois désagréables, avec de la musique et un professeur que je n'aimais pas. Parfois, tu es livré à toi même, sans attention ni instructions alors même que tu paies pour être guidée. Je travaillais déjà depuis trois ans sur des vêtements haptiques donc je savais que techniquement c'était possible de l'adapter au vêtement de yoga. Partant de ce constat il fallait cependant adapter nos solutions haptives à des contraintes de lavage, séchage et de normes. Cela a été un vrai défi mais je suis fière de ce à quoi nous sommes parvenus.

M : Que pensez-vous de l'évènement Remode ? Que vous vient-il à l'esprit lorsque vous pensez à la mode durable ? Est-ce quelque chose qui vous importe et sur lequel vous souhaitez insister ?

B.W : Oui, clairement. Je pense que parfois nous considérons le consumérisme de la mauvaise façon. Ce que j'aimerais vraiment voir émerger dans les conversations c'est "comment pouvons-nous innover dans le vêtement grâce au software"? Ainsi, nous n'aurions plus à acheter de nouveaux vêtements tout en nous débarrassant des anciens qui iront polluer un peu plus la planète, mais pourrions adapter nos anciens vêtements à nos besoins grâce à du software. Cette idée m'enchante vraiment, surtout lorsque l'on considère que l'on peut ajouter de nouvelles fonctionnalités à ses vêtements. C'est si simple ! C'est quelque chose que nous avons vraiment à l'esprit et nous travaillons dans ce sens, même si nous pourrions pousser encore un peu plus la R&D, surtout dans la perception que pourrait en avoir le consommateur.

Je suis toujours un peu sceptique quand je vois ce type de sujet toujours abordé d'un point de vue de l'entreprise et non de l'humain. Je pense que nous devrions nous focaliser davantage sur l'humain, sa perception. Il faut penser le vêtement comme quelque chose qui peut tout faire, qui est belle, qui est confortable et donne de l'assurance.

M : Qu'est-ce que vous imaginez pour le futur de votre marque et de la mode en générale ?

B.W : Aujourd'hui, on ne peut ignorer l'alternative que représente le développement de nouvelles fibres alternatives et sustainables. C'est une formidable avancée ! Cependant, nous devons également penser aux conséquences de cette nouvelle industrie des matières alternatives. Ce à quoi nous nous attaquons nous, c'est à l'idée de réduire l'électronique à de la fibre, et selon moi on n'en parle pas assez. C'est d'ailleurs sûrement dû au fait que l'électronique est l'un des systèmes qui produit le plus de déchets au monde. Combien de téléphones possédons nous ? Il y a quelque chose d'absurde. Il serait vraiment intéressant d'avoir une conversation avec des chercheurs pour déterminer comment réduire l'électronique au maximum, et trouver des solutions durables pour son recyclage.  D'un point de vue plus centré sur la marque, nous cherchons à développer notre technologie sur la partie supérieure du corps afin d'entrer pleinement dans l'espace de la physiothérapie.

 

 


Remode : le nouveau rendez-vous américain de l'innovation dans la mode.

En attendant la série d'interviews réalisées sur place, nous vous proposons un rapide retour sur l'évènement Remode auquel nous avons participé en tant que partenaires les 13 et 14 Novembre derniers, à Los Angeles. La première édition de cet évènement a rassemblé plus de 1000 participants, venus de tous les secteurs de la mode incluant des scientifiques de la fashiontech, des chercheurs en biodesign, des CEO de marques influentes, des partenaires financiers, des designers et des startups innovantes. Grâce à un solide réseau composé notamment des écoles les plus en vue de la mode, d'organisations associatives, para-étatiques et d'associations d'anciens élèves, Remode a atteint une audience globale augmentée par la diffusion de l'évènement en live stream. Avec la présence de 115 sponsors et exposants ainsi que d'une centaine de journalistes, Remode se voulait une nouvelle plateforme d'échange et de networking au sein d'une industrie qui nécessite plus que jamais la collaboration de tous ses acteurs. Le pari est relevé haut la main avec plus de 2700 connections et 1600 demandes de rendez-vous enregistrés par l'application mise à disposition des participants qui sont repartis aux quatre coins du monde plein d'une énergie communicative.

Remode
crédits Chrisian Colton pour Remode

Qu'est-ce que Remode? 

Fondé par Pierre-Nicolas Hurstel sous le patronage de UBM, ce nouvel évènement a pour objectif d'aider les professionnels de la mode à s'adapter à un univers de plus en plus complexe. Nouvelles demandes, nouvelles technologies, nouveau défis pour la distribution, les marques et leurs dirigeants sont de plus en plus confrontés à des problématiques de développement complexes. À cela s'ajoute une grande demande des consommateurs sur la transparence et la respectabilité des marques qu'ils achètent. Remode est né de la volonté de mettre à disposition des marques de mode les solutions et les contacts qui permettraient de transformer leur business pour une mode plus durable et responsable.

Comment fonctionnait ce nouveau rendez-vous ?

Remode a la volonté de traiter la question de l'innovation du fil jusqu'au consommateur final. Il s'agit donc de traiter des sujets complexes qui nécessitent donc de la collaboration. L'idée a donc été de créer de quatre piliers dirigeant le discours des conférences : ReMake, ReThink, ReInvest et ReMarket. Chacun de ces piliers avait son propre programme de conférences. Toutes les conférences étaient en continu et en simultané sur trois scènes différentes. Par ailleurs chaque pilier avait également sa propre zone d'exposition où des acteurs en prise direct avec le sujet évoqué étaient présents pour présenter de nouvelles solutions. À titre d'exemple ReThink traitait des nouvelles tendances consommateur et des technologies innovantes appliquée à la mode (blockchain, A.I...). ReMAke s'intéressait davantage à comment imaginer, designer et produire la mode de demain et proposait une série de conférences extrêmement intéressantes notamment sur les innovations matières et les processus d'élaboration de business responsables (notamment des ERP appliqués à la gestion des stock et de la seconde vie des produits). Dans l'espace ReMArket étaient représentées les avancées en matière de retail, de la digitalisation du wholesale en passant par les nouveaux concepts de boutiques et le ecommerce. La partie ReInvest proposait quant à elle de nouvelles perspectives en matière d'investissement et guidait les marques sur les nouvelles manières de gérer des capitaux et des investissements en fonction des nouveaux modèles de la filière (de la levée de fonds jusqu'au parc retail).

Remode
crédits, Christian Colton pour Remode

En clôture de la première journée, les organisateurs ont présenté les premiers ReMode Fashion Awards, récompenses pour les meilleures marques et solutions technologique pour les acteurs de la mode. Les lauréats ont été sélectionné par un jury de professionnels et classés en 10 catégories. Pour remporter le trophée il fallait remplir une grille précise de critères basée sur la créativité, l'expérience client et la caractère "durable" de la solution. Les gagnants 2018 sont :

Best AI Solution: Heuritech
Best Blockchain Technology: .Arianee
Best Cross-Border Ecommerce Solution: Flow
Best Customer Experience Solution: EverThread
Best Design Technology: Euveka
Best Digital Wholesale Solution: INTURN
Best Financing Solution: Affirm
Best Sustainable Manufacturing Solution: Nineteenth Amendment Smart PLM
Best Virtual and Augmented Reality Solution: Allure Systems
Sustainable Brand of the Year: Reformation

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Charlotte Fanneau et Célia Poncelin de la startup Heuritech, lauréates de la Best AI Solution des premiers ReMode Fashion Awards, avec Pierre-Nicolas Hurstel fondateur de Remode, crédits Christian Colton pour Remode

Qu'est-ce qui est différent des autres rendez-vous professionnels du secteur? 

Incontestablement l'énergie décontractée de la Californie ! L'idée, plutôt réussie, était de mélanger des acteurs prépondérants du marché avec les nouveaux venus de taille plus modestes mais non moins efficaces, et les installer dans un rapport de proximité. Plus de 60 startups venues du monde entier étaient présentes et réparties sur les quatre piliers. Et Cocorico ! Les français étaient largement représentés, notamment avec Sébastien Kopp co-fondateur de Veja, Nicolas Santi-Weil CEO de Ami Paris, Nicolas Claquin directeur de Kering Amériques, François Girbaud fondateur de Marithé François Girbaud, Pierre-Arnaud Grenade CEO de Bash, Audrey-Laure Bergenthal CEO d'Euveka, Frédécric Montagnon président de .Arianee  et les équipes de De Rigueur Lab, Endeer (toutes deux invitées par nos soins), Heuritech et Prose Hair (basée à New-York). Les différences de niveau d'influence ou de taille d'entreprise loin d'être un frein aux échanges et aux rencontres ont permis un réel brassage et émulation collective très positive. Entre échange de best practice et exemple par l'action, petits et grands acteurs ont ensemble compris que les chemins vers une mode différentes étaient multiples et que la collaboration s'imposait. Chacun avec leurs enjeux, tous doivent cependant avancer dans la même direction.

En collaboration avec Intheloup.la, une série de dîners était organisée dans plus d'une dizaine de lieux distinct dans Los Angeles. Sous la houlette de ShopifyGlobal Fashion Exchange, MMG ou encore NY Fashion Tech Lab, chaque invité était sélectionné et appairé en fonction des autres participants pour augmenter au maximum les possibilités de synergie. Outre la découverte de la ville, ces dîners étaient l'occasion pour tous les participants de créer des liens dans des cadres plus décontractés. Une véritable bouffée d'air frais lorsque l'on connaît le protocole professionnel habituel.

La prochaine édition est d'ores et déjà annoncée pour les 29 et 30 Octobre 2019. De notre côté le rendez-vous est pris !

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Amber Veletta -Master and Muse- avec Hassan Pierre -Maison de Mode- crédits Christian Colton pour Remode

"Dream assembly" pose les bases du commerce de demain

Farfetch, la première plateforme en ligne destinée aux produits de luxe a annoncé le lancement de l'accélérateur de start-up « Dream Assembly ». Un programme ambitieux ayant pour objectif d'accompagner les nouveaux projets à caractère innovants dans le domaine du retail. Dream Assembly s'engage ainsi à poser les bases du commerce de demain en garantissant la pérennité des startups les plus prometteuses. Un pari gagnant pour l'ensemble des acteurs du luxe et de la mode, y compris Farfetch, qui sera le premier à bénéficier de l'aide apportée à la prochaine génération de sociétés œuvrant au futur des nouvelles logiques techniques et stratégiques du e-commerce.

Farfetch

Fondé en 2007 par José Neves, Farfetch est la success story d'un jeune entrepreneur qui mise tout sur le domaine du luxe et de la mode , mais surtout sur l'avenir du e-commerce. Avec la vente d'articles provenant de plus de 500 boutiques, Farfetch est devenue la plate-forme technologique mondiale de la mode et du luxe reliant les créateurs, les conservateurs et les consommateurs d'une trentaine de pays à travers le monde. L'entreprise à la prospérité croissante ayant pour seul mantra, l'ultra-personnalisation de ses offres, prépare son introduction en bourse avec une valeur estimé à 4,5 milliards d'euros. Côté partenariat, Farfetch a initié une collaboration avec la marque française Chanel axée sur la recherche dans l'innovation et l'expérience de vente. Le groupe Chalhoub lui permet d’étendre son marché au Moyen-Orient. Le rachat de CuriosityChina, agence spécialisée dans le marketing social renforce la stratégie commerciale de ce géant de la vente en ligne de produits de luxe. Depuis un an, le site compte parmi ses actionnaires majeurs le géant chinois de la vente en ligne JD.com. Au total, Farfetch propose à ce jour les produits de 3200 marques. Le portail revendique désormais quelques 935 000 utilisateurs actifs, chiffre en progression de 40 % par rapport à l’exercice précédent.

Aujourd'hui l'entreprise se lance dans la création d'un accélérateur de technologie dédié à l'innovation dans le domaine du e-commerce. Le programme Dream Assembly a ainsi pour vocation de réinventer l'expérience de vente en intégrant les bases de l'augmented retails ou le commerce connecté. L'appui financier du mastodonte britannique Burberry et la promesse de travailler sur les innovations parmi les plus révolutionnaires au monde, ont suffit à convaincre et rallier au programme l'entreprise « 500 Startups », un fonds d'investissement et un incubateur de startups fondé par Dave McClure et Christine Tsai en 2010. « 500 Startups » s'engage à offrir son expertise aux jeunes entreprises participantes au travers d'ateliers de formation propres à la politique du commerce connecté.

Farfetch

Dream Assembly prendra place dans les bureaux de Farfetch à Lisbonne et comprendra une série de workshops donnant aux startups un accès direct à l'expertise de Farfetch dans l'industrie des produits de luxe et de la technologie sur une période de 3 mois. Le programme prévoit des séances de coaching individuel avec les dirigeants de Farfetch, la mise en place d'un système de réseautage, des réunions de mentorat sur des sujets tels que le commerce électronique, le marketing, la technologie, la mode, la logistique et les opérations stratégiques commerciales. Les startups participantes seront au nombre maximum de 10 et recevront un montant de 30 000 euros pour donner vie à leur projet. De plus, le programme propose deux journées de démonstration (à Lisbonne et Londres), où les participants présenteront leur entreprise à un groupe pré-sélectionné d'investisseurs externes et auront ainsi l'opportunité de bénéficier d'un financement supplémentaire.

En prodiguant à ces jeunes entreprises la meilleure expertise et le meilleur mentorat que possible, Dream Assembly entend bien mettre fin à cet entre-deux transitionnel numérique de l'écosystème du luxe et de la mode, dont la digitalisation est le plus souvent freinée par le manque de formations et les difficultés techniques.

Alors que de plus en plus d'entreprises ont recours aux solutions digitales ( 44 % selon une étude réalisée par KYU lab en 2017 ) pour le fondateur de Farfetch Jose Neves, la digitalisation des points de vente est le signe probant d'une profonde évolution de la culture du luxe et de la mode qu'il convient d'en saisir le sens stratégique, économique et social. Pour Delphine Vitry, spécialiste dans l'expérience client et le retail, le constat reste le même, les maisons ont le devoir d'adapter leur offre à celui d'un client plus exigeant et de trouver une certaine balance entre créativité et stratégie d'offre.

Farfetch

Malgré l'écrasante majorité des personnes en faveur d'un changement de paradigme, il subsiste encore quelques réfractaires au changement qui évoquent des difficultés techniques ( liées à la compréhension ou à l'intégration des nouveaux outils ) mais également à l'avenir du système de production et de distribution. Quelles seront les nouvelles conditions de distribution engendrées par la digitalisation des points de vente ? Existera t-il encore un pouvoir d'achat ou deviendrons-nous tributaires d'un système commercial ayant la main mise sur nos données personnelles ? L'ultra-personnalisation que proposent ces solutions digitales ne risque t-elle pas de provoquer la suppression de toutes formes de créativité spontanée ?

La monétisation croissante des datas loguées (données personnelles) , la plausible disparition de certains métiers de la vente sont les facteurs les plus occultés quant il s'agit d'innovation numérique. Il n'en demeure pas moins que l'impact économique et social engendré par tous ces changements, mériterait cependant que l'on s'y attarde. S'il est vrai que l'évolution a toujours apporter son lot de bouleversements , rien ne garantie en revanche qu'elle soit de bonne augure. En attendant d'avoir le fin mot de l'histoire, il est heureux de voir que de plus en plus d'actions sont misent en place pour permettre le développement et garantir la pérennité de jeunes entreprises prometteuses.

Découvrez le programme "Dream Assembly"  ici

Crédits photos :  Jullian Hobbs