Todd Harple, directeur "Experience Innovation and Pathfinding" chez Intel : les wearables autrement pour un monde différent.

IntelTodd Harple est un bon exemple ce qu'est faire le lien entre le monde de la tech et celui créateurs. Beaucoup de gens cherchent aujourd'hui à se positionner en ce sens, mais peu en ont les compétences et la réelle compréhension. Diplômé en anthropologie, il est l'homme derrière de nombreux projets parmi les plus célèbres de la fashiontech. Passionné par sa mission au sein du géant Intel, entouré des meilleurs ingénieurs, il montre de nouvelles perspectives possibles de la mode. J'ai eu le plaisir de le rencontrer et d'échanger longuement avec lui sur les perspectives qu'offre la technologie dans le domaine des wearables. Retour sur cette conversation passionnante.

Julie Pont : Pouvez-vous me présenter ce que vous faites avec Intel dans la mode et m'expliquer comment cela a commencé ?

Todd Harple : Nous avons dû commencer il y a environ cinq ans dans notre groupe dédié aux nouvelles technologies, qui a été formé pour commencer à explorer des domaines qui ne font pas partie de la culture d'Intel. Intel est une entreprise qui a des compétences très solides en serveurs, en composants d'ordinateurs, en puces... Mais nous voulions regarder vers autre chose, penser : « Qu'est-ce que nous pourrions faire d'autre ? » J'étais en charge de montrer le chemin.

Le travail avec nos laboratoires a commencé avec l'exploration des wearables alors qu'ils n'en étaient encore qu'à leurs balbutiements. Nous avons pris contact avec les gens qui créaient la fashion tech à ce moment. J'ai commencé à rencontrer des personnes qui étaient alors des inconnus, comme Sabine Seymour ou Syuzi Pakhchyan, tous les gens qui étaient à l'avant-garde de la fashion tech. Par ailleurs j'ai commencé à travailler sur mes propres projets et à explorer deux aspects. D'un côté, je voulais changer la matérialité de l'ordinateur. Lorsqu'on pense à un ordinateur, un téléphone ou ce genre de choses, on pense à un appareil dur, pas à quelque chose que l'on porte sur son corps. Donc j'ai commencé à m'intéresser à la façon dont nous pourrions rendre ces objets souples, extensibles et lavables et j'ai découvert tout un écosystème de gens faisant partie de ce milieu, au Danemark, en Nouvelle-Zélande, en Australie, en Europe... Le plus intéressant dans tout ça, c'était que chacun dans son coin faisait des choses qui fonctionnait de manière autonome, mais personne ne faisait le lien, personne n'échangeait !

J.P : Et comment avez-vous créé ce lien ?

T.H : En partie grâce à mon réseau. J'ai commencé à demander autour de moi : « Tu ne connaîtrais pas quelqu'un qui fait telle ou telle chose ? » et une porte en a ouvert une autre, etc. L'autre aspect de mes recherches consistait à réduire la taille d'un ordinateur. Aujourd'hui, quand une chemise contient des capteurs, ou un pantalon par exemple, ils ont toujours un élément dur. Mon idée consistait à changer cet élément dur en un patch pour les vêtements. Ce serait la façon de changer la matérialité de ces appareils. Nous avons même créé un micro-ordinateur. Il était capable de faire les mêmes choses qu'un téléphone, en gros.

J.P : Et quel était le but ? Par rapport au projet Jacquard de Google, par exemple.

T.H : Intel est une société qui s'intéresse à la haute technologie informatique, donc évidemment, nous nous posons toujours la question de savoir comment nous pouvons aller plus loin. Nous avons commencé à chercher des applications. Au départ, le micro-ordinateur était un peu plus gros. Il devait faire environ la taille d'une carte d'identité, mais en réalité il était un peu plus gros que ça. Après, nous avons fait la deuxième version encore plus petite. Nous avons décidé d'ouvrir un concours de wearables pour demander aux gens ce qu'ils feraient avec cet ordinateur et nous avons reçu des projets très intéressants. Par exemple, une personne proposait de l'attacher à des gants pour enregistrer les gestes du travailleur.

J.P : J'ai rencontré à Paris des personnes travaillant sur un projet similaire au sein de l'école des Mines Paris Tech. Ils font des recherches concernant la préservation des savoir-faire immatériels, et notamment les gestes artisanaux. 

T.H : Oui, effectivement. Il y avait notamment une entreprise qui travaillait sur un projet de pilotage avec BMW et Mini. Et nous avons également travaillé sur un projet de gants en partenariat avec une entreprise néo-zélandaise. Ils créent des tissus intelligents, et les gants ont vraiment l'air de gants normaux. On a l'impression de porter des gants normaux à la différence qu'ils contiennent des capteurs tout le long des doigts. Cela nous a permis de faire jouer des musiciens sur des instruments virtuels.

J.P : Comme cette violoniste qui jouait sans violon ?

T.H : Exactement.

J.P : Il y avait un pianiste aussi, et une harpiste. C'était fabuleux.

T.H : Oui. Nous avons décidé de donner de la visibilité à ce projet. D'ailleurs, à l'origine, nous avons commencé à travailler dessus avec A. R. Rahman, l'artiste qui a composé la bande-son de Slumdog Millionaire. C'était génial de travailler avec lui, il était vraiment passionné. Nous avons continué à travailler sur le projet pour l'affiner, mais au bout d'un moment, nous avons dû ralentir un peu. Mais nous avons quand même fait des choses très intéressantes dans la mode. Dans un style haute couture et avant-garde, nous avons fait des projets avec Anouk Wipprecht. Vous connaissez la Spider Dress ?

J.P : Oui.

T.H : C'est l'un de nos projets. Tout comme la Synapse Dress. Nous avons fait ces deux gros projets avec elle, donc j'ai travaillé avec elle pendant un peu plus d'un an. À titre personnel, j'adore la robe Synapse. C'était un projet très difficile, parce qu'Anouk travaillait sur l'aspect mode et je travaillais avec des ingénieurs américains, tout en ayant une formation en anthropologie des cultures. J'ai des compétences en technologie, mais je ne suis pas ingénieur. C'était vraiment compliqué, parce que les gens de la fashion tech font souvent beaucoup de choses eux-mêmes, ils s'inventent leurs méthodes qui ne correspondent pas forcément à celles des ingénieurs.

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J.P : C'est vrai, mais cela a dû être un avantage de vous avoir pour faire le lien entre les deux mondes. J'imagine que votre formation en anthropologie signifie aussi que vous êtes plus compréhensif ou plus créatif tout en ayant un langage compréhensible pour les ingénieurs.

T.H : C'est vrai. C'est ce que j'appelle l'empathie. J'arrivais à comprendre ce qu'Anouk avait en tête, et je pouvais comprendre les difficultés qu'avaient les ingénieurs à réaliser ses idées. En général, j'arrivais à trouver un terrain d'entente. Une bonne partie de cette robe a été fabriquée avant son arrivée aux États-Unis, et c'était assez drôle de lui montrer le résultat parce que nous ne faisons pas du tout les choses de la même façon qu'elle. Au-delà de ça,  le simple fait d'amener la robe aux États-Unis a été un casse-tête. Il a fallu la transporter à la main. Je suis allée la chercher dans le Colorado pour la ramener dans nos bureaux. C'était complètement dingue !

J.P : Cela devait aussi être excitant, j'imagine.

T.H : C'est sûr. Mais en tant que société spécialisée dans la technologie, nous avons dû répondre à des demandes auxquelles nous n'étions pas du tout préparés. La robe devait nous permettre de démontrer les compétences des ingénieurs d'Intel au cours d'une conférence très technique. En général, les conférences Intel sont vraiment centrées sur la technologie. Mais cette robe, c'est un vêtement. Donc il nous fallait une mannequin pour la porter, chose qu'Intel n'avait pas vraiment pris en compte, et il a fallu que je lutte pour expliquer pourquoi j'avais besoin de plus d'espace, etc. C'était vraiment intéressant, parce qu'en général, les ingénieurs d'Intel travaillent sur un ordinateur ou un nouveau drone, un appareil. Mais la mode implique des façons particulières d'interagir avec les gens.

J.P : Avec les gens, avec leur image et avec l'univers autour du produit. Ça n'a rien à voir.

T.H : Oui. Et tous les créateurs ne travaillent pas de la même façon. Anouk est très stricte, par exemple. Elle sait exactement ce qu'elle veut pour les cheveux, pour le maquillage... Nous avons eu une demande de la part d'un cadre qui voulait montrer la Spider Dress en Chine, et c'est moi qui ai dû faire la présentation. Anouk, elle, travaillait sur d'autres projets entre temps. Mais elle a insisté sur le fait qu'elle refusait de montrer la robe si ce n'était pas moi qui la présentais. Parce qu'elle sait que je sais exactement ce qu'elle veut et ce qu'elle fait pour les cheveux, le maquillage...

J.P : C'est très important de savoir qu'on peut compter sur quelqu'un pour que tout soit parfait. En tant que créative, et je ne laisserai jamais mes créations à des gens qui ne comprennent pas ce que je fais et ce que je pense. Pour en revenir à la fashion tech, pensez-vous qu'elle a la possibilité de rendre le monde meilleur en termes d'écologie, ou de lien entre les gens, par exemple ?

T.H : C'est une question intéressante, parce que je pense qu'il y a de nombreuses façons d'améliorer les choses. Vous connaissez Martine Jarlgaard ?

J.P : Oui.

T.H : J'adore son travail et j'adore la manière dont elle a montré qu'on pouvait utiliser la blockchain pour retracer les origines d'un produit. Par exemple, la provenance de la laine et même de l'animal qui l'a produit ainsi que toute la construction du vêtement. Ça me paraît digne d'intérêt. Mais je pense qu'il y a d'autres applications fabuleuses de la technologie. Par exemple, on parle beaucoup de 3D et de représentation des volumes, et je pense que c'est un domaine dans lequel la technologie peut vraiment aider les gens. Certains de ces scénarii ont en fait commencé ainsi, comme la Spider Dress. Nous avons scanné le mannequin, donc la robe a été faite spécialement pour elle. Mais cette technologie pourrait être intégrée en boutique pour permettre de se scanner. On pourrait même imaginer de le faire avec son téléphone ! C'est la première étape d'un projet que j'ai vraiment adoré. Notre département santé travaillait avec une société de technologie appelée UNYQ. Ils produisent des orthèses et des prothèses imprimées en 3D, comme une prothèse de jambe, par exemple.

Todd Harple IntelIntel

 

J.P : Où sont-ils basés ?

T.H : À San Francisco et en Islande. Ils sont venus me trouver avec le problème suivant. Ils m'ont dit : « Vous qui avez beaucoup travaillé dans la mode, avez-vous une idée pour un corset dorsal ? » Vous savez, ces corsets que l'on doit porter quand on a une scoliose. Ils sont en général en thermoplastique ou en mélange de plastiques.

J.P : C'est très rigide et ça gratte...

T.H : Et on les porte pendant très longtemps. Ils nous ont proposé des idées, et ils en ont imprimé un en 3D avec un nouveau design mais cherchaient quelque chose de différent. Le résultat était largement meilleur que l'original, ce corset que l'on connaît depuis 40 ans. Mais le concept de base restait le même. Je suis ensuite allé voir cette entreprise, UNYQ, ainsi que nos équipes en interne, et j'ai demandé : « Est-ce qu'il y a des règles, à respecter en particulier pour ce projet ? » Ils m'ont dit que non, qu'il n'y avait aucun problème et que j'avais carte blanche. Je me vois comme un catalyseur. J'aime beaucoup ce rôle. Un peu comme une alchimie. Il faut rassembler les bonnes personnes pour que tout fonctionne. Donc j'ai pris mon téléphone et j'ai appelé une personne qui est entre temps devenue un bon ami, Francis Bitonti. C'est celui qui a fait la Dita Dress, cette robe imprimée en 3D qui épouse les formes de Dita Von Teese. Mais en réalité, je l'ai appelé parce que c'est un véritable génie des matériaux, de l'intelligence artificielle et du design algorithmique. J'étais très enthousiaste, et je lui ai demandé s'il accepterait de travailler gratuitement avec moi sur un projet vraiment prometteur. Il m'a demandé de lui en dire plus. Je lui ai répondu : « Si je te donne un corset de scoliose, peux-tu appliquer l'un de tes algorithmes de génération de design pour éliminer tout ce qui n'est pas nécessaire pour maintenir les points essentiels, les points de force de ce corset ? » Il m'a répondu « Oui, je pense. » Au départ, le simple fait d'analyser le corset a pris une journée entière. L'ordinateur a bien mouliné, et finalement, nous avons pu éliminer les deux tiers de la matière. Et à la place d'un corset de torture, nous avons pu donner à ce corset l'aspect d'un maillot de bain asymétrique. C'était génial. D'ailleurs, un jour, nous l'avons présenté à la Maison Blanche lors d'un événement sur le handicap et Dezeen l'a repéré, puis Wired, et le musée du design Cooper Hewitt nous en a acheté un pour sa première collection. Nous l'avons même fait défiler, c'était vraiment formidable. Il y a une jeune femme qui essaie des produits pour UNYQ, donc elle nous servait de mannequin, et voir le sourire sur son visage quand elle a essayé le corset était simplement merveilleux. C'est une maladie qui affecte les jeunes filles et les adolescentes principalement. Elles ont huit fois plus de probabilités d'avoir une scoliose que les garçons. Imaginez, pour une adolescente, ce que cela représente de devoir mettre un corset tous les jours. Et elles doivent le porter 16 à 18 heures par jour. Celui-ci est tellement joli qu'il a défilé sur plusieurs podiums porté par des jeunes femmes qui avaient l'air tellement sûres d'elles et tellement heureuses. Cela met du baume au cœur. C'est à ça que la fashion tech devrait servir.

J.P : Je crois que c'est un bon exemple pour faire comprendre aux gens que la fashion tech, ce ne sont pas que des gadgets. Il faut donner à voir des projets utiles. Quand on pense à tout ce qu'il y a faire ne serait-ce que dans les hôpitaux. Les tissus sont rêches, rien n'est pensé pour être agréable. Je sais que dans certains services de pédiatrie, on réfléchit à reproduire la vie in utero pour apaiser les bébés prématurés.

T.H : Et on peut envisager de reproduire le son d'un battement de cœur...

J.P : Oui, exactement, et aussi cette couleur particulière que crée le sang de la maman en circulant dans les veines, cette lumière unique. On a ainsi pu démontrer que les bébés qui allaient dans ce type de cocons amélioraient leur état beaucoup plus rapidement que les autres.

T.H : C'est fascinant, n'est-ce pas ? Le fait de pouvoir imiter la biologie, parfois. J'aime aussi beaucoup la fashion tech parce qu'elle nous aide à nous connaître. Comme la robe Synapse, par exemple. Je l'ai présentée lors du CES de Las Vegas. Là-bas, les gens aiment faire des blagues, et la technologie est un univers très masculin. Cet événement rassemble des milliers d'hommes. Et j'entendais des commentaires pas très flatteurs à propos de mon mannequin, pas très classes, et je me sentais comme un papa ! Je leur faisais la chasse ! Mais ce qui était intéressant, c'est que cette robe comporte aussi un serre-tête. Et au fur et à mesure que le niveau d'attention du mannequin augmente, les lumières de la robe s'allument.

J.P : Cela me fait penser au projet "Caress of the Gaze" de Benhaz Farahi que j'ai pu voir à Paris. C'est une espèce de plastron  inspiré d'une anémone, cet animal marin qui se referme quand il se sent attaqué. Elle se hérisse lorsque l'on se sent agressé ou que le regard de notre interlocuteur (capté par une petite caméra) nous est hostile...

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T.H : On m'a déjà demandé pourquoi je travaillais sur ces projets. Et la première chose à laquelle j'ai pensé, c'est : si quelqu'un a un enfant autiste, hyperactif ou avec des problèmes d'attention, ne serait-il pas intéressant de savoir dans quelles conditions il est capable de se concentrer ? Quelles sont ces facteurs ?  La lumière, l'environnement... ?

J.P : J'ai rencontré une designer à Eindhoven qui travaillait sur un projet de couleurs permettant de faire des diagnostics de douleur aux urgences. C'est en projet, ce n'est pas encore tout à fait fini, mais le projet consiste à établir rapidement et au moyen d'une sorte de chapeau collerette, un électro-encéphalogramme pour déterminer si les personnes inconscientes souffrent ou non. Grâce à un capteur, on peut mesurer l'activité électrique, donc on regarde la couleur : si c'est rouge, il faut donner un sédatif à la personne. Cela fonctionne aussi avec les enfants, parce que c'est difficile de savoir si un bébé qui ne parle pas encore souffre ou non. Si la couleur devient rouge, on sait qu'ils souffrent !

T.H : Nous avons travaillé avec une entreprise sur une petite combinaison pour bébé fonctionnant avec notre appareil Edison, qui permet de contrôler si le cœur du bébé bat normalement. Et elle est connectée en Wi-Fi, donc on peut même contrôler à distance.

J.P : Pour éviter la mort subite du nourrisson, par exemple ?

T.H : Oui, exactement. Et maintenant, on peut même faire ce genre de choses avec une chaussette. Il y a des chaussettes qui arrivent à mesurer ces variables. C'est tellement intéressant. Il y a tellement de choses inspirées de la biologie. Comme la première robe que nous avons faite avec Becca McCharen et sa marque Chromat, l'Adrenaline Dress. Vous savez ce qu'est l'adrénaline ?

J.P : Oui, c'est une hormone que le corps sécrète quand on a peur ou qu'on est excité ou qu'on sent un danger...

T.H : C'est ça. Le corps produit une drogue, l'épinéphrine, et c'est elle qui nous permet de réagir. Nous avons travaillé sur des moyens de mesurer le niveau d'épinéphrine sans analyse de sang. Le corps réagit : la respiration change, la température change, et ce sont des données que nous pouvons mesurer directement. Donc nous avons décidé de faire de cette robe l'extension de celle qui la porte. Quand la personne est excitée ou ressent de l'adrénaline, cela active la forme de sablier au dos de la robe qui augmente sa taille de 30 %. Comme un chat hérissé, par exemple. C'est l'idée que nous avons eu, et nous voulions qu'il y ait aussi du mouvement. En fait, il y a environ 360 petites articulations qui bougent grâce à une pièce à mémoire de forme, composée de deux parties métalliques qui réagissent différemment lorsqu'elles sont exposées à un courant électrique. La robe grossit silencieusement, comme un animal.

J.P : Donc si une femme seule se fait agresser dans la rue le soir...

T.H : C'est ça. Mais cette technologie pourrait même être intégrée à un soutien-gorge, par exemple. Le soutien-gorge touche directement le cœur, il en est très proche, et on pourrait imaginer un geste qui permette d'appeler une amie, ou sa mère... Et c'est le genre de choses que peut faire la fashion tech. Comme cet entrepreneur, Jerry Wilmink, il a une entreprise qui s'appelle Wisewear et qui a produit un bracelet qui appelle à l'aide si l'on tape dessus suivant un certain dessin. Et le bracelet est joli. C'est bien pensé.

J.P : Très intéressant. Voulez-vous dire un dernier mot pour conclure ? Quel est le projet le plus intéressant que vous avez vu ces dernières semaines, en tant que chercheur ?

T.H : Eh bien, il n'y a pas grand-chose qui me surprend, parce que j'ai déjà vu beaucoup de choses similaires.  Mais s'il y a bien un projet qui a réussi à m'étonner et que j'ai trouvé extrêmement intéressant, c'est celui du mannequin robotique d'Euveka. J'ai rencontré Audrey-Laure le premier soir de Remode et je suis resté bouche bée. J'étais fasciné. Il y a beaucoup de logiciels de patronage en 3D, mais ça ne remplace jamais le réel, et ça ne permet pas vraiment de le représenter non plus. Mais elle, elle est capable de montrer comment faire un patron en bien plus de trois dimensions en se basant sur un scan 3D. On peut imaginer un tailleur qui garderait les codes informatiques de ses clients à l'avenir.

J.P : En fait, c'est comme ça qu'on faisait pendant longtemps. Les maisons de haute couture avaient les mesures de leurs clients. C'est la même idée, en plus efficace.

T.H : Cela permet de traduire le numérique en représentation physique d'une excellente manière. Et cette notion est la clé de la fashion tech. Comment traduire ou lier le physique au numérique ? Je veux dire, même si une matière a le même aspect physique en numérique, on ne peut pas la toucher. On ne peut pas la sentir. Même si des personnes travaillent à rendre possible l'appréhension de certaines matières sur un surface en 2D, comme les chercheurs anglais de Chewbullet. Et les créateurs aiment toucher, aiment sentir.

J.P : Oui. C'est la première chose que je fais quand je trouve un nouveau tissu. Je le touche, je le plisse... Ce serait très difficile pour moi de choisir un tissu pour une collection à partir d'une projection 2D.

T.H : Exactement. Est-ce que vous achèteriez sans toucher ?

J.P : Peut-être, mais pas pour mes propres créations. Pour mes créations, j'ai besoin de toucher. Je peux faire une présélection des tissus, mais pour me décider, j'ai besoin de toucher. Parce qu'il y a un aspect corporel qui est très important dans la création de vêtements. Parfois, les créateurs fashion tech oublient un peu cet aspect, mais c'est quelque chose de très intime. Et quand on crée des vêtements, il faut penser comment les gens vont se sentir dedans, donc il faut connaître les propriétés du tissu, savoir s'il est suffisamment doux, souple, rigide...

T.H : J'ai remarqué que les créations d'Anouk sont en général très rigides, imprimées en 3D, et dans certaines circonstances, la mannequin ne pouvait pas s'asseoir. Elle devait s'asseoir sur un tabouret en hauteur, parce que la robe ne comporte pas de pantalon. Par contre, l'Adrenaline Dress est un peu rigide, mais elle est prometteuse. Elle est entièrement imprimée en 3D sur des imprimantes basiques, mais elle a l'aspect d'une vraie robe de cocktail. J'adore voir ces différentes matéralités. Nous imitons le tissu. Plus nous scannerons en 3D, prendrons des tailles, etc. Je m'intéresse beaucoup à la façon dont tout ça fonctionne, mais je pense que l'avenir est plutôt dans toutes ces technologies basées sur les données comme des caméras qui n'auraient même pas besoin de scanner votre corps, qui vous reconnaissent non pas à votre visage mais à votre façon de marcher. Et comment peut-on s'en protéger ? Je pense que notre problème, à l'avenir, ne sera pas de savoir faire les choses. Ce sera plutôt de déterminer ce que l'on compte en faire, et tous les questionnements qui en découlent ainsi que les implications sociales, éthiques et politiques. Je pense que ce sera bien plus difficile que la technologie.

 

traduction : Clémentine Martin


Unspun : Bienvenue dans le futur de l'habillement ?

Unspun est une jeune entreprise américaine de production de vêtements assistée par la robotique et l'informatique. Spécialisée sur le créneau du jean, elle propose des produits sur-mesure et réalisés à la demande. Elizabeth Esponette et ses associés, Kevin Martin et  Walden Lam se sont donnés comme mission de réduire à moins de 1% leur empreinte carbone en pariant sur l'automatisation, le localisme et une industrialisation raisonnée des processus. Cette entreprise en pleine croissance est soutenue par the National Foundation, SOSV, the Mills Fabrica et la fondation H&M.

Comprendre le concept de Unspun c'est imaginé un salon d'essayage du futur duquel vous ressortiriez avec un jean taillé à vos exactes mensurations. Convaincus qu'un avenir alternatif de la mode est possible, Beth Esponette, Kevin Martin et Walden Lam, trois entrepreneurs diplômés des universités de Stanford et du Colorado, ont décidé de réaliser ce qui jusqu'à présent n'était qu'une vue de l'esprit, à savoir une machine capable de produire un avatar 3D aux exactes mensurations de leurs clients et d'en tirer au moyen d'un algorithme un vêtement parfaitement à leur taille, produit sur demande. L'objectif derrière ce projet est non seulement de satisfaire au mieux leur clientèle mais également de réduire drastiquement les problèmes de gaspillage liés à la production et le casse-tête de la gestion des stocks. Mais ce n'est pas tout, Unspun développe également un processus permettant de recycler les vêtements réalisés selon leur technique et d'en tirer de nouvelles bobines sans jeter de matière ni encore moins de vêtements.

En 2016, et après avoir été parmi les premiers postulants, l'équipe de Unspun est récompensée par le prix Early Bird lors de le seconde édition du Global Change Award. Ils ont ainsi eu l'opportunité de suivre les lauréats lors de leur voyage d'étude à Milan.

En Novembre 2017, l'équipe Unspun annonce avoir réalisé leur premier jean réalisé à partir de scans 3D, obtenus lors de différents popups à Hong Kong. Après le premier succès de leur preuve de concept, ils sont maintenant focalisés sur le développement et l'amélioration de leur machine de tissage en 3D. Cette machine a la capacité de produire sur demande les panneaux de tissus nécessaire à la réalisation de leurs jeans, cela sans gaspillage et directement en boutique.

 

Unspun

Julie : Bonjour Beth, merci de prendre le temps de répondre à quelques questions. Quel a été votre parcours avant Unspun ?

Beth Esponette : J'ai grandi dans le Maine, j'étais le genre de gamine qui joue au foot, une bosseuse qui aimait skier, passer du temps avec sa famille, qui faisait des petits jobs bizarres durant le lycée (emballage de tomates, arbitrage sportif, vendeuse de donuts, etc) et qui un été a assisté à des cours de mode dans une école d'art à Brooklyn. J'accorde de l'importance au fait de travailler dur et d'essayer des choses inédites. À l'université j'ai suivi un chemin différent de celui de mes camarades de classes et ai décidé d'étudier l'habillement à Cornell, j'y voyais une fascinante combinaison d'art et de science. Et le mieux, c'est que nous interagissons tous les jours avec cette fameuse combinaison. J'ai travaillé dans l'industrie dans divers secteurs comme les exo-squelettes robotisés, l'équipement de plein air et même le vêtement de tous les jours. Après m'être familiarisée avec les ateliers et avoir été inspirée par de nombreux voyages, je suis retournée étudier le développement produit et l'industrialisation et ce à un plus haut niveau, tout en donnant des cours à l'université. Mais ça, c'était avant de me consacrer à 150% à Unspun.

J : Comment vous est venue l'idée de Unspun ?

B.E : La partie rationnelle de mon cerveau a toujours eu du mal à trouver une logique à l'industrie textile et surtout à son organisation : les services design produit ignorent les designs qui sont susceptibles de ne pas se vendre, tout en tâchant de prévoir comment vont se vendre les pièces survivantes de la collection dans chaque taille, couleur, saison, aire géographique etc... Ils produisent des tonnes de produits en sourçant et produisant partout sur la planète, expédiant partout dans le monde tout en regardant les clients devenir impatients et frustrés de ne pas trouver ce qu'ils veulent, ce qui leur va... pour que tout cela finisse à la décharge ou à l'incinérateur ou se retrouve sur les bras des retailers qui ne savent que faire de tous ces excédent de stock et se retrouvent obligés de jouer le jeu de la démarque.

Je pense que le fait de voir les possibilités offertes par l'impression 3D et autres techniques de fabrications additives m'ont poussée à m'interroger sur pourquoi nous ne pouvions pas changer la façon de fabriquer et repenser la conception du vêtement non du point de vue du marché de masse mais plutôt de celui de l'individu.

J : Comment avez-vous convaincus vos associé d'adhérer au projet ?

B.E : Je n'ai pas trop eu de mal à les convaincre ! Ils ont tout de suite partagé la vision que je cherchais à transmettre et ont proposé des perspectives intéressantes. Si j'avais eu des difficultés à convaincre quelqu'un d'autre, j'aurais du reconnaître que je devais probablement communiquer mieux et même admettre que le projet n'était pas assez mature ou valable pour convaincre quelqu'un de le rejoindre. Lancer une entreprise est extrêmement éprouvant et il faut être parfaitement convaincu pour se lancer. Il faut en sentir l'importance au plus profond de soi.

J : Vous partagez donc tous la même vision de la mode ?

B.E : Absolument ! Nous pensons tous que la mode donne du pouvoir aux gens et que c'est une industrie qui doit être reconnue. Nous pensons également qu'en vertu de son organisation actuelle (chaîne d'approvisionnement, production et retail), la mode ne fait aucun sens, surtout si l'on pense aux enjeux auxquels notre planète doit faire face. Nous savons que les clients ne sont en général pas satisfaits des tailles ni des systèmes de personnalisation, que les retailers se plaignent des inventaires interminables et coûteux, et que pour sûr, la planète est elle aussi très insatisfaite de la situation - à savoir transformer des ressources naturelles utiles en gaspillage de terres agricoles et gaz à effet de serre. Avec Unspun, nous entrevoyons un futur excitant dans lequel il n'y aurait aucun inventaire, aucun gâchis et le produit pourrait être customisable à l'infini.

 

Unspun

J : Quand avez-vous commencé ?

B.E : J'ai commencé à développer ce concept en 2014. Walden et moi travaillions ensemble depuis 2015, Kevin est arrivé en juin 2016. Nous tous les trois à temps plein depuis juillet 2017.

J : Quel est le concept de Unspun ? Comment cela fonctionne-t-il ?

B.E : Le concept de Unspun est de créer un produit sur-mesure pour des consommateurs et ce dès l'instant où ils choisissent d'acheter. Tout d'abord notre client choisit le forme de jean préférée, puis le tissu et est ensuite "scanné" pour connaître le plus précisément possibles ses mensurations et réalisé en fonction de cela le meilleur des vêtements. Quelques semaines plus tard, il reçoit un jean sur-mesure réalisé avec le concours d'un algorithme et des datas récoltées lors du scan 3D.

J : Si je n'ai pas accès à un scanner 3D, comment puis-je utiliser le concept de Unspun ?

B.E : Très bonne question ! Le meilleur moyen est de trouver le scanner 3D le plus proche, chercher un popup si vous habitez une grande ville, sinon il faut venir nous voir à San Francisco ou à Hong Kong ! Vous pourrez trouver toute information utile sur notre site denimunspun.com  ou nous contacter à l'adresse hello@unspuntech.com.

J :Pourquoi avoir choisi la Californie et Hong Kong comme points de départ ?

B.E : Dans ces deux endroits, on retrouve une grande ouverture d'esprit et beaucoup d'envie de tester de nouvelle chose, ce qui est essentiel pour une petite startups audacieuse comme la nôtre ! Nous avons aussi besoin d'employés ouverts d'esprit, d'investisseurs ouverts d'esprit et de clients ouverts d'esprit - tous ceux qui décident de se joindre à nous doivent s'astreindre à la nouveauté et aimer cela. D'ailleurs je pense que l'on peut en faire une règle générale pour quiconque cherche à attirer des startups et des innovateurs.

Dans la baie de San Francisco en Californie où notre startup a démarré, il y a un très bon terreau pour le design et l'ingénierie et en particulier pour leur mariage. Nous avons bénéficié pleinement de cet éco-système dans la constitution de notre équipe. Nous avons bien sûr également bénéficié de l'héritage ambiant dans les domaines de la tech et du denim. Hong Kong a également un héritage en matière d'habillement et de production de vêtement, héritage qui tend à se raviver, ce qui a facilité les prises de contact avec l'industrie locale et des experts en machines industrielles textiles. Au delà de ça, c'est un marché très dynamic, idéal pour effectuer un test et le conquérir.

J : D'où provient le denim utilisé pour vos jeans ?

B.E : Nous travaillons avec Candiani Mill près de Milan en Italie. C'est entreprise familiale qui existe depuis 1938. Nous n'aimons pas seulement la qualité et le savoir-faire des tissus italiens mais aussi leur volonté de réduire les polluants dans les processus de filage, de tissage et de teinture. C'est très agréable de constater qu'en tant que partenaire nous les aidons à rendre leur jeans plus durables et responsables. Il y a un véritable échange entre nous. 

J : Sachant que vos jeans sont produits à la demande et réalisés sur mesure, qu'advient-il des jeans que l'on peut vous retourner ?

B.E : C'est une question que nous continuons de nous poser ! Comme nous ne produisons aucun article sans commande préalable, nous n'avons ni inventaire, ni stocks dans nos magasins. Nous pouvons exposer des jeans aux clients afin qu'ils puissant constater la qualité, la construction et le soin du tissu. Ces modèles pourraient être des retours. On leur trouvera utilité c'est sûr ! Dans un futur proche, nous utiliserons un système de recyclage pour les tissus mélangés (pensez au casse tête que représente le coton mélangé au Tencel et à l'élasthanne!) qui est développé par de nombreux groupes de par le monde. Nous pourrons ainsi produire de la matière pour d'autres jeans.

Unspun

 

J : Quelles sont les prochaines étapes pour Unspun ?

B.E : Tant de choses excitantes ! Nous voulons prendre davantage la parole, notamment lors de pop-ups. Il y a une part d'éducation très importante dans notre démarche. Autre objectif pour nous : raccourcir le temps de production de nos jeans de trois semaines à une semaine - et c'est raisonnablement réalisable. Nous voulons que nos machines de recyclage et de tissage fonctionnent très prochainement afin de pouvoir le partager avec le monde.

J : Comment imaginez-vous le futur de la mode ?

B.E : Je l'imagine volontaire, engagée et circulaire. Tout ce qui sera fait, le sera au plus près des désirs et des besoins du consommateur. Les invendus seront recyclés (sans être "downcycled", sans perdre d'intérêt ou de valeur) sous forme de produits désirables pour les consommateurs. Il y a déjà tant de vêtements sur cette planète qu'il n'es pas nécessaire d'en créer d'autres. Ni d'ailleurs d'introduire plus de matière première dans le système, pourtant nous continuons de le faire. Je fais le pari de dire que dans le futur ce ne sera plus le cas, pour la simple et bonne raison que cela n'aura plus aucun sens.

Je pense également que la mode sera encore plus digitale,  simple d'accès et d'utilisation. Nous gèrerons nos garde-robes online, nous pourrons acheter des produits que nous aurons virtuellement essayés sur des avatars qui nous seront propres et qui seront produits sur-demande. Ainsi nous n'aurons plus à gérer des stocks excédentaires, et nous agrandirons le champs des possible en matière de création. Je pense que tout ce que j'évoque ici concernera les 20 prochaines années. Je suis d'autant plus excitée de connaître la suite !

J : Quelle est votre innovation favorite dans le domaine de la mode ? Qu'est-ce qui vous a impressionné récemment ?

B.E : Unspun bien sûr, mais je ne suis pas vraiment objective ! C'est une question difficile. Il y a tant de choses incroyables qui se passent de nos jours dans ce domaine ! En ce qui concerne le jean plus spécifiquement, je suis vraiment impressionnée et intéressée par Jeanologia et les autres méthodes de gravure laser vectorisées pour le marquage et le délavage des jeans sans utilisation de produits chimiques. D'un point de vue plus global, j'ai hâte de voir comment les nouvelles méthodes de recyclage vont se mettre en place et s'articuler. À l'heure actuelle, seul un pourcentage ridicule de vêtement est recyclé. Il y a de nombreuse raisons à cela et notamment le fait que les tissus mélangés sont très compliqués à gérer. Ce que sont en train de faire HKRITA, la H&M Foundation ou encore Novetex pour le recyclage du coton mélangé en utilisant des méthodes mécaniques, chimiques et de plus en plus respectueuses de l'environnement, c'est vraiment ce dont a besoin l'industrie.

Unspun

 


Remode : le nouveau rendez-vous américain de l'innovation dans la mode.

En attendant la série d'interviews réalisées sur place, nous vous proposons un rapide retour sur l'évènement Remode auquel nous avons participé en tant que partenaires les 13 et 14 Novembre derniers, à Los Angeles. La première édition de cet évènement a rassemblé plus de 1000 participants, venus de tous les secteurs de la mode incluant des scientifiques de la fashiontech, des chercheurs en biodesign, des CEO de marques influentes, des partenaires financiers, des designers et des startups innovantes. Grâce à un solide réseau composé notamment des écoles les plus en vue de la mode, d'organisations associatives, para-étatiques et d'associations d'anciens élèves, Remode a atteint une audience globale augmentée par la diffusion de l'évènement en live stream. Avec la présence de 115 sponsors et exposants ainsi que d'une centaine de journalistes, Remode se voulait une nouvelle plateforme d'échange et de networking au sein d'une industrie qui nécessite plus que jamais la collaboration de tous ses acteurs. Le pari est relevé haut la main avec plus de 2700 connections et 1600 demandes de rendez-vous enregistrés par l'application mise à disposition des participants qui sont repartis aux quatre coins du monde plein d'une énergie communicative.

Remode
crédits Chrisian Colton pour Remode

Qu'est-ce que Remode? 

Fondé par Pierre-Nicolas Hurstel sous le patronage de UBM, ce nouvel évènement a pour objectif d'aider les professionnels de la mode à s'adapter à un univers de plus en plus complexe. Nouvelles demandes, nouvelles technologies, nouveau défis pour la distribution, les marques et leurs dirigeants sont de plus en plus confrontés à des problématiques de développement complexes. À cela s'ajoute une grande demande des consommateurs sur la transparence et la respectabilité des marques qu'ils achètent. Remode est né de la volonté de mettre à disposition des marques de mode les solutions et les contacts qui permettraient de transformer leur business pour une mode plus durable et responsable.

Comment fonctionnait ce nouveau rendez-vous ?

Remode a la volonté de traiter la question de l'innovation du fil jusqu'au consommateur final. Il s'agit donc de traiter des sujets complexes qui nécessitent donc de la collaboration. L'idée a donc été de créer de quatre piliers dirigeant le discours des conférences : ReMake, ReThink, ReInvest et ReMarket. Chacun de ces piliers avait son propre programme de conférences. Toutes les conférences étaient en continu et en simultané sur trois scènes différentes. Par ailleurs chaque pilier avait également sa propre zone d'exposition où des acteurs en prise direct avec le sujet évoqué étaient présents pour présenter de nouvelles solutions. À titre d'exemple ReThink traitait des nouvelles tendances consommateur et des technologies innovantes appliquée à la mode (blockchain, A.I...). ReMAke s'intéressait davantage à comment imaginer, designer et produire la mode de demain et proposait une série de conférences extrêmement intéressantes notamment sur les innovations matières et les processus d'élaboration de business responsables (notamment des ERP appliqués à la gestion des stock et de la seconde vie des produits). Dans l'espace ReMArket étaient représentées les avancées en matière de retail, de la digitalisation du wholesale en passant par les nouveaux concepts de boutiques et le ecommerce. La partie ReInvest proposait quant à elle de nouvelles perspectives en matière d'investissement et guidait les marques sur les nouvelles manières de gérer des capitaux et des investissements en fonction des nouveaux modèles de la filière (de la levée de fonds jusqu'au parc retail).

Remode
crédits, Christian Colton pour Remode

En clôture de la première journée, les organisateurs ont présenté les premiers ReMode Fashion Awards, récompenses pour les meilleures marques et solutions technologique pour les acteurs de la mode. Les lauréats ont été sélectionné par un jury de professionnels et classés en 10 catégories. Pour remporter le trophée il fallait remplir une grille précise de critères basée sur la créativité, l'expérience client et la caractère "durable" de la solution. Les gagnants 2018 sont :

Best AI Solution: Heuritech
Best Blockchain Technology: .Arianee
Best Cross-Border Ecommerce Solution: Flow
Best Customer Experience Solution: EverThread
Best Design Technology: Euveka
Best Digital Wholesale Solution: INTURN
Best Financing Solution: Affirm
Best Sustainable Manufacturing Solution: Nineteenth Amendment Smart PLM
Best Virtual and Augmented Reality Solution: Allure Systems
Sustainable Brand of the Year: Reformation

Remode
Charlotte Fanneau et Célia Poncelin de la startup Heuritech, lauréates de la Best AI Solution des premiers ReMode Fashion Awards, avec Pierre-Nicolas Hurstel fondateur de Remode, crédits Christian Colton pour Remode

Qu'est-ce qui est différent des autres rendez-vous professionnels du secteur? 

Incontestablement l'énergie décontractée de la Californie ! L'idée, plutôt réussie, était de mélanger des acteurs prépondérants du marché avec les nouveaux venus de taille plus modestes mais non moins efficaces, et les installer dans un rapport de proximité. Plus de 60 startups venues du monde entier étaient présentes et réparties sur les quatre piliers. Et Cocorico ! Les français étaient largement représentés, notamment avec Sébastien Kopp co-fondateur de Veja, Nicolas Santi-Weil CEO de Ami Paris, Nicolas Claquin directeur de Kering Amériques, François Girbaud fondateur de Marithé François Girbaud, Pierre-Arnaud Grenade CEO de Bash, Audrey-Laure Bergenthal CEO d'Euveka, Frédécric Montagnon président de .Arianee  et les équipes de De Rigueur Lab, Endeer (toutes deux invitées par nos soins), Heuritech et Prose Hair (basée à New-York). Les différences de niveau d'influence ou de taille d'entreprise loin d'être un frein aux échanges et aux rencontres ont permis un réel brassage et émulation collective très positive. Entre échange de best practice et exemple par l'action, petits et grands acteurs ont ensemble compris que les chemins vers une mode différentes étaient multiples et que la collaboration s'imposait. Chacun avec leurs enjeux, tous doivent cependant avancer dans la même direction.

En collaboration avec Intheloup.la, une série de dîners était organisée dans plus d'une dizaine de lieux distinct dans Los Angeles. Sous la houlette de ShopifyGlobal Fashion Exchange, MMG ou encore NY Fashion Tech Lab, chaque invité était sélectionné et appairé en fonction des autres participants pour augmenter au maximum les possibilités de synergie. Outre la découverte de la ville, ces dîners étaient l'occasion pour tous les participants de créer des liens dans des cadres plus décontractés. Une véritable bouffée d'air frais lorsque l'on connaît le protocole professionnel habituel.

La prochaine édition est d'ores et déjà annoncée pour les 29 et 30 Octobre 2019. De notre côté le rendez-vous est pris !

Remode
Amber Veletta -Master and Muse- avec Hassan Pierre -Maison de Mode- crédits Christian Colton pour Remode

Le géant Vente-privee acquiert la startup Daco.

Le géant Vente-privee annonce l’acquisition de Daco, dont nous faisions le portrait en mars dernier. Cette start-up française accélérée au sein de Vente-privee Impulse, présent à Station F , propose une utilisation de l’intelligence artificielle qui permet l'élaboration de  stratégies concurrentielles pour les marques de mode.

Fondée il y a maintenant deux ans par Anis Gandoura, Claire Bretton et Paul Mouginot, elle représente aujourd'hui l'une des plus belles success story parmi les aventures entrepreneuriales de l'univers de la tech. Désormais les 3 fondateurs de Daco, intègrent les équipes de Vente-privee et c’est ensemble, qu’ils se lancent dans la co-création d’une nouvelle aventure technologique. À travers cette acquisition, les équipes des deux entreprises vont désormais mobiliser toutes les synergies pour exploiter les technologies de reconnaissance d’image de Daco fondées sur l’intelligence artificielle. L’objectif est d’appréhender le marché avec une segmentation particulièrement fine des produits des marques.

« Nous sommes très fiers de voir que cette pépite a tiré le meilleur parti de sa période d’accélération. Nous avons à cœur de tisser des liens durables avec les start-ups, dans notre vision long terme de l’entreprise où nous plaçons l’innovation et la tech au cœur de notre stratégie de croissance » 

Jacques-Antoine Granjon, PDG et Fondateur du groupe vente-privee.

vente-privee

 

Au-delà du succès et du développement inédit de cette startup, Daco représente peut-être le premier rapprochement concret et efficient de la mode et de la tech. En deux ans d'existence et sans levée de fonds, daco est devenu un acteur clé du Retail, en nouant notamment des liens forts avec l'industrie de la mode (Fédération du Prêt à Porter, Fédération de la Haute Couture et de la Mode, DEFI, Institut Français de la Mode, ANDAM) et en développant une méthodologie unique d'analyse de données. Installée à Station F, Daco améliore en continu ses technologies en faisant levier sur les dernières publications scientifiques et mathématiques, ce qui lui a valu plusieurs distinctions, dont le prix Nvidia x ReWork AI en 2018.

« Depuis la création de daco, nous avons développé des liens forts avec des acteurs majeurs du monde de la mode, du retail et de la technologie : aujourd’hui, nous sommes très heureux de marier nos technologies à celles de vente- privee, et de rejoindre cette grande famille experte et passionnée. Nous sommes ravis que la période d’accélération de daco au sein de vente-privee impulse ait pu démontrer l’existence de synergies importantes entre notre jeune entreprise et le groupe. Au sein de vente-privee, nous avons hâte de continuer à faire ce qui nous passionne : résoudre des problèmes complexes, en étroite collaboration avec les métiers. »

Paul Mouginot, Anis Gandoura et Claire Bretton.

Cette équipe d’anciens consultants en stratégie et de spécialistes de la donnée, permet aux marques et aux distributeurs d’avoir une vision à 360° de leur environnement concurrentiel. Pour cela, la start-up a développé des technologies de pointe de reconnaissance d'image, basées sur l'intelligence artificielle et le deep-learning, pour classer automatiquement des dizaines de millions de produits dans des centaines de catégories détaillées, et pour réaliser des analyses poussées sur les assortiments. Les fondateurs de Daco ont su en faire un acteur clef de la stratégie de leurs clients sans pour autant se prévaloir d'une solution miracle. Avec humilité, ils tracent une autre voie de la tech vers la mode et par la même réalise une véritable innovation.

On leur souhaite le meilleur pour cette nouvelle aventure !


Avatars virtuels et mannequins robotisés : la fashion week de Septembre 2018 s'annonce technologique

Le directeur artistique de la maison Balmain Olivier Rousteing, vient de révéler les visages de ses trois nouvelles égéries Margot, Shudu et Gi conçues par le programme CGI ( Computer- Generated imagery ) . Ces trois mannequins virtuelles sont nées de la collaboration avec le photographe Cameron-James Wilson qui n'est autre que le concepteur de Shudu. En effet, Shudu est la première mannequin créée par le photographe et comptabilise aujourd'hui pas moins de 143000 followers Instagram. Margot et Gi l'ont rejointe à la demande d'Olivier Rousteing, bien conscient de l'opportunité en terme de buzz et de visibilité.

La « Balmain army » jusqu'alors composée de mannequins super star, de chanteuses pop renommées et d'amies « clientes » aux comptes twitter ou instagram bien garnis, est en passe aujourd'hui de faire rentrer la mode dans la quasi science-fiction. Buzz ou réelle tendance ? Réchauffé ou véritable nouveauté ?

mannequin virtuel

On le sait, Olivier Rousteing est un grand adepte des réseaux sociaux et notamment d'instagram. La digitalisation de la mode n'a que peu de secrets pour lui et il sait s'appuyer sur son impressionnante popularité sur les réseaux sociaux. Quoi de plus naturel pour cet « instagramolique » de faire rentrer Balmain dans l'ère du mannequin virtuel et faire leur présentation sur le célèbre réseau social. Des mannequins « sublimes » à disposition et sans fiche de paye, riche idée. Comment exploiter l'image de femme sans rétribuer aucune femme ? Perpétuer des diktats physiques et des clichés misogynes sans qu'aucune femme n'ait à les endosser. Plus d'autorisation, plus de droit à l'image, plus de réglementation des heures de travail, plus d'agents.

Bientôt la fin des agences de mannequins ? Rappelons que le premier avatar virtuel présenté sur instagram n'est autre que « l'influenceuse instagrammeuse » Lil Miquela. Ses créateurs Trevor McMedrief et Sarah Decou l'avaient créée à l'occasion d'un projet d'art digital dès 2016. Si aujourd'hui la jeune mannequin virtuelle comptabilise 1,4 millions d'abonnés, elle n'a pour autant pas encore supplanté, ni fait disparaître les influenceuses de chair et d'os. Néanmoins, on voit que cette « innovation » est déjà vieille de deux ans et s'inscrit dans une plus large tendance au « tout technologique » dans la mode. Pour preuve, le défilé virtuel holographique de Burberry en 2015, la flopée de miroir à réalité augmentée pour le retail, les lourds investissements consentis pour développer les technologies de AR et VR et plus proche de nous, l'annonce d'un défilé de mannequins robotiques dans la fashion week de Londres, les 15 et 16 Septembre prochains au Millenium Gloucester London Hotel.

mannequin virtuel

Organisé par l'entreprise Ohmnilabs pour l'occasion associée à la créatrice Honee, cet événement organisé par House of Icons verra pour la première fois des machines emboîter le pas à des mannequins humains. Intitulé A.I à la fois pour Intelligence artificielle et « amour » en vietnamien et en chinois, ce défilé doit selon le co-fondateur et PDG d'Ohmnilabs Thuc Vu « montrer de quelle manière la robotique et la mode peuvent collaborer créativement ». Comme une référence au défilé Dolce & Gabbana où des drones présentaient des sacs à mains ?

Force est de constater que nous devrons désormais composer avec le digital et la robotisation dans la mode. Néanmoins, il semble que ces avancées ( si tant est que cela en soient ) restent encore limitées et bien en deça de la fluidité d'un textile, le grain d'une peau, l'élégance d'une démarche. Espérons que nous garderons en mémoire l'amour des matières et qu'un jour les spectateurs d'un défilé se concentreront avant tout de nouveau sur la beauté des œuvres mouvantes que sont les vêtements. Si ce sujet vous intéresse et vous souhaiteriez l'approfondir, rendez-vous dans le numéro 6 de Modelab de Mai dernier pour lire le très complet article sur la mode virtuelle, de notre cher Coline Vernay.


"Dream assembly" pose les bases du commerce de demain

Farfetch, la première plateforme en ligne destinée aux produits de luxe a annoncé le lancement de l'accélérateur de start-up « Dream Assembly ». Un programme ambitieux ayant pour objectif d'accompagner les nouveaux projets à caractère innovants dans le domaine du retail. Dream Assembly s'engage ainsi à poser les bases du commerce de demain en garantissant la pérennité des startups les plus prometteuses. Un pari gagnant pour l'ensemble des acteurs du luxe et de la mode, y compris Farfetch, qui sera le premier à bénéficier de l'aide apportée à la prochaine génération de sociétés œuvrant au futur des nouvelles logiques techniques et stratégiques du e-commerce.

Farfetch

Fondé en 2007 par José Neves, Farfetch est la success story d'un jeune entrepreneur qui mise tout sur le domaine du luxe et de la mode , mais surtout sur l'avenir du e-commerce. Avec la vente d'articles provenant de plus de 500 boutiques, Farfetch est devenue la plate-forme technologique mondiale de la mode et du luxe reliant les créateurs, les conservateurs et les consommateurs d'une trentaine de pays à travers le monde. L'entreprise à la prospérité croissante ayant pour seul mantra, l'ultra-personnalisation de ses offres, prépare son introduction en bourse avec une valeur estimé à 4,5 milliards d'euros. Côté partenariat, Farfetch a initié une collaboration avec la marque française Chanel axée sur la recherche dans l'innovation et l'expérience de vente. Le groupe Chalhoub lui permet d’étendre son marché au Moyen-Orient. Le rachat de CuriosityChina, agence spécialisée dans le marketing social renforce la stratégie commerciale de ce géant de la vente en ligne de produits de luxe. Depuis un an, le site compte parmi ses actionnaires majeurs le géant chinois de la vente en ligne JD.com. Au total, Farfetch propose à ce jour les produits de 3200 marques. Le portail revendique désormais quelques 935 000 utilisateurs actifs, chiffre en progression de 40 % par rapport à l’exercice précédent.

Aujourd'hui l'entreprise se lance dans la création d'un accélérateur de technologie dédié à l'innovation dans le domaine du e-commerce. Le programme Dream Assembly a ainsi pour vocation de réinventer l'expérience de vente en intégrant les bases de l'augmented retails ou le commerce connecté. L'appui financier du mastodonte britannique Burberry et la promesse de travailler sur les innovations parmi les plus révolutionnaires au monde, ont suffit à convaincre et rallier au programme l'entreprise « 500 Startups », un fonds d'investissement et un incubateur de startups fondé par Dave McClure et Christine Tsai en 2010. « 500 Startups » s'engage à offrir son expertise aux jeunes entreprises participantes au travers d'ateliers de formation propres à la politique du commerce connecté.

Farfetch

Dream Assembly prendra place dans les bureaux de Farfetch à Lisbonne et comprendra une série de workshops donnant aux startups un accès direct à l'expertise de Farfetch dans l'industrie des produits de luxe et de la technologie sur une période de 3 mois. Le programme prévoit des séances de coaching individuel avec les dirigeants de Farfetch, la mise en place d'un système de réseautage, des réunions de mentorat sur des sujets tels que le commerce électronique, le marketing, la technologie, la mode, la logistique et les opérations stratégiques commerciales. Les startups participantes seront au nombre maximum de 10 et recevront un montant de 30 000 euros pour donner vie à leur projet. De plus, le programme propose deux journées de démonstration (à Lisbonne et Londres), où les participants présenteront leur entreprise à un groupe pré-sélectionné d'investisseurs externes et auront ainsi l'opportunité de bénéficier d'un financement supplémentaire.

En prodiguant à ces jeunes entreprises la meilleure expertise et le meilleur mentorat que possible, Dream Assembly entend bien mettre fin à cet entre-deux transitionnel numérique de l'écosystème du luxe et de la mode, dont la digitalisation est le plus souvent freinée par le manque de formations et les difficultés techniques.

Alors que de plus en plus d'entreprises ont recours aux solutions digitales ( 44 % selon une étude réalisée par KYU lab en 2017 ) pour le fondateur de Farfetch Jose Neves, la digitalisation des points de vente est le signe probant d'une profonde évolution de la culture du luxe et de la mode qu'il convient d'en saisir le sens stratégique, économique et social. Pour Delphine Vitry, spécialiste dans l'expérience client et le retail, le constat reste le même, les maisons ont le devoir d'adapter leur offre à celui d'un client plus exigeant et de trouver une certaine balance entre créativité et stratégie d'offre.

Farfetch

Malgré l'écrasante majorité des personnes en faveur d'un changement de paradigme, il subsiste encore quelques réfractaires au changement qui évoquent des difficultés techniques ( liées à la compréhension ou à l'intégration des nouveaux outils ) mais également à l'avenir du système de production et de distribution. Quelles seront les nouvelles conditions de distribution engendrées par la digitalisation des points de vente ? Existera t-il encore un pouvoir d'achat ou deviendrons-nous tributaires d'un système commercial ayant la main mise sur nos données personnelles ? L'ultra-personnalisation que proposent ces solutions digitales ne risque t-elle pas de provoquer la suppression de toutes formes de créativité spontanée ?

La monétisation croissante des datas loguées (données personnelles) , la plausible disparition de certains métiers de la vente sont les facteurs les plus occultés quant il s'agit d'innovation numérique. Il n'en demeure pas moins que l'impact économique et social engendré par tous ces changements, mériterait cependant que l'on s'y attarde. S'il est vrai que l'évolution a toujours apporter son lot de bouleversements , rien ne garantie en revanche qu'elle soit de bonne augure. En attendant d'avoir le fin mot de l'histoire, il est heureux de voir que de plus en plus d'actions sont misent en place pour permettre le développement et garantir la pérennité de jeunes entreprises prometteuses.

Découvrez le programme "Dream Assembly"  ici

Crédits photos :  Jullian Hobbs 


La ligne Self-Assembly s'enfile, sans fil !

Une fois de plus, la nature se met au service de la mode et permet d'apporter des solutions alternatives aux problèmes liés à l'industrie. Une nature de plus en plus présente dans le processus de création des fashion designers. Pour le créateur de mode Matti Liimatainen, la nature entre en interaction directe avec sa propre perception du vêtement qu'il considère comme étant une extension du corps biologique . Il propose une déconstruction totale du vêtement, au sens propre comme au figuré et un retour à sa fonction première. Avec sa technique d'auto-assemblage il permet aux acquéreurs d'être acteurs de leur propre consommation et de donner du sens à l'acte d'achat.

auto-assemblage

Spécialisé dans le design conceptuel et computationnel, Matti Liimatainen a mis au point une technique d'auto-assemblage permettant de créer des vêtements de manière totalement autonome, sans intervention humaine. Le jeune finlandais diplômé de la prestigieuse Université Aalto depuis 2011, prépare actuellement un doctorat sur l'automatisation de l'industrie de la mode. Il s'inspire de ses recherches et notamment de la morphogenèse, une science qui étudie le développement des formes et des structures d'une espèce vivante, pour créer sa première ligne de vêtement, Self-Assembly.

La marque de kits de fabrication ready-to-assemble, a des allures de D.I.Y nouvelle génération. Et pour cause, son créateur, Matti Liimatainen a imaginé une collection avec une couture spéciale qui permet de les assembler à la main, sans outils ni machines. Ce processus d'assemblage ne nécessite donc d'aucun mécanisme et ne requiert aucunes compétences préalables. Les produits sont livrés sous forme de composants malléables et plats, qui doivent être assemblés avant d'être prêts à être portés . Pour le créateur, la partie la plus essentielle de S-A est le bon équilibre entre le design du produit et le processus d'assemblage. La durée de vie du vêtement est au cœur de la phase de conception. Celle-ci a été pensée pour offrir l'expérience la plus agréable possible, avec un assemblage relativement facile, sans jamais compromettre la qualité et l'esthétique du vêtement une fois assemblé. Par ce jeu de construction-déconstruction, le designer Matti Liimatainen ouvre la champ des possibles vers un processus créatif qui respecte la qualité et la durée de vie du produit.

auto-assemblageauto-assemblage « Je suis très inspiré par les processus qui créent des formes dans la nature : évolution, morphogenèse, réaction-diffusion, fractales, dynamique des fluides, etc. Je trouve particulièrement fascinant qu'il y ait des formes universelles qui se répètent dans des domaines totalement différents. » _ Matti Liimatainen

S'inspirant directement de la nature, Liimatainen utilise l'univers de la morphogenèse pour mettre en place des changements de forme de plus en plus complexe. Cela nécessite l'interaction de milliers de micro-calculs, nécessaire à la réalisation du vêtement. La conception de la collection S-A a été pensé pour être quasi-autonome afin d'optimiser le temps de travail lors de sa mise en œuvre. Ainsi le créateur ne propose pas seulement une nouvelle manière de consommer le vêtement, mais également d'améliorer le processus de fabrication au développement du produit textile et de la coupe du modèle, jusqu'à la production. Il souhaite à ce titre, rendre la production complètement autonome, grâce à l'intervention de nouvelles technologies numériques qui permettront de consacrer plus de temps aux parties les plus créatives. Un dispositif qui pourrait bien aider à minimiser la perte de tissus lors de la confection.

Si la technologie peut en effet faire partie de la solution, elle ne saurait être considérée comme la seule option, sachant par exemple qu’il est à l’heure actuelle impossible de recycler les vêtements à 100 % : certaines matières textiles dont la qualité et la toxicité sont irrécupérables, provoquent de sérieuses complications. Le problème étant d'ordre social, Liimatainen souhaite à travers sa collection, donner du sens à l'acte d'achat qui, sous-tendu par la nouvelle religion de l'amélioration continuelle des conditions de vie, est devenu une passion de masse. Dans une certaine mesure la marque Self-assembly contribue à lutter contre l'hyper-consommation, puisqu'il invite le consommateur à prendre conscience de la valeur d'un produit. En étant intégrer au processus de création, le consommateur « donne vie » à la matière textile qui deviendra plus tard « vêtement de mode » . Il instaure un nouveau rapport plus responsable, dont le processus de construction fait partie intégrante de l'expérience.

auto-assemblage

auto-assemblagePour le finnois, une nouvelle révolution industrielle peut commencer par le vêtement et réformer la société actuelle, marquée par le développement de l’hyper-consommation. Une consommation certes moins ostentatoire, ( comme il fut le cas à l'après-guerre ) mais plus fondée sur l'expérience personnelle, sensorielle et avec un goût prononcé pour l'éphémère. Autrement dit, on ne consomme plus pour appartenir à une classe sociale, mais plutôt pour s'affranchir des impositions et rites collectifs. Et c'est bien là le problème, car le vêtement qui autrefois était utilisé de manière plus pratique et fonctionnel, est devenu en quelques années un produit personnel et personnalisé, quitte à multiplier les gammes à destination de segments toujours plus restreints et donc paradoxalement plus conséquentes. Self-Assembly pourrait bien être la nouvelle forme d'alternative vers lequel on devrait commencer par se tourner avant de penser mode responsable. Peut-être devrions nous pour une fois assumer nos actes et accepter de questionner notre société et ses modes de consommation. Revoir ses valeurs matérialistes et se pencher sur son addiction à la consommation. Répondre aux enjeux de notre époque passe ainsi par une réforme de notre modèle de consommation, avant la promotion d’une « bonne consommation », respectueuse de la nature et contribuant au progrès social et à l’élévation des individus.

Crédits photos :

Pour découvrir la Collection Self-Assembly : www.self-assembly.fi

Donner son support : https://self-assembly.tumblr.com/