Unspun est une jeune entreprise américaine de production de vêtements assistée par la robotique et l’informatique. Spécialisée sur le créneau du jean, elle propose des produits sur-mesure et réalisés à la demande. Elizabeth Esponette et ses associés, Kevin Martin et  Walden Lam se sont donnés comme mission de réduire à moins de 1% leur empreinte carbone en pariant sur l’automatisation, le localisme et une industrialisation raisonnée des processus. Cette entreprise en pleine croissance est soutenue par the National Foundation, SOSV, the Mills Fabrica et la fondation H&M.

Comprendre le concept de Unspun c’est imaginé un salon d’essayage du futur duquel vous ressortiriez avec un jean taillé à vos exactes mensurations. Convaincus qu’un avenir alternatif de la mode est possible, Beth Esponette, Kevin Martin et Walden Lam, trois entrepreneurs diplômés des universités de Stanford et du Colorado, ont décidé de réaliser ce qui jusqu’à présent n’était qu’une vue de l’esprit, à savoir une machine capable de produire un avatar 3D aux exactes mensurations de leurs clients et d’en tirer au moyen d’un algorithme un vêtement parfaitement à leur taille, produit sur demande. L’objectif derrière ce projet est non seulement de satisfaire au mieux leur clientèle mais également de réduire drastiquement les problèmes de gaspillage liés à la production et le casse-tête de la gestion des stocks. Mais ce n’est pas tout, Unspun développe également un processus permettant de recycler les vêtements réalisés selon leur technique et d’en tirer de nouvelles bobines sans jeter de matière ni encore moins de vêtements.

En 2016, et après avoir été parmi les premiers postulants, l’équipe de Unspun est récompensée par le prix Early Bird lors de le seconde édition du Global Change Award. Ils ont ainsi eu l’opportunité de suivre les lauréats lors de leur voyage d’étude à Milan.

En Novembre 2017, l’équipe Unspun annonce avoir réalisé leur premier jean réalisé à partir de scans 3D, obtenus lors de différents popups à Hong Kong. Après le premier succès de leur preuve de concept, ils sont maintenant focalisés sur le développement et l’amélioration de leur machine de tissage en 3D. Cette machine a la capacité de produire sur demande les panneaux de tissus nécessaire à la réalisation de leurs jeans, cela sans gaspillage et directement en boutique.

 

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Julie : Bonjour Beth, merci de prendre le temps de répondre à quelques questions. Quel a été votre parcours avant Unspun ?

Beth Esponette : J’ai grandi dans le Maine, j’étais le genre de gamine qui joue au foot, une bosseuse qui aimait skier, passer du temps avec sa famille, qui faisait des petits jobs bizarres durant le lycée (emballage de tomates, arbitrage sportif, vendeuse de donuts, etc) et qui un été a assisté à des cours de mode dans une école d’art à Brooklyn. J’accorde de l’importance au fait de travailler dur et d’essayer des choses inédites. À l’université j’ai suivi un chemin différent de celui de mes camarades de classes et ai décidé d’étudier l’habillement à Cornell, j’y voyais une fascinante combinaison d’art et de science. Et le mieux, c’est que nous interagissons tous les jours avec cette fameuse combinaison. J’ai travaillé dans l’industrie dans divers secteurs comme les exo-squelettes robotisés, l’équipement de plein air et même le vêtement de tous les jours. Après m’être familiarisée avec les ateliers et avoir été inspirée par de nombreux voyages, je suis retournée étudier le développement produit et l’industrialisation et ce à un plus haut niveau, tout en donnant des cours à l’université. Mais ça, c’était avant de me consacrer à 150% à Unspun.

J : Comment vous est venue l’idée de Unspun ?

B.E : La partie rationnelle de mon cerveau a toujours eu du mal à trouver une logique à l’industrie textile et surtout à son organisation : les services design produit ignorent les designs qui sont susceptibles de ne pas se vendre, tout en tâchant de prévoir comment vont se vendre les pièces survivantes de la collection dans chaque taille, couleur, saison, aire géographique etc… Ils produisent des tonnes de produits en sourçant et produisant partout sur la planète, expédiant partout dans le monde tout en regardant les clients devenir impatients et frustrés de ne pas trouver ce qu’ils veulent, ce qui leur va… pour que tout cela finisse à la décharge ou à l’incinérateur ou se retrouve sur les bras des retailers qui ne savent que faire de tous ces excédent de stock et se retrouvent obligés de jouer le jeu de la démarque.

Je pense que le fait de voir les possibilités offertes par l’impression 3D et autres techniques de fabrications additives m’ont poussée à m’interroger sur pourquoi nous ne pouvions pas changer la façon de fabriquer et repenser la conception du vêtement non du point de vue du marché de masse mais plutôt de celui de l’individu.

J : Comment avez-vous convaincus vos associé d’adhérer au projet ?

B.E : Je n’ai pas trop eu de mal à les convaincre ! Ils ont tout de suite partagé la vision que je cherchais à transmettre et ont proposé des perspectives intéressantes. Si j’avais eu des difficultés à convaincre quelqu’un d’autre, j’aurais du reconnaître que je devais probablement communiquer mieux et même admettre que le projet n’était pas assez mature ou valable pour convaincre quelqu’un de le rejoindre. Lancer une entreprise est extrêmement éprouvant et il faut être parfaitement convaincu pour se lancer. Il faut en sentir l’importance au plus profond de soi.

J : Vous partagez donc tous la même vision de la mode ?

B.E : Absolument ! Nous pensons tous que la mode donne du pouvoir aux gens et que c’est une industrie qui doit être reconnue. Nous pensons également qu’en vertu de son organisation actuelle (chaîne d’approvisionnement, production et retail), la mode ne fait aucun sens, surtout si l’on pense aux enjeux auxquels notre planète doit faire face. Nous savons que les clients ne sont en général pas satisfaits des tailles ni des systèmes de personnalisation, que les retailers se plaignent des inventaires interminables et coûteux, et que pour sûr, la planète est elle aussi très insatisfaite de la situation – à savoir transformer des ressources naturelles utiles en gaspillage de terres agricoles et gaz à effet de serre. Avec Unspun, nous entrevoyons un futur excitant dans lequel il n’y aurait aucun inventaire, aucun gâchis et le produit pourrait être customisable à l’infini.

 

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J : Quand avez-vous commencé ?

B.E : J’ai commencé à développer ce concept en 2014. Walden et moi travaillions ensemble depuis 2015, Kevin est arrivé en juin 2016. Nous tous les trois à temps plein depuis juillet 2017.

J : Quel est le concept de Unspun ? Comment cela fonctionne-t-il ?

B.E : Le concept de Unspun est de créer un produit sur-mesure pour des consommateurs et ce dès l’instant où ils choisissent d’acheter. Tout d’abord notre client choisit le forme de jean préférée, puis le tissu et est ensuite “scanné” pour connaître le plus précisément possibles ses mensurations et réalisé en fonction de cela le meilleur des vêtements. Quelques semaines plus tard, il reçoit un jean sur-mesure réalisé avec le concours d’un algorithme et des datas récoltées lors du scan 3D.

J : Si je n’ai pas accès à un scanner 3D, comment puis-je utiliser le concept de Unspun ?

B.E : Très bonne question ! Le meilleur moyen est de trouver le scanner 3D le plus proche, chercher un popup si vous habitez une grande ville, sinon il faut venir nous voir à San Francisco ou à Hong Kong ! Vous pourrez trouver toute information utile sur notre site denimunspun.com  ou nous contacter à l’adresse hello@unspuntech.com.

J :Pourquoi avoir choisi la Californie et Hong Kong comme points de départ ?

B.E : Dans ces deux endroits, on retrouve une grande ouverture d’esprit et beaucoup d’envie de tester de nouvelle chose, ce qui est essentiel pour une petite startups audacieuse comme la nôtre ! Nous avons aussi besoin d’employés ouverts d’esprit, d’investisseurs ouverts d’esprit et de clients ouverts d’esprit – tous ceux qui décident de se joindre à nous doivent s’astreindre à la nouveauté et aimer cela. D’ailleurs je pense que l’on peut en faire une règle générale pour quiconque cherche à attirer des startups et des innovateurs.

Dans la baie de San Francisco en Californie où notre startup a démarré, il y a un très bon terreau pour le design et l’ingénierie et en particulier pour leur mariage. Nous avons bénéficié pleinement de cet éco-système dans la constitution de notre équipe. Nous avons bien sûr également bénéficié de l’héritage ambiant dans les domaines de la tech et du denim. Hong Kong a également un héritage en matière d’habillement et de production de vêtement, héritage qui tend à se raviver, ce qui a facilité les prises de contact avec l’industrie locale et des experts en machines industrielles textiles. Au delà de ça, c’est un marché très dynamic, idéal pour effectuer un test et le conquérir.

J : D’où provient le denim utilisé pour vos jeans ?

B.E : Nous travaillons avec Candiani Mill près de Milan en Italie. C’est entreprise familiale qui existe depuis 1938. Nous n’aimons pas seulement la qualité et le savoir-faire des tissus italiens mais aussi leur volonté de réduire les polluants dans les processus de filage, de tissage et de teinture. C’est très agréable de constater qu’en tant que partenaire nous les aidons à rendre leur jeans plus durables et responsables. Il y a un véritable échange entre nous. 

J : Sachant que vos jeans sont produits à la demande et réalisés sur mesure, qu’advient-il des jeans que l’on peut vous retourner ?

B.E : C’est une question que nous continuons de nous poser ! Comme nous ne produisons aucun article sans commande préalable, nous n’avons ni inventaire, ni stocks dans nos magasins. Nous pouvons exposer des jeans aux clients afin qu’ils puissant constater la qualité, la construction et le soin du tissu. Ces modèles pourraient être des retours. On leur trouvera utilité c’est sûr ! Dans un futur proche, nous utiliserons un système de recyclage pour les tissus mélangés (pensez au casse tête que représente le coton mélangé au Tencel et à l’élasthanne!) qui est développé par de nombreux groupes de par le monde. Nous pourrons ainsi produire de la matière pour d’autres jeans.

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J : Quelles sont les prochaines étapes pour Unspun ?

B.E : Tant de choses excitantes ! Nous voulons prendre davantage la parole, notamment lors de pop-ups. Il y a une part d’éducation très importante dans notre démarche. Autre objectif pour nous : raccourcir le temps de production de nos jeans de trois semaines à une semaine – et c’est raisonnablement réalisable. Nous voulons que nos machines de recyclage et de tissage fonctionnent très prochainement afin de pouvoir le partager avec le monde.

J : Comment imaginez-vous le futur de la mode ?

B.E : Je l’imagine volontaire, engagée et circulaire. Tout ce qui sera fait, le sera au plus près des désirs et des besoins du consommateur. Les invendus seront recyclés (sans être “downcycled”, sans perdre d’intérêt ou de valeur) sous forme de produits désirables pour les consommateurs. Il y a déjà tant de vêtements sur cette planète qu’il n’es pas nécessaire d’en créer d’autres. Ni d’ailleurs d’introduire plus de matière première dans le système, pourtant nous continuons de le faire. Je fais le pari de dire que dans le futur ce ne sera plus le cas, pour la simple et bonne raison que cela n’aura plus aucun sens.

Je pense également que la mode sera encore plus digitale,  simple d’accès et d’utilisation. Nous gèrerons nos garde-robes online, nous pourrons acheter des produits que nous aurons virtuellement essayés sur des avatars qui nous seront propres et qui seront produits sur-demande. Ainsi nous n’aurons plus à gérer des stocks excédentaires, et nous agrandirons le champs des possible en matière de création. Je pense que tout ce que j’évoque ici concernera les 20 prochaines années. Je suis d’autant plus excitée de connaître la suite !

J : Quelle est votre innovation favorite dans le domaine de la mode ? Qu’est-ce qui vous a impressionné récemment ?

B.E : Unspun bien sûr, mais je ne suis pas vraiment objective ! C’est une question difficile. Il y a tant de choses incroyables qui se passent de nos jours dans ce domaine ! En ce qui concerne le jean plus spécifiquement, je suis vraiment impressionnée et intéressée par Jeanologia et les autres méthodes de gravure laser vectorisées pour le marquage et le délavage des jeans sans utilisation de produits chimiques. D’un point de vue plus global, j’ai hâte de voir comment les nouvelles méthodes de recyclage vont se mettre en place et s’articuler. À l’heure actuelle, seul un pourcentage ridicule de vêtement est recyclé. Il y a de nombreuse raisons à cela et notamment le fait que les tissus mélangés sont très compliqués à gérer. Ce que sont en train de faire HKRITA, la H&M Foundation ou encore Novetex pour le recyclage du coton mélangé en utilisant des méthodes mécaniques, chimiques et de plus en plus respectueuses de l’environnement, c’est vraiment ce dont a besoin l’industrie.

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